19e étape du Tour: deux vainqueurs, Rolland et le panache!

Contador a dynamité l'étape. Une course de légende fatale à Voeckler le maillot jaune mais remportée par Rolland, un autre Français.

Le parcours entre Modane et l'Alpe d'Huez, c'est la traversée du pays des marmottes. Mais pas question de dormir, cet après-midi dans la 19e étape du Tour de France! Les coureurs enchaînent les cols du Télégraphe, du Galibier (dans le sens contraire de la veille) et pour finir, de l'Alpe d'Huez et ses terribles 21 virages. De quoi donner des idées de grandeur aux favoris! Après plusieurs générations de champions calculateurs, de maillots jaunes attentistes, de challengers bluffeurs, le vrai vainqueur de la 19e étape aura été le panache! Le Tour de France a renoué avec sa légende, enfin! C'est Andy Schleck qui, la veille, avait surpris en reprenant la tradition des aventuriers . Une idée qu'il avait puisée dans les attaques, la veille, de Contador, aiguisées comme des banderilles . Hé bien, le Luxembourgeois et l'Espagnol ont recommencé. Et le matador a fait un sacré numéro! Au courage, à l'orgueil. Alors, tant pis si le Français en jaune a explosé à vouloir héroïquement les suivre.D'autant que c'est son jeune coéquipier Pierre Rolland qui a gagné à l'Alpe d'Huez.

Trois cols et un chapelet de questions

Cette étape pleine de suspense commence à la porte de la Savoie, à 1000 m d'altitude, avec un chapelet de questions: Thomas Voeckler peut-il rester maillot jaune alors que le Français a terminé, la veille, sur les genoux, toujours premier au classement général pour 15 petites secondes? Et Cadel Evans, l'Australien ne risque-t-il pas d'être pris en sandwich par les frères Schleck dont l'un tentera de partir tandis que l'autre restera collé à ses basques pour le prendre en contre? Et Andy Schleck? Peut-il recommencer son exploit de la veille, partir à nouveau en géant des cols, ou au contraire va-t-il payer cash sa bravoure? Et son frère Frank? N'est-il pas le plus frais aujourd'hui, capable de surprendre dès les premières pentes? Que penser enfin d'Alberto Contador qui a connu la méforme et sans doute perdu le Tour? Il lui faudrait un miracle pour rattraper 4mn44 de retard.

Le coup d'orgueil d'Alberto Contador

Dès les premiers tours de roue à Modane, tandis que fusent les premières attaques avant la montée du Télégraphe, les ténors affinent leur stratégie, les uns pour gagner, les autres pour limiter la casse. Ils s'apprêtent à parcourir 44 kilomètres d'ascension souvent verticale, mais aussi 55 kilomètres de descente vertigineuse dans une étape courte d'à peine 109,5 km, une sorte de sprint pour grimpeur, un «but en or» entre les meilleurs, avant l'ultime explication de Grenoble.

Ils sont 14 dans l'échappée qui profite de la descente (2mn40 après 15 km) avec notamment Johnny Hoogerland «l'increvable», Chistophe Riblon, Jérome Pineau, Juan Antonio Flecha, mais déjà les Saxo Bank se mettent à rouler pour Alberto Contador, relayés par les équipiers des cadors. Dès les premières pentes, alors que les Léopard Trek durcissent la course, Alberto Contador, frustré et orgueilleux, attaque avec deux coéquipiers, suivi aussitôt par Andy Schleck tandis que Thomas Voeckler et Cadel Evans reviennent au train. Une opération kamikaze? L'Espagnol relance alors pour ne pas rater l'occasion de montrer qu'il est toujours un grand champion, même si, la veille, il a été sérieusement secoué.

Evans craque, Voeckler s'accroche

Troisième, quatrième attaque du «pistolero» au kilomètre 20 dans le Télégraphe, toujours suivi par Andy mais pas par son frère Frank distancé. Le Français qui ouvre déjà le maillot, et l'Australien Evans sont dans la roue, et bien sûr, personne de relaie Contador. Devant, les échappés sont à 20 secondes à 5 kilomètres du sommet et derrière, le peloton, à près d'une minute, explose façon puzzle! Mark Cavendish est lâché, avec Posthuma et Thor Ushovd, et il espère recoller dans la descente.

Nouvelle accélération d'Alberto Contador qui accroche une dizaine d'échappés, passe en tête avec Andy Schleck et lâche Cadel Evans, Ivan Basso, Damiano Cunego. Thomas Voeckler monte au train, seul, à 24 secondes, avec l'espoir de trouver les Français au premier sommet. L'Australien, quant à lui, à 1mn10, met deux fois pied à terre avant de changer de vélo et d'être rattrapé par le peloton. A-t-il craqué?

Le maillot jaune bascule avec Jérome Pineau dans la descente de 5 km avec 35 secondes de retard sur Schleck-Contador et 1mn d'avance sur le peloton. Au pied du Galibier, le Français n'a pas plus de 25 secondes à reprendre, mais déjà, à la sortie de Valloire, ça monte dur. Il perd Pineau sur le versant nord mais roule avec Flecha. Contador accélère à nouveau tandis que le Luxembourgeois accepte de prendre les relais. A 70km de l'arrivée, Voeckler, tout seul dans le Galibier, en chasse-patate sur le grand plateau, maintient l'écart à 30 secondes!

Après les coups de bluff, les coups de panache

C'est un Tour de France tel qu'on le rêvait, à la fois beau, héroïque, sans bluff; un spectacle comme on n'en a sans doute pas vu depuis trente ans, avec du panache, des coups d'orgueil, des coups de théâtre, de la solidarité, du fair play, des tragédies personnelles. Voilà les pentes les plus dures. Voeckler veut basculer en haut du Galibier avec moins de 45 secondes car il sait qu'il peut rattraper les meilleurs dans la descente, mais peut-il tenir? Il «mange» Izaguirre le coureur basque, décroché par Contador, mais perd du terrain (50 secondes au kilomètre 66), grimace et ne fait pas semblant. Dans le peloton, Cadel Evans et Frank Schleck tiennent la tête, réduisent l'écart avec le maillot jaune et limitent les dégâts. Thomas Voeckler n'a-t-il pas intérêt à les attendre? Il a des équipiers dont Pierre Rolland... Mais la question ne se pose plus, le voilà rattrapé par le groupe Evans (1mn20 de Contador-Schleck).

Soudain, nouveaux rebondissements: Samuel Sanchez, qui a reculé la veille à la 8e place, sort du peloton et revient sous la minute. Cela donne des idée à Cadel Evans qui le rejoint tandis que Voeckler, épuisé par ses efforts, semble craquer, soutenu par deux équipiers. Dans le tunnel du Galibier, Contador et Schleck passent avec seulement 34 secondes d'avance sur Sanchez, 1 mn sur Evans et 1mn28 sur Voeckler. C'est parti pour 36 kilomètres de descente!

Sanchez, Evans puis Voeckler reviennent

A 43 km de l'Alpe d'Huez, Samuel Sanchez rattrape l'Espagnol et le Luxembourgeois, mais l'Australien n'est plus qu'à 25 secondes tandis que Basso est lâché à 1mn25 et Voeckler à 2mn. Le Français se récupère dans la descente (1mn20 à 24 km) mais l'ultime difficulté se rapproche. Finalement Cadel Evans et Frank Schleck recollent à Alberto Contador et à Andy Schleck. Mais derrière, les Cofidis et les Europcar s'allient, les uns pour le maillot blanc de meilleur jeune de Rein Taaramae, l'autre pour le jaune de Thomas Voeckler qui finit par recoller à son tour. Le revoilà maillot jaune parmi les favoris.

Tout est à recommencer, ou plutôt, tout reste à faire! C'est aussi cela, la légende du Tour!

Pierre Rolland, le coéquipier du maillot jaune se détache pour tenter d'arracher le maillot des jeunes. Cadel Evans accélère à 13 km et le peloton explose à nouveau, rejetant Voeckler vers l'arrière. Mais c'est Alberto Contador qui attaque à son tour, suivi de loin par Andy Schleck. Dans le virage, l'Espagnol plante une banderille, lâche les Luxembourgeois et l'Australien, rattrape Rolland et le matador attaque encore!

Un jeune Français pour la victoire!

À 8 km de l'arrivée, Alberto Contador met du cœur pour faire le ménage et renouer avec sa réputation de très grand: il a 30 secondes d'avance sur Rolland et Sanchez, 1mn02 sur les frères Schleck et sur Evans et 2 mn 45 sur Voeckler, le grand perdant du jour. S'il reste loin du podium, Contador veut entrer dans la légende de l'Alpe d'Huez. D'autant que les frères Schleck semblent retomber un peu dans leur travers: leur obsession n'est plus désormais le pistolero mais Cadel Evans qu'ils prennent en sandwich.

À 5 km, Alberto Contador fend la foule des spectateurs à grands coups de claques sur les imprudents qui menacent de le faire tomber. Samuel Sanchez et Pierre Rolland se rapprochent (18 secondes, puis 10 à 3 km). Plus bas, Voeckler semble trouver un second souffle mais se bat désormais pour l'honneur. Cette fois, c'est sûr, l'Espagnol non plus ne gagnera pas le Tour. Pour la première fois depuis qu'il remporte des courses, Contador serre les dents, le visage déformé par l'effort. Et c'est magnifique! Il se bat davantage avec le moral qu'avec les jambes quand Rolland et Sanchez le rattrapent. À 2 km, le jeune Français décramponne le matador et remporte la victoire, suivi par le Basque. Enfin, une étape gagnée par un Français! Une étape de grande classe, merci Contador, Voeckler, Rolland, les Schleck et les autres!

Classement général: 1-A. Schleck; 2-F. Schleck à 53s; 3-C. Evans à 57s; 4-T. Voeckler à 2mn10; 5-D. Cunégo à 3mn31; 5-A. Contador, à 3mn55.

Sur le même sujet