2012: face aux écologistes, Nicolas Hulot découvre la politique

L'animateur d'Ushuaïa apprend la politique à ses dépens. Europe Écologie-Les Verts a fixé sans lui les règles des primaires.

Grâce à son émission Ushuaïa sur TF1, Nicolas Hulot possède une notoriété à rendre jaloux bien des candidats à la présidentielle. Mais est-ce suffisant pour faire de lui un candidat rompu à la politique? C’est la question qui se pose, après la mésaventure dont il vient d’être l’objet avec Europe Écologie-Les Verts (EEL V), et surtout après sa réaction face à l'adversité.

«Hulot fait la gueule» , titre ainsi France-Soir qui révèle le 4 avril 2011: «Dimanche soir, sous le coup de la colère, l’animateur ( …) a envoyé un SMS rageur à Cécile Duflot, la patronne du parti écologiste, ainsi qu’à Eva Joly, sa rivale dans la course à la candidature. Les deux femmes ont pu lire sur leurs portables cet avertissement: «Dans ces conditions, la primaire, vous la ferez sans moi.»

A force de «réfléchir», il agace les uns et fait rêver les autres

Qu’est-ce qui a pu mettre dans cet état l’écologiste préféré des Français? Le Figaro fournit deux éléments d’explication: «La donne de la primaire écolo a brusquement changé le temps d'un week-end. Les amis de Nicolas Hulot ne décolèrent plus depuis que le conseil fédéral d'EEL V a décidé que la désignation de leur candidat aurait finalement lieu en juin , et non pas en septembre. Et, surtout, que le corps électoral serait restreint, moyennant un droit d'entrée de 20 €, aux seuls 14 000 adhérents et «coopérateurs», les sympathisants ayant signé le manifeste écolo».

Ce n’est pas une colère feinte car le candidat éventuel, qui ne s’est toujours pas prononcé, pourrait, sur un coup de sang, abandonner sa stratégie calquée sur celle de Dominique Strauss-Kahn : cesser de jouir de sa notoriété confortable, se lasser soudain de garder ses distances, et surtout, rompre son silence. Une posture désormais difficile à tenir, qui devait faire naître chez le plus grand nombre, le désir de sa candidature, au risque d'agacer ses rivaux.

Un coup de sang qui peut le «décrédibiliser» selon Eva Joly

Le problème, c’est qu’au premier accroc, il semble que Nicolas Hulot soit prêt à jeter aux orties son costume de stratège. Eva Joly, sa «rivale» pour les primaires, l’a bien senti, elle qui, depuis le début, doute de sa crédibilité, selon le Post: «Interrogée sur la cote de popularité de son concurrent, Eva Joly n’y va pas par quatre chemins sentant bon la noisette : «Quand vous avez fait TF1 pendant vingt ans, vous êtes forcément populaire, mais il ne faut pas confondre notoriété et crédibilité !», dit-elle».

Le site d’information se moque du présentateur d’ Ushuaïa en l’affublant du sobriquet de «Vert solitaire». Il est vrai que celui-ci envisage sérieusement, «d’aller seul à la présidentielle» comme le titre 20 minutes : «Lui et ses proches réfléchissent à plusieurs hypothèses en conséquence de cet acte politique», affirme (…) Jean-Paul Besset, un très proche de l’animateur. «Toutes, absolument toutes les options, sont sur la table», y compris une candidature hors parti, ajoute-t-il. L’ex-initiateur du Pacte écologique devait donner sa décision la semaine prochaine. «Il n’y a aucune précipitation. Les primaires ont été votées mais on n’en est pas esclave pour autant», tempère le député européen». En réalité, cette tentation de se présenter seul s'appuie sur un argument inavoué: un vote limité aux seuls adhérents d'EEL V redonne toutes ses chances à Eva Joly.

Le camp Hulot estime possible de faire machine arrière

Nicolas Hulot s’est peut-être découvert trop vite. Dans une telle situation, DSK se serait servi de son expérience politique pour garder son sang-froid. D’autant que rien n’est jamais gravé dans le marbre chez les écologistes. L’animateur et son entourage le savent d’ailleurs bien, comme l’écrit 20 minutes : «Dans le camp Hulot, on croit –on espère- encore qu’il est possible de faire machine arrière. S’ils passent à l’offensive, «la direction devra se poser les vraies questions», assure Christophe Rossignol», conseiller régional de la région Centre. Et cet ami de «Nicolas» de faire allusion « au remplacement, en 2002, du candidat Alain Lipietz dont la candidature ne décollait pas, par Noël Mamère».

En attendant, la candidate déclarée d’EEL V juge sévèrement son attitude, comme le rapporte Le Figaro : « Invitée hier du «Talk Orange-Le Figaro» Eva Joly a de son côté assuré «ne pas croire trente secondes qu'après la tragédie du Japon », Nicolas Hulot se présente hors primaire. «Il me semble que, depuis deux ans, nous construisons Europe Ecologie-Les Verts pour justement rassembler les forces écologistes», note-t-elle. Pour autant, elle reste ferme: «Cette primaire ne doit pas être une question d'agenda personnel.» Et de recommander à son rival de ne pas être «mauvais joueur», en affirmant, contrairement à ce qu’il dénonce, que ce vote n’est pas aussi fermé qu’il le dit, puisque «tout le monde peut devenir coopérateur en cliquant sur son ordinateur…»

La solution politique de Daniel Cohn-Bendit

Nicolas Hulot pensait son combat pour les primaires gagné d’avance. Crédité de 7 à 8% dans les sondages, contre 3 ou 4% seulement à Eva Joly , il imaginait l’emporter dans une campagne courte et ouverte. Les conditions sont différentes et désormais, son choix plus limité. Ou il parvient à convaincre Cécile Duflot et les cadres d’EEL V de changer les règles du jeu, ou il renonce. Dans le cas contraire, il lui faudra s’engager, cette fois, dans un vrai combat politique et se mobiliser dans des débats et des meetings pour aller chercher la victoire.

Daniel Cohn-Bendit lui recommande d'aller au bout. S’il lui déconseille fermement une candidature «hors parti», il lui suggère «la seule solution possible», selon l’Agence France-Presse , qui consiste à faire campagne: «Qu'il se déclare, qu'il fasse un tour de France, il y aura plusieurs milliers de personnes et il leur dira «inscrivez-vous à la coopérative!», propose-t-il, rappelant que le Pacte écologique de M. Hulot en 2007 avait été signé par plus de 700 000 personnes». Et le député européen d’ajouter à l’AFP : «Il a l'aura, il peut en deux mois faire entrer plusieurs milliers de personnes».

«Le dépôt des listes est fixé au 5 juin, rappelle de son côté L’Express . Eva Joly espère d'ici-là un débat de fond avec Nicolas Hulot à la télévision». On le voit, les jeux sont ouverts et ils passent sans doute par un vrai investissement politique du candidat Hulot.

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