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THIERRY CABARRUS

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Thierry Cabarrus

ONPC: comment Christine Ockrent a battu Polony et Caron

Conflits d'intérêt, polémique avec France 24, "ménages" f: les deux chroniqueurs d' "On n'est pas couché" espéraient mettre Christine Ockrent en difficulté.

Il y a des jours comme ça où les chroniqueurs d'"On n'est pas couché" sur France 2, devraient justement aller se coucher, passée une certaine heure, plutôt que d'oser affronter par exemple Christine Ockrent sur un plateau de télévision.

Natacha Polony et Aymeric Caron ont eu l'occasion, une fois n'est pas coutume, de mesurer toute l'ampleur de leur innocence, de leur tendreté (à défaut de leur tendresse) et de leur arrogance en se croyant capables de mettre sur le grill la "Reine Christine", autrement dit la reine des intervieweuse sans véritables préparations physique, technique et psychologique.

Les deux "méchants" de service

Par excès de confiance, ils se sont fait massacrer en quatre rounds au cours d'un pugilat qui, dès la première séquence, a transformé les questionneurs en questionnés dont l'efficacité journalistique flirtait avec celle de deux stagiaires en première année de journalisme.

Par chance pour eux, ce naufrage s'est produit aux alentours d'une heure trente du matin, dimanche 3 février, c'est-à-dire au moment où l'essentiel des téléspectateurs étaient allés se coucher, sans doute un peu déçus par la distribution des invités de la soirée.

Dès lors, nos deux "méchants" entraînés par Laurent Ruquier, l'une pour se servir de sa droite et l'autre de son gauche pourront engranger d'autres victoires face à des adversaires plus tendres, et les conséquences de cette petite défaite ne devraient pas être si terribles pour eux. Même si j'ai décidé personnellement de rompre l'omerta qui pourrait entourer cette Berezina et d'en rendre compte.

Évidemment, mon souci n'est pas d'écorner l'image de mes confrères, mais de profiter de l'occasion, si rare, de montrer qu'eux aussi sont vulnérables, et que, contrairement à leur jeune et déjà forte réputation, ils ne sont pas des machines à broyer leurs invités sous les coups de boutoir de leurs questions empoisonnées.

Elle met les rieurs de son côté

Donc, c'est parti pour 30 minutes de combat (à 2h17mn30s sur la vidéo). Premier round. La Reine Christine est venu assurer la promotion de sa nouvelle émission de géopolitique, "Affaires étrangères" (tous les samedi à 12h45 sur France Culture). Elle s'aperçoit aussitôt qu'Aymeric Caron, son jeune intervieweur est pressé, décidé à frapper vite et fort.

Il a déjà plus de deux heures d'antenne dans les jambes, alors il la questionne sur le titre: appeler son émission "Affaires étrangères", quand son compagnon Bernard Kouchner a été le patron du Quai d'Orsay de Nicolas Sarkozy, c'est une provocation? Elle dit que c'est "rigolo" mais que ça colle avec le thème.

Sauf que le chroniqueur durcit son jeu, évoque maintenant sa nomination comme numéro 2 de l’Audiovisuel extérieur de la France (RFI et France 24) grâce, avance-t-il, à l'appui de son compagnon Bernard Kouchner qui aurait convaincu Christine Albanel la ministre de la Culture pour obtenir l'accord de Nicolas Sarkozy.

Christine Ockrent répond que c'est faux, sur un ton à la fois autoritaire et solennel, évoque sa "relative légitimité professionnelle", son "parcours", sa "passion". Elle minaude, joue les fausses modestes en disant qu'elle a "pensé, peut-être à tort", qu'elle pourrait "remplir les fonctions que le président de la République, à deux reprises, (m’) avait proposées". Rien à voir avec "Bernard". L'affaire est close.

Laurent Ruquier reprend la main, évoque le licenciement d'Audrey Pulvar (dont il est co-responsable) en raison du risque de mélange des genres entre sa fonction de polémiste de gauche et son statut de compagne d'un ministre de gauche.

Rien à voir avec elle, rétorque-t-elle (à 2h23mn 03): "je n’étais pas la patronne de l’info, explique-t-elle, j’étais la numéro 2 d’un groupe de 1800 personnes". Caron a l'imprudence de revenir à la charge, avance qu'elle s'occupait "des contenus, donc de l'éditorial". Mal lui en prend: Ockrent explique qu'elle n'avait pas mission de faire de l'info mais de développer la chaîne face à la concurrente BBC.

Et là, elle lui décoche une gifle à tomber par terre qui, à mon avis, doit encore le faire souffrir deux jours après les faits: quelque chose du genre "vous verrez jeune homme, quand vous aurez grandi et que vous aurez l'âge de diriger une chaîne!"

Il croit trouver la parade: "Je n’ai pas de femme ministre des Affaires étrangères donc je pense que ça devrait être possible…" Sauf que c'est la Reine Christine qui donne le dernier coup: "Sur vos seuls mérites!", dit-elle en poursuivant l'hypothèse… Ca ne semble pas vous avoir traversé l’esprit me concernant ». Et voilà qu'elle met les rieurs de son côté: le public applaudit. Fin du premier round. On a frôlé le KO.

La leçon sur le "jugement moral"

Notre chroniqueur est courageux, il évoque TV5 qui n'aime pas la concurrence de France 24. Et là, je décroche, sous l'avalanche de détails qu'apporte l'ancienne directrice générale de l'AEF. Elle délivre à Aymeric Caron un cours magistral duquel il ressort que ce dernier confond tout et n'importe quoi, les Canadiens, les Suisses, les Belges avec les journalistes français qui ont pour mission de maintenir l'influence de la France dans le monde, d'expliquer nos valeurs, notre culture, nos débats démocratiques. "Ca n’a rien à voir avec la politique politicienne, conclut-elle, ce n’est pas la France de Sarko ou de Hollande".

Natacha Polony prend le relais. Selon sa technique habituelle, elle balance un compliment avant de taper fort: "Vous êtes une grande intervieweuse (...) Si vous avez en face de vous quelqu’un qui, comme vous venez de le faire, ne répond absolument pas à la question qui lui a été posée, vous faites quoi, vous reposez la question ou vous laissez tomber ?"

Christine Ockrent esquive: "quelle était la question?" Aymeric Caron revient, tente de reformuler la question. Mais c'est elle qui le prend de court et la formule à sa façon: "c'était de savoir si j’avais pour mission de répandre la parole sarkozyste ?" Rigolade du public.

Natacha Polony change son angle d'attaque, parle de Kouchner qui a été ministre dans un gouvernement de droite et qui se dit toujours de gauche et demande "à la journaliste" ce qu'elle en pense. "Posez-lui la question" répond l'interviewée qui, finalement, développe, et donne une leçon technique: "le journaliste n’est pas là nécessairement pour porter un jugement moral". La chroniqueuse insiste? Alors, elle répond qu'il est "parfaitement sincère". Mais l'autre lui demande de "répondre à la question". Alors, elle s'énerve et frappe un grand coup en lui disant que oui, elle entend "continuer à vivre avec Bernard Kouchner, oui." De nouveau, le public éclate de rire: Christine Ockrent vient de remporter la deuxième manche.

Le coup de sang de Jean-Pierre Coffe

À plusieurs reprises, Laurent Ruquier, qui sent venir le naufrage, tente de modérer les échanges. Mais c'est beau, la jeunesse, Polony et Caron n'en ont pas encore assez. Alors, ils vont perdre vaillamment les deux derniers rounds. Le troisième concerne "les ménages" (l'animation de débats) grassement rémunérés qu'a faits Christine Ockrent pour le Médef, par exemple et qui ne sont pas glorieux, à défaut d'être monnaie courante à la télévision.

La journaliste n'a guère besoin de se défendre car c'est... Jean-Pierre Coffe qui, soudain, monte au créneau pour soutenir l'invitée (à 2h38mn 50). Un vrai coup de sang: "Si Madame Ockrent fait des "ménages", c’est son droit, c’est son affaire et personne n’a le droit de la critiquer!"

Il poursuit alors en haussant le ton: " Et j’en ai assez de cette attaque vulgaire contre cette femme qui est une grande professionnelle. Et qui a peut-être ce que tout le monde n’a pas, des couilles au cul! » Le public exulte, tape dans ses mains tandis que Christine Ockrent se paie le luxe d'applaudir aussi à ce troisième round brillamment remporté, avec l'aide inattendue du chroniqueur culinaire atrabilaire.

N'insistons pas sur la quatrième manche, Natacha Polony reproche à la star du journalisme de faire partie du groupe Bilderberg, un club très fermé et international, composé d'hommes et de femmes de pouvoir auquel, s'empresse de dire Ockrent, ont participé de nombreux patrons de presse tels que Jean-François Kahn, Jean-Marie Colombani ou Franz-Olivier Giesberg.

La chroniqueuse monte alors au créneau pour Kahn qui "lui a appris le métier". Réponse d'Ockrent: " Hé bien c’est très bien, comme ça vous aurez des choses à vous dire!" Le public, une nouvelle fois se gondole. Cette fois, c'est plié, fin du match.

Pour finir, juste cette précision: loin de moi l'idée de conclure que parce que Christine Ockrent a gagné, elle a eu raison. Évidemment non, et sans doute a-t-elle eu tort plus souvent qu'il n'y paraît, en visionnant la demi-heure de l'émission qui lui est consacrée.

Sauf qu'en fauve qui a fréquenté la télévision pendant quarante ans, elle a su utiliser en toutes les ficelles.

Et elle est parvenue à tourner en ridicule, sinon les journalistes, du moins les questions qu'ils ont eu le courage de poser, malheureusement trop souvent avec une naïveté et une maladresse qui ont transformé cette confrontation en promenade de santé pour la Reine Christine.

À propos de l'auteur

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THIERRY CABARRUS

J'ai passé trente-sept ans dans de nombreux journaux de la presse
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