Affaire DSK : Anne Sinclair, une épouse fidèle et héroïque

Il a tout perdu, son poste au FMI, ses ambitions présidentielles, son honneur. Mais dans les épreuves, elle est sa plus farouche défenseure.
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Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn se sont retrouvés dans le huis clos relatif –un garde armé se tient 24h sur 24 devant la porte- de leur appartement provisoire, au sud de Broadway , à deux pas de Ground Zero, là où les tours jumelles se sont effondrées un matin de septembre 2001. Mais Ben Laden est mort, il n’est pour rien dans la chute lamentable et spectaculaire de la maison Strauss-Kahn. Le destin qui frappe DSK a pris l’apparence, plus charmante, d’une femme de chambre afro-américaine de l’hôtel Sofitel de New York.

L’ancien directeur général du FMI, accusé de crime sexuel et de six autres chefs d’inculpation graves à l’encontre de cette employée, a quitté la prison de Rikers Island vendredi 20 mai au soir pour cette résidence provisoire. On l’imagine, soulagé de se débarrasser de la combinaison antisuicide pour enfiler l’un de ses costumes au coût extravagant révélé par la presse, le corps endolori d’avoir dormi sur une paillasse, la tête lourde de tous ces coups reçus depuis le 16 mai dernier, l’esprit envahi d’idées noires.

Que se sont-ils dits, Anne et Dominique en ce premier soir de liberté sous haute surveillance? Anne la battante qui, à coups de millions de dollars, de communiqués dignes et courageux, continue de défendre, comme une femme toujours aimante, son mari au minimum volage et imprudent, accusé de crime sexuel, a dû le réconforter: lui demander de tourner la page, lui parler de leur avenir, son avenir à lui, lui dire qu’il n’était pas un homme fini, qu’ils allaient se battre, préparer sa défense pour le procès du 6 juin prochain , et ensuite rebondir.

«À ma femme que j’aime le plus au monde»

Car Anne Sinclair est une femme exceptionnelle, courageuse, digne, battante qui, depuis 1991, est prête à tous les sacrifices pour Dominique Strauss-Kahn. Elle l’a prouvé à plusieurs reprises ces dix dernières années et elle le revendique. Il suffisait de l’observer vendredi 20 mai, juste avant le début du procès qui devait décider de sa libération conditionnelle, marchant comme une automate, vêtue d’un tailleur noir, sourire crispé, regard droit et sans lunettes pour affronter les caméras et les journalistes, soutenant sa belle-fille Camille à l’entrée du tribunal de New York.

La veille, en rédigeant sa lettre de démission qu’il a adressée au Fonds monétaire international, DSK a pris conscience qu’au milieu des décombres d’une vie fracassée, elle était sans doute son bien le plus précieux: «Je pense d’abord en ce moment à ma femme, que j’aime plus que tout». Elle s’assied au premier rang du public, juste derrière lui, écoute en étreignant la main de Camille, la plaidoirie longue, monocorde, précise de l’avocat William Taylor qui a pour objet de rassurer le juge Michael Obus de la Cour suprême, de le convaincre que toutes les conditions seront réunies pour que DSK ne puisse pas échapper à la justice américaine.

Avec lui en 1993, 1997, 2006…

Délibération. DSK quitte la salle, lui envoie un baiser, elle lui fait un petit geste de la main qui signifie: «Je suis avec toi, ne t’inquiète pas». Et c’est vrai qu’elle est avec lui, depuis le 26 novembre 1991, date de leur mariage. Avec lui quand, en 1993, la journaliste star qui anime l’émission phare de TF1, 7 sur 7 , réconforte l’homme politique socialiste qui vient d’essuyer son premier revers aux législatives face à Pierre Lellouche. Avec lui quand, en 1997, pour permettre à Dominique Strauss-Kahn de devenir ministre de Lionel Jospin, elle n’hésite pas à abandonner sa propre carrière de journaliste . Avec lui encore quand, à la fin de l’année 1999, elle fait partie des derniers fidèles, quand il démissionne de son poste de ministre des Finances à cause de sa mise en examen dans l’affaire de la Mnef , la mutuelle étudiante pour laquelle, deux ans plus tôt, il avait perçu de gros honoraires en tant qu’avocat d’affaires. Il en sortira blanchi.

Sept ans pour remonter la pente. Et revoilà Anne et Dominique au premier plan en 2006, quand DSK se lance dans les primaires socialistes pour la présidentielle , face à Laurent Fabius et Ségolène Royal. Une telle campagne coûte cher, il faut une administration, un QG de campagne. Qu’à cela ne tienne, Anne Sinclair est riche, elle est la petite-fille Rosemberg , l’héritière d’une dynastie de marchands d’art qui ont eu dans leur catalogue Picasso, Matisse et la plupart des impressionnistes. C’est elle qui paie les frais de campagne, même si DSK et Fabius, contre toute attente, seront bientôt laminés par Ségolène.

2008, un premier scandale en pleine gloire

Mais Anne Sinclair se bat, partage avec DSK sa gloire nouvelle quand, grâce à l’appui de Nicolas Sarkozy qui espère éliminer un rival pour 2012, il est nommé directeur général du FMI à Washington . Voilà qu’enfin, il obtient un poste à sa mesure, côtoie Barak Obama, Angela Merkel, Sylvio Berlusconi mais aussi le Chinois Hu Jintao ou le Brésilien Lula da Silva. Il est devenu d’un coup le grand argentier de la planète.

On ne se refait pas, pourtant. DSK le reconnaît, il a une véritable passion pour les femmes . Au point que le couple doit affronter un premier scandale sexuel en 2008. La crise financière secoue l’Amérique et l’Europe, et le FMI est à la manœuvre. Soudain, le directeur général se retrouve sous les projecteurs, soupçonné d’avoir eu une liaison avec Piroska Nagy , une collaboratrice hongroise du FMI. L’enquête cherche à savoir si le patron s’est servi de son pouvoir pour arriver à ses fins. Finalement, il en sort blanchi une fois encore, présente ses excuses au personnel du FMI et à son épouse qui écrit sur son blog: «Chacun sait que ces choses peuvent arriver dans la vie de tous les couples (…) Pour ma part, cette aventure d'un soir est déjà derrière nous, nous avons tourné la page; nous nous aimons comme au premier jour».

«Je ne crois pas une seule seconde aux accusations»

L’affaire du Sofitel est beaucoup plus grave puisque Dominique Strauss-Kahn, accusé notamment de tentative de viol sur personne dépendante, risque jusqu’à 70 ans de prison. Mais Anne Sinclair ne change pas à son égard. Bec et ongles, elle prend une nouvelle fois sa défense: « Je ne crois pas une seule seconde aux accusations qui sont portées contre mon mari . Je ne doute pas que son innocence soit établie», écrit-elle dimanche 15 mai dans un communiqué. Elle s’envole alors pour New York, engage les meilleurs avocats, réunit l’argent pour la caution nécessaire à une éventuelle libération.

Finalement, elle signe un chèque d’un million de dollars et inscrit une hypothèque sur leur propriété de Georgetown à Washington, une maison de 400 m2 estimée à près de 5 millions de dollars, afin de donner une garantie supplémentaire au juge de la Cour Suprême. C’est elle qui trouve l’appartement de Manhattan (14 000 dollars mensuels) que DSK n’occupera finalement pas devant le refus des autres locataires, elle qui paie la société de surveillance chargée de garder DSK en liberté conditionnelle (200 000 dollars mensuels), elle qui règle la location du bracelet électronique sophistiqué qu’il doit porter à la cheville. C’est encore elle qui assume les frais colossaux des deux ténors du barreau (100 000 dollars mensuels) chargés d’assurer sa défense en plaidant «non coupable», elle qui finance les dépenses d’une armée de détectives privés engagés pour enquêter sur la personnalité de la victime présumée, sa famille, ses amis, mais aussi sur le passé et le présent de tous les témoins et des membres du Grand Jury.

Heureusement, la fortune de Mme Strauss-Kahn, estimée entre 35 et 55 millions d’euros, lui permet d’assurer à son mari la meilleure défense possible. Comme elle aurait dû servir, dans quelques mois, à financer la candidature à la présidentielle de DSK, le favori de tous les sondages … s’il n’y avait pas eu cet incroyable accident de parcours.

Mais Anne Sinclair n’est pas du genre à avoir des regrets. Cette fois encore, celle qui était devenue la directrice de campagne de DSK a sans doute tourné la page. Et peu importe si au Parti socialiste, les strausskahniens ont du mal à le faire , elle n’en a cure désormais, elle ne pense qu’à DSK. En 1991, elle le sait, ils se sont unis pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Et le meilleur, sans doute pense-t-elle, un jour reviendra.

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