Alain Juppé à la place de MAM : le remaniement annoncé dimanche

Michèle Alliot-Marie ne devrait plus diriger le Quai d'Orsay dimanche soir. Nicolas Sarkozy pourrait nommer Alain Juppé.
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C'est désormais une question d’heures. Nicolas Sarkozy, qui a effectué sa visite éclair en Turquie dans le cadre du G20 (sans sa ministre des Affaires étrangères) est rentré à Paris pour finaliser le remaniement ministériel a minima . Selon le Figaro , il ne devrait pas y avoir de surprise: Alain Juppé prendrait le fauteuil de Michèle Alliot-Marie, Gérard Longuet, celui du ministre de la Défense. Le Président donnera tous les détails de ce remaniement ministériel au cours d'une allocution retransmise dimanche à 20h, à la télévision et à la radio.

François Fillon devrait rester Premier ministre

Pas question, en revanche, de changer de Premier ministre. François Fillon devrait rester à son poste car il a parfaitement négocié, en homme politique expérimenté, la période de polémique qui a suivi les révélations sur son voyage en Égypte. Jean-Louis Borloo attendra donc. Il a, dit l’entourage de Nicolas Sarkozy, été reçu jeudi 24 février dans la discrétion à l’Élysée, et les deux hommes auraient évoqué non son avenir mais les noms de quelques centristes pour des postes de secrétaires d’État.

Le patron du Parti radical demeure disponible, comme une ultime carte dans les mains du Président, pour le cas où un remaniement ministériel d’importance, cette fois, s’avérerait nécessaire dans les derniers mois du mandat de Nicolas Sarkozy, afin de franchir avec une énergie renouvelée la dernière ligne droite avant la présidentielle de 2012.

D’habitude, le chef de l’État refuse de céder à la pression des événements. On se souvient par exemple, qu’il a attendu des mois –un calvaire pour le ministre concerné- pour remplacer Éric Woerth dont l’opposition réclamait la tête à cor et à cri avec l’affaire Bettencourt. Il s’est servi de la réforme des retraites qu’il fallait mener à terme en pleine crise sociale pour garder la main sur les événements, et finalement sacrifier son ministre au jour et à l’heure qu’il avait lui-même choisis.

L’échéance déterminante des élections cantonales

Tenté d’attendre cette fois encore, le Président devrait se résoudre à écouter. Non pas l’opposition qui, depuis plusieurs semaines déjà, de Martine Aubry à François Hollande en passant par Ségolène Royal et Jean-Luc Mélenchon, exigent la tête de la patronne du Quai d’Orsay. Non, ce sont les propres amis de Nicolas Sarkozy qui, à demi-mots, ont demandé «un geste fort» pour relancer la dynamique avant les élections : Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne et ancien Premier ministre, et Bernard Debré , député UMP, ont évoqué les cantonales des 20 et 27 mars prochain.

A cette occasion, la moitié des cantons (plus de 2000) seront renouvelés sur le territoire français. Or, si la majorité, qui craint une défaite, répète à l’envi que «ce ne sont pas des élections importantes», elle craint un échec qui entrainerait un effet domino catastrophique. Ce sont en effet les conseillers généraux nouvellement élus qui auront entre leurs mains l’avenir du Sénat: ils voteront en septembre pour désigner les parlementaires et l’UMP aura besoin de toutes les voix pour obtenir la majorité à la Chambre Haute.

Un remaniement pour sauver la face et «débarquer» MAM

C’est bien sûr Michèle Alliot-Marie qui est aujourd’hui dans le viseur de Nicolas Sarkozy. Les nombreuses erreurs de communication qu’elle a commises à propos de son voyage en Tunisie pendant la révolution de jasmin (mensonges, silences, repli derrière la vie privée) ont eu sans doute autant d’impact que les faits eux-mêmes, sans doute répréhensibles au nom de la morale (l’utilisation du jet privé d’un proche du dictateur Ben Ali) mais en aucun cas au nom de la légalité.

Si l’on ajoute l’incapacité qu’a eue la France de prévoir les événements du Maghreb et du Moyen-Orient, sa frilosité à l’égard des peuples en révolte (et en attente de soutien), due à la fois à son passé de colonisateur et de vendeur d’armes, le sort de Michèle Alliot-Marie semble bel et bien scellé. D’autant qu’à la même période, un groupe de diplomates en colère ont dénoncé dans le quotidien Le Monde les erreurs de politique étrangère et «l’affaiblissement de la France», notamment vis-à-vis des États-Unis, ainsi que l’épisode malheureux du Mexique et de l’affaire Florence Cassez.

Si Michèle Alliot-Marie se trouve donc condamnée à partir, le président de la République, eu égard à ses excellents états de service à tous les postes régaliens qu’elle a occupés ces dernières années (Intérieur, Défense, Justice), ne souhaite pas l’humilier en la limogeant avec pertes et fracas. C’est sans doute pour la ménager qu’il devrait décider d’un remaniement ministériel en bonne et due forme, mais aussi pour annoncer l'arrivée de trois secrétaires d'État.

Nicolas Sarkozy a reçu jeudi, à sa demande, MAM à l’Élysée. Officiellement, la ministre des Affaires étrangères est venue lui rendre compte de son déplacement au Brésil, un voyage qui lui a permis d’éviter «d’aller à Canossa», c’est-à-dire à Tunis, où elle a été remplacée in extremis par la ministre de l’Économie, Christine Lagarde. Mais en réalité, le Président a dû convenir avec elle de la manière la moins douloureuse de l’évincer du Gouvernement.

Depuis deux jours, de nombreux noms circulaient pour le poste de ministre des Affaires étrangères. Il y a eu un temps celui de Dominique de Villepin, fin connaisseur de la diplomatie française et réputé pour avoir tenu tête aux États-Unis en refusant, dans son fameux discours à l’ONU, d’engager la France dans le conflit irakien. Sa rencontre prévue jeudi 24 février avec le président a pu accréditer cette thèse. Mais très vite, chacun s’est rendu compte que si l’idée paraissait séduisante, elle était impossible à réaliser en raison de la haine tenace qui lie les deux hommes depuis plus de 15 ans.

Alain Juppé arriverait aux Affaires Étrangères

Un autre nom a été rapidement évoqué, celui de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes qui a accompagné Christine Large dans son voyage à Tunis et qui, dans sa fonction, aurait pu avoir la charge de relancer la fameuse Union pour la Méditerranée, le projet mis en place par Nicolas Sarkozy en 2008, et qui a désormais «du plomb dans l’aile» avec la chute des dictateurs Ben Ali et Moubarak. Puis, le patronyme de Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, mais diplomate de formation, a lui aussi été prononcé, lors de l’inauguration de «la plus grande ferme du monde», porte de Versailles, par le président Sarkozy qui, une fois de plus et devant les micros, a évoqué «sa brillante carrière à venir».

Un dernier nom est venu s'ajouter à la liste des prétendants, vendredi 25 dans la soirée: celui de l'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne qui, selon son entourage, aurait refusé tout poste au gouvernement mais pourrait bien se laisser tenter par le Quai d'Orsay. Grand spécialiste de la Chine, mais aussi du Canada, il est enfin un bon connaisseur du Maghreb et revient d' un voyage en Algérie .

Si la logique devait l'emporter, Alain Juppé , le maire de Bordeaux, devrait cependant succéder à MAM. Nommé ministre de la Défense le 14 novembre 2010 lors du remaniement du dernier gouvernement Fillon, il pourrait quitter dans les jours prochains son fauteuil pour le prestigieux maroquin du ministre des Affaires étrangères qu’il connaît déjà: il a, en effet, occupé ce poste de 1993 à 1995.

Or, c’est l’un des collaborateurs les plus solides de Nicolas Sarkozy. Un réel atout en cette période où la diplomatie française est contestée et où les dictatures arabes tombent les unes après les autres comme des dominos. Ces révolutions en chaîne entraînent des incertitudes planétaires aussi importantes que lors de la chute de l’Union soviétique en 1991. Il faut donc, à la tête du Quai d’Orsay, un homme capable d’en imposer et de garder la tête froide.

Nicolas Sarkozy est tenté d’agir vite et bien, pour combler le départ de MAM, mais aussi pour reprendre la main pendant la présidence du G20. La dernière réunion des ministres des Finances à Paris (en présence de son adversaire présumé à la présidentielle, le patron du FMI Dominique Strauss-Kahn ) n’a pas eu l’effet escompté sur sa cote de popularité en raison de l’affaiblissement de la ministre des Affaires étrangères. Pour rehausser son image de chef d’État capable, aux yeux des Français et du monde, de dominer la scène internationale, le président a besoin d’un collaborateur incontestable au Quai d’Orsay, et respecté par ses ambassadeursP

Trois nouveaux secrétaires d’État et… Patrick Ollier

Pour remplacer Alain Juppé au ministère de la Défense, le Président devrait choisir Gérard Longuet , président du groupe UMP au Sénat, qui devrait prendre la fonction. Lui-même serait remplacé par Jean-Claude Gaudin à la tête du mouvement au palais du Luxembourg.

Gérard Longuet a occupé le poste de ministre de l'Industrie d'Édouard Balladur de 1993 à 1994 pendant l'affaire des rétrocommissions qui auraient entraîné l'attentat de Karachi au Pakistan. Or le sénateur a, voici quelques mois, évoqué à ce propos et sans ambiguïté, un «réglement de comptes» entre Jacques Chirac et Édouard Balladur. Une manière de soutenir Nicolas Sarkozy dans son éternel combat contre Dominique de Villepin; un geste que récompenserait le Président en nommant de nouveau ministre cet homme de confiance.

Ensuite, Nicolas Sarkozy pourrait profiter de ce remaniement obligé pour choisir plusieurs secrétaires d’État. Peut-être trois, au ministère de l’Intérieur (Immigration), à la Défense (Anciens Combattants), à l’Agriculture (Aménagement du territoire). C’est pour cette raison et non pour évoquer le destin personnel de Jean-Louis Borloo, qu’il a reçu ce dernier à l’Élysée jeudi 24, histoire de lui demander quelques noms de représentants du Centre pour ces postes.

François Fillon réclamait depuis quelques mois des hommes supplémentaires pour compléter son gouvernement qu'il jugeait «trop resserré» et l’on s’attendait depuis, à la nomination de quelques centristes, histoire de mettre un peu de baume sur les plaies de Jean-Louis Borloo, candidat malheureux au poste de Premier ministre .

Ce devrait être bientôt fait. Restera alors la question de Patrick Ollier. Sera-t-il lui aussi «débarqué» du gouvernement ? Le ministre chargé des Relations avec le Parlement était, bien entendu, dans l’avion privé de l’homme d’affaires, aux côtés de son épouse Michèle et de ses beaux-parents, M et Mme Bernard Marie.

Mais l’on a appris aussi depuis que c’était lui, l’ami privilégié du promoteur immobilier proche de Ben Ali et non son épouse. Par ailleurs, il a longtemps présidé l’association des Amis de la Libye et à ce titre, fréquenté le dictateur sanguinaire, même si, ce dernier, à cette époque, semblait «plus fréquentable». Il s’agissait pour Patrick Ollier, de développer des relations économiques entre les deux pays, au nom de la fameuse «real politique».

Le ministre va-t-il «sauver sa peau» après le sacrifice de son épouse ? Sans doute pas. Il entend lier son sort au sien et déjà, un nom circule pour le remplacer, celui de Christian Estrosi. Une chose est sûre : cette «première» qui consistait pour Nicolas Sarkozy et François Fillon à installer un couple au gouvernement sera sans doute la dernière.

Sources: lefigaro.fr, leparisien.fr, lejdd.fr, lemonde.fr, liberation.fr, letelegramme.fr, lepost.fr, europe1.fr, rtl.fr, france info.fr, lexpress.fr, lepoint.fr, nouvelobs.com, 20 minutes.fr.

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