Après l'accident au Japon: pour ou contre le nucléaire en France?

L'accident dans la centrale de Fukushima au Japon relance naturellement le débat sur la sécurité nucléaire en France. Questions et réponses.
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François Fillon a réuni six ministres et les responsables de la filière nucléaire dimanche 13 mars afin de leur demander de « tirer les leçons » des accidents qui se sont produits au Japon dans les centrales après le séisme et le tsunami. Pendant ce temps, des centaines d’écologistes manifestaient à Paris contre les propos rassurants du ministre de l’Industrie Éric Besson qui a estimé «écarté tout danger de catastrophe nucléaire» de type Tchernobyl au Japon.

Au Premier ministre qui a vanté les mérites du nucléaire français en matière de sûreté, Eva Joly a répondu : «oser dire que les accidents nucléaires ont été pensés, intégrés dans la construction de nos centrales nucléaires (françaises) est scandaleux».

Qu’en est-il vraiment ? Les Français sont-ils en sécurité ? Quels sont les dangers pour leur santé ? Les avantages contrebalancent-ils les risques ? L’accident de Fukushima est l’occasion de confronter en détails les arguments des partisans et des opposants du nucléaire français.

La France est-elle le pays le plus « nucléarisé » du monde ?

Si l’on tient compte du rapport «nombre de centrales/nombre d’habitants», notre pays est en effet le plus «nucléarisé au monde» selon le site nucléaire-nonmerci.net , avec 58 réacteurs nucléaires dans 19 centrales et 1100 sites qui renferment des déchets d’origine nucléaire. Au Japon, il existe 55 réacteurs en tout. En revanche, ce sont les Etats-Unis qui sont en tête avec 104 réacteurs pour 70 centrales.

Il suffit de regarder la carte de France de la répartition du nucléaire pour constater que tout notre pays fait l’objet d’un maillage particulièrement serré. Comme l’écrit France-Soir , « quel que soit l’endroit où vous habitez, vous vivez à moins de 300 km d’une centrale nucléaire » ou encore d’une usine de fabrication de combustible ou de retraitement, ou enfin d’un site de stockage civil ou militaire.

Existe-t-il un risque d’accident semblable à celui du Japon ?

En principe «non», disent les responsables politiques français, même si, à la fin du mois d’avril 1986, notre gouvernement affirmait également avec un aplomb incroyable que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière française. Il faut donc prendre avec précaution ce genre d’affirmations rassurantes. François Fillon a ainsi déclaré dimanche 13 mars, que la France « a toujours privilégié le niveau maximum de sécurité dans la construction et l'exploitation de ses installations ». Mais il a tenu à ajouter avec prudence que les autorités «seront attentives à tirer les enseignements utiles des événements japonais».

Car en fait, rappelle encore France-Soir , «le risque zéro n’existe pas». Même si «la France réunit moins de facteurs dangereux. Les centrales japonaises sont équipées de réacteurs à eau bouillante (REB), tandis que les centrales françaises possèdent des réacteurs à eau pressurisée (REP)». Le problème, c’est que pour refroidir un réacteur et éviter que ne fonde le combustible nucléaire , il faut toujours de l’électricité. Au Japon, la panne électrique a été causée par l’immersion de la centrale sous le tsunami. «Le même scénario pourrait se produire en France si les groupes électrogènes de secours ne démarraient pas», estime Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad).

Y a-t-il des centrales nucléaires sur des failles ou le long du littoral ?

Oui, à Fessenheim, en Alsace, ou à Tricastin, dans la vallée du Rhône. On peut d’ailleurs sentir une certaine inquiétude percer à travers les lignes du quotidien L’Alsace du lundi 15 mars, après les propos rassurants de la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet . Elle a rappelé dimanche sur LCI que le tremblement de terre le plus important de tous les temps, dans la région, celui qui a détruit Bâle en 1356, a connu une amplitude estimée de 6,2. Or, a-t-elle ajouté, «la résistance de la centrale de Fessenheim a été calculée avec une marge supplémentaire, lui permettant d’absorber des secousses d’une intensité allant jusqu’à 6,4». Mais le quotidien d’en conclure : « Voilà qui n’est pas très rassurant, car le tremblement de terre de Sendai, au Japon, est d’une intensité bien supérieure (8,9, revue hier à 9). Le béton de Fessenheim résisterait-il à un tel séisme ? » Il est vrai qu’au Japon, il a fallu la conjonction, très improbable en France, d’un tsunami et d’un séisme pour produire l’accident de Fukushima.

Par ailleurs, des centrales sont implantées en zone inondable, comme celle du Blayais, en Gironde. Mais cette fois encore, en principe, il n’y a pas de risques, disent les experts: les bâtiments sont surélevés ou protégés par une digue afin d’éviter tout risque d’inondation qui pourrait noyer les pompes électriques destinées au refroidissement du combustible. Il n’empêche que le journal Sud-Ouest écrivait en janvier 2000, après que la centrale avait été inondée à la suite des intempéries : « Les tranches 1 et 2 de la centrale nucléaire du Blayais, à l'arrêt depuis la tempête des 27 et 28 décembre dernier, sont passées très près d'un véritable scénario catastrophe ». Christophe Quintin, responsable de la division nucléaire à la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) de Bordeaux, avait même déclaré au quotidien: «Si le SEC (le circuit électrique de pompage de l’eau ndlr) avait lâché, on se retrouvait dans la configuration de l'exercice fait à Golfech en novembre dernier, où l'on avait simulé la fusion du cœur de la centrale au bout de dix heures». On aurait alors assisté à un accident du type de celui de Fukushima qui peut conduire à la rupture de l'enceinte de confinement.

Quels sont les dangers du nucléaire pour la santé ?

Les centrales nucléaires peuvent rejeter de la radioactivité en cas d’accident grave. Cette dernière est très dangereuse pour le corps humain et provoque des cancers et leucémies. «Toute dose de rayonnement comporte un risque cancérigène et génétique » a rappelé la CIPR (Commission internationale de radioprotection) en 1990.

Il existe trois niveaux de radiation selon les scientifiques. Le plus grave est celui qui a contaminé les pompiers qui se sont sacrifiés à Tchernobyl et les ouvriers qui travaillaient directement à la centrale car ils ont été directement en contact avec le combustible radioactif. Ils ont été brûlés, leurs cellules ont été détruites et ils sont morts très rapidement. Quant aux populations qui vivaient à proximité immédiate du site, elles sont très souvent décédées de cancers ou de leucémies, et ce, malgré les précautions prises (comprimés d’iode, douches, confinement).

Mais les gens qui habitent loin, voire très loin du lieu de l’accident nucléaire ne sont pas à l’abri pour autant des conséquences des radiations. «Certaines personnes souffriront de cancer comme celui de la glande thyroïde, surtout chez l’enfant, du cancer du sein, de leucémie, écrit France-Soir . Il pourra survenir des naissances d’enfants atteints de malformations. Les effets se manifestent souvent des dizaines d’années après l’irradiation».

Il existe enfin un troisième niveau de radiation, plus faible, que certains scientifiques estiment inoffensif pour la santé. Ce serait le niveau qu’ont actuellement à subir les Japonais. Le site nucléaire-nonmerci.net estime, quant à lui, que la seule proximité d’un site qui n’a subi aucun accident est dangereuse par elle-même: «Les rejets radioactifs des centrales sont censés ne pas être dangereux. Mais aucune réelle étude n'est menée. Certaines enquêtes indépendantes ont révélé une augmentation avérée des taux de leucémies autour de La Hague , mais ces résultats ont été attribués au hasard…On décrit souvent la radioactivité naturelle comme dépourvue d'effets sanitaires. Pourtant, le radon (gaz radioactif naturel) est la 2ème cause de cancer du poumon après le tabac».

Indépendance, « propreté », des qualités du nucléaire ?

La France fournit 78% de son électricité grâce à l’énergie nucléaire, mais en tout, elle produit 17% seulement de sa consommation totale d’énergie. Notre pays est-il indépendant des autres en matière d’énergie électrique ? «Oui», dans l’immense majorité des cas, répond le gouvernement. «Non», rétorquent les écologistes : «On nous a imposé un usage intensif de l'électricité à travers le chauffage électrique et les climatisations, grands consommateurs d'électricité, pour justifier l'utilité du nucléaire. La France consomme tellement que lorsque les étés sont très chauds comme celui de 1999 et les hivers froids comme cet hiver, elle est obligée d'importer de l'électricité de l'Allemagne».

L’énergie nucléaire est-elle une énergie «propre» ? C’est vrai qu’elle permet de réduire «l’effet de serre» puisqu’elle ne produit pas de gaz carbonique , celui qui entraînerait le réchauffement climatique de la planète, la fonte des glaciers, les inondations et les cyclones. En revanche, elle produit des déchets radioactifs dont nous ne savons pas que faire. Ces déchets resteront dangereux pendant des milliers d'années. Le plutonium, par exemple, a une durée de vie de 20 000 ans. « Le combustible nucléaire est si nocif qu'il ne doit jamais être mis en contact avec l'environnement», disent les anti-nucléaires qui ajoutent avec ironie : « A nous l'énergie, à nos enfants les déchets. »

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