Arlette Chabot perd « A vous de juger » mais gagne Europe 1

Son émission politique sur France 2 s'arrête en avril sous la pression de Nicolas Sarkozy. Mais elle arrive sur Europe 1 comme directrice de la rédaction.
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C’est le dernier épisode du feuilleton commencé l’été dernier , une sorte de Dallas médiatique où les caméras de télévision remplacent les puits de pétrole et le P-DG de France Télévisions, Rémy Pflimlin, joue le rôle du tout puissant JR, face à l’ambitieuse Paméla-Arlette Chabot.

Dans cette histoire à rebondissements, la présentatrice de À vous de juger avait été sommée, en août 2010, de choisir entre son émission politique et son poste de directrice de la rédaction. Elle avait décidé de garder l’antenne. Mais c’était en fait un sursis de quelques mois: Arlette Chabot vient d’être définitivement éjectée de France 2.

Cela ne sonne pas pour autant la fin d’une carrière audiovisuelle aussi brillante que contestée: Europe 1 doit annoncer d’un jour à l’autre son arrivée comme directrice de la rédaction en remplacement de Patrick Roger, l’ex-patron de France Info et de l’info de BFM TV arrivé l’été dernier, à qui devrait échoir la présentation de la tranche 12 h-13h30.

Un règlement de comptes subtil en deux étapes

Pour France 2, c’est désormais officiel: Arlette Chabot et Rémy Pflimlin se séparent «d’un commun accord». Avant d’abandonner définitivement À vous de juger , la journaliste assurera encore les numéros de mars et d’avril, puis elle en finira avec une collaboration longue de plus de 20 ans avec le service public. Chacun sauve ainsi la face mais il s’agit bien là d’un règlement de comptes assez subtil puisqu’il s’est opéré en deux étapes. La première, c’est lorsque le successeur de Patrick de Carolis , deux jours avant de prendre ses fonctions officielles à la tête de France Télévisions, convoque sa future collaboratrice pour lui demander de choisir entre ses deux activités de directrice de la rédaction et d’animatrice de À vous de juger .

Arlette Chabot décide alors de rester à l’antenne mais elle sait que son destin est désormais scellé. Tôt ou tard, elle va devoir quitter le service public. C’est en découvrant sur le site Ozap.com les propos du chef du service politique de France 2, Fabien Namias, expliquant qu’une émission politique était à l’étude au sein de la chaîne, que la journaliste comprend que c’est fini. Elle prend alors rendez-vous avec Thierry Thuillier , l’homme qui l’a remplacée à la tête de la rédaction, et ce dernier lui confirme que son magazine sera stoppé avant l’été. Il ne lui reste plus alors qu’à négocier ses indemnités de départ avec Rémy Pflimlin.

L’ombre de l’Élysée sur Arlette Chabot et Nicolas Demorand

Pour la plupart des spécialistes des médias, Arlette Chabot était depuis des années dans le collimateur de l’Élysée. Nicolas Sarkozy, qui préfère TF1 , lui avait notamment reprochée de ne pas faire des émissions politiques à l’ancienne, telles que 100 minutes pour convaincre d’Olivier Mazerolle et Alain Duhamel ou L'heure de vérit é de François-Henri de Virieu. En réalité, croit savoir Emmanuel Berretta dans Le Point , les vraies raisons de cette éviction seraient plus personnelles: «Christophe Hondelatte estime que l'explication à la rancoeur du président envers Arlette Chabot est plutôt de l'ordre de l'intime: il affirme que le chef de l'État n'a pas supporté le traitement de son divorce, fin 2007, par les JT de France 2. Selon Hondelatte, Sarkozy, ivre de colère , a été indigné que le service public s'immisce dans sa vie privée et se disait prêt à livrer des éléments de la vie privée d'Arlette Chabot dans les médias. »

Rémy Pflimlin , sous ses airs bonhommes et son goût affiché pour le consensus, aurait été mis en place par l’Élysée pour préparer la présidentielle de 2012. Or, en inventant la règle du non-cumul des fonctions à France-Télévisions pour se débarrasser de la journaliste, il met en place un usage plutôt utile à Nicolas Sarkozy. Elle permet, par exemple, au chef de l’État de se débarrasser d’un journaliste considéré « de gauche», Nicolas Demorand. Comme le note Renaud Revel sur son blog , «le journaliste d’Europe 1, qui s’apprête à prendre les rênes du quotidien Libération, va devoir à son tour abandonner la présentation de l’émission qu’il anime sur France 5, C Politique . Ainsi va s’instaurer une jurisprudence inattendue, qui entend imposer à l’ensemble des collaborateurs du groupe France Télés un devoir d’exclusivité».

Une double casquette sur Europe 1 comme sur France 2

Mais comme Nicolas Demorand, Arlette Chabot est prévoyante. Voilà en effet plusieurs semaines qu’elle mène en coulisse des négociations avec Denis Olivennes, le nouveau P-DG d’Europe 1. En attendant l’officialisation imminente de son arrivée à la radio, elle confie au Journal du Dimanche , qui fait partie comme Europe 1 du groupe Lagardère : «Son projet m’intéresse, il n’est pas impossible que cela se concrétise vite. Europe 1 est une radio à laquelle je suis très attachée pour y avoir travaillé entre 1999 et 2004, en même temps que je présentais l’émission Mots croisés ».

Tout en maintenant un contact avec I-Télé –dans l’audiovisuel, on n’est jamais trop prudent-, Arlette Chabot s’apprête à signer avec le patron de la radio pour occuper le poste de directrice de la rédaction. Une bonne nouvelle pour Denis Olivennes qui tente d’arrêter l’hémorragie des stars qui frappe la station depuis quelques semaines, avec notamment le départ de Nicolas Demorand et celui de Marc-Olivier Fogiel, tous deux attirés par la presse écrite. «L’arrivée d’Arlette Chabot est l’une des toutes premières embauches de taille du nouveau patron d’Europe 1, après celle de Nicolas Poincaré, venu de France Info», écrit Renaud Revel.

Arlette Chabot aurait obtenu de cumuler, comme à France 2, la direction de l’information et une émission sur mesures, précise Ozap.com : «Elle devrait hériter d'une présence quotidienne au micro d'Europe 1 en prenant les commandes d'une interview politique diffusée dans le nouvel Europe 1 Soir qu'incarnera, dès le 28 février, Nicolas Poincaré, chaque soir de 18h à 20h».

Une carrière de «lutteuse de l’information»

Cette double casquette, Arlette Chabot y tenait, histoire de montrer à ceux qui l’ont éjectée de France Télévisions qu’elle est bien cette «lutteuse de l’info» selon l’expression du Parisien qui écrit à son propos : «Née le 21 juillet 1951 à Chartres, Arlette Chabot n'était pas destinée au journalisme. Ni par son milieu, avec un père dirigeant de l'entreprise familiale, ni par son éducation catholique chez les soeurs dominicaines. Jeune, elle rêve de comédie ou de théâtre. Elle choisit le droit par facilité avant de s'orienter vers une école de télévision». Une carrière qui démarre en flèche pour la maintenir au firmament des stars du journalisme: 1973, reporter à Inter TV, un service de l’ORTF rattaché au ministère des Affaires étrangères ; 1974-1984, présentatrice des bulletins d’information puis chef du service politique ; 1984-1990, chef du service politique sur TF1 ; 1990-1992, rédactrice en chef de France 3 nationale. La voilà ensuite sur France 2 où elle est nommée directrice adjointe de la rédaction.

Durant la campagne présidentielle de 1995, elle se fait un premier ennemi, Jacques Chirac, comme l’écrit Emmanuel Berretta dans Le Point : «Alors que Balladur caracole en tête des sondages, elle pose directement la question au maire de Paris : «Vous irez jusqu'au bout ?» Le regard noir, Chirac répond : «Vous faites de l'humour ? Soyons sérieux.» Quatre mois plus tard, il est élu. Comme par hasard, en 1996, son nouveau boss (Pierre-Henri Arnstam) la démet de ses fonctions de directrice adjointe de l'information... ce qui ne l'a pas empêchée de rebondir quelque temps plus tard».

A 59 ans passés, Arlette Chabot est toujours aussi bagarreuse, au point de continuer de se faire des ennemis politiques, mais aussi de rebondir encore. Son arrivée sur Europe 1 en est la flagrante démonstration.

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