Budget de l'école privée : fermer ou retirer une heure de cours ?

L'enseignement catholique perd 1533 postes de professeurs. Faut-il fermer des écoles ou supprimer une heure de cours ?

Deux millions d’élèves suivent les cours dispensés par 136 000 maîtres et professeurs dans l’enseignement catholique. Chaque année, les écoles privées refusent entre 30 000 et 40 000 élèves. Pourtant, « entre 2008 et 2010, nous avons rendu 4 600 emplois », déplore Éric de Labarre, secrétaire général de l’enseignement catholique dans une interview à La Croix , mardi 18 avril. « En 2012, nous en perdrons encore 1 533 sur les 16 000 suppressions prévues dans l’Education nationale. La politique de l’emploi enseignant, telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui, conduit le privé comme le public à une impasse dès 2011 et à une situation catastrophique en 2012 ».

L’inquiètude est telle que les responsables de l’enseignement catholique tirent la sonnette d’alarme : si l’État ne fait rien, il va falloir fermer des centaines d’écoles. À moins qu’il accepte de revoir à la baisse le nombre d’heures de cours hebdomadaire.

Quelles solutions face aux restrictions ?

  • Fermer un millier d’écoles. « Quelque 1500 suppressions de postes d'enseignants sont prévues à la rentrée prochaine. Sur la base de retraits équivalents au cours des années suivantes, écrit Le Parisien du 19 avril, ce sont 5000 à 7000 emplois qui disparaîtront, se traduisant par la fermeture d'un millier d'écoles primaires, de 100 à 150 collèges et de 70 à 100 lycées, estiment les responsables du secteur ».
  • Supprimer une heure par semaine. Actuellement, les élèves suivent entre 28 et 32 heures de cours chaque semaine. « Mais, pour passer 2012 dans des conditions à peu près convenables, il faudrait surtout retirer une heure d’enseignement, estime Éric de Labarre , à tous les collégiens et lycéens, en laissant le soin aux établissements de déterminer, en fonction de leurs besoins, les disciplines concernées, avec bien sûr des verrous pour éviter que telle ou telle matière ne soit systématiquement lésée. Une telle mesure permettrait d’économiser de 13 000 à 14 000 postes. Il y a un certain nombre d’années, Singapour a, dans le premier degré, diminué d’un quart le nombre d’heures de cours, sans que les performances de ses élèves, dans les comparaisons internationales, ne soient modifiées ».
  • Développer la formation à distance. Certaines matières sont considérées comme « orphelines » car elles attirent peu d’élèves et les professeurs compétents sont disséminés dans toute la France. Avec les techniques modernes de communication, un seul professeur pourrait enseigner simultanément dans plusieurs classes. L’enseignement catholique vient d’obtenir une autorisation du ministère pour 2011 : « De petits groupes d’élèves dispersés pourraient ainsi suivre en direct, depuis leur collège ou leur lycée, via Internet, des cours dispensés par un seul professeur, qui viendrait à leur rencontre à plusieurs moments de l’année. C’est une expérimentation que nous menons déjà avec succès en Lorraine », explique Éric de Labarre à La Croix .

« Pas d’approche strictement comptable »

Pour se faire entendre, Éric de Labarre a entamé mardi 18 avril à Toulouse un tour de France destiné à sensibiliser les parents d’élèves aux difficultés du secteur privé de l’Education.

« Contractuels de droit public, écrivait Le Figaro du 18 mars, les professeurs de l'enseignement catholique sous contrat passent le même concours que ceux du public et sont rémunérés par l'État. Ils n'échappent donc pas aux réductions des emplois de fonctionnaires en proportion de ses effectifs, soit 20 % des élèves français ».

Une logique que ne conteste pas le secrétaire général : « Entre 1990 et 2010, reconnaît-il dans La Croix , la France a perdu 700 000 élèves et gagné 50 000 professeurs, sans que les résultats scolaires ne s’améliorent. Tout n’est donc pas question de moyens. Nous avons conscience qu’il faut assainir les finances publiques, que l’éducation nationale doit pour cela faire des efforts, y compris en supprimant des postes, et que l’enseignement catholique doit être mis à contribution. Mais on ne peut pas s’appuyer, comme c’est le cas aujourd’hui, sur une approche strictement comptable. Sinon, c’est le maillage territorial des établissements publics et privés qui est mis à mal, et partant la liberté de choix des familles ».

Des difficultés dans certaines régions

« L’enseignement catholique a beau effectuer des redéploiements de postes entre les académies qui perdent des élèves et ceux qui en gagnent, cela ne saurait suffire, explique Éric de Labarre. Ce ne sont pas les emplois retirés à Limoges qui permettront de combler les besoins, énormes, en région parisienne ». Le Figaro pointe ces difficultés par secteur : « La situation serait particulièrement tendue dans les académies de Versailles, de Poitiers, de la Réunion et de Guyane et dans certaines grandes villes du Sud comme Nice et Montpellier ou encore dans les Pays de la Loire. Sainte-Geneviève à Asnières vient par exemple de refuser 800 demandes d'inscription pour la rentrée de septembre, Sainte-Jeanne-d'Arc, à Colombes, 700 ».

« En 2008, poursuit Éric de Labarre dans La Croix , dans le cadre de son plan banlieue, le gouvernement nous a demandé d’ouvrir des classes dans des zones défavorisées afin de contribuer à l’égalité des chances. Mais les moyens humains qui nous avaient été accordés pour ce faire nous sont retirés. Un exemple parmi tant d’autres : nous avons créé, à Sartrouville (Yvelines), le lycée Jean-Paul-II, avec l’ouverture d’une classe de seconde en 2009 et d’une classe de première en 2010. Doit-on aujourd’hui renoncer à ouvrir pour ces mêmes élèves une classe de terminale en septembre prochain ? Ce ne serait pas juste. Cela reviendrait aussi à gaspiller les deniers publics déjà engagés dans ce projet ».

100 ou 300 postes de plus ?

Un amendement à la loi de finances 2011 est venu limiter les suppressions d’emplois touchant l’enseignement privé sous contrat, comme le rappelle Le Figaro : « Sensibles aux arguments du privé, les sénateurs ont voté en décembre le transfert de quatre millions d'euros supplémentaires à son profit, soit 250 emplois, dans le cadre du projet de loi de finances. Mais ils ne sont pas entendus, pour l'instant, par le gouvernement. Ce dernier entendait, cette semaine, ne leur « rendre » que 100 emplois ». Ce que conteste le secrétaire général de l’enseignement privé dans La Croix : « Mais nous sommes en désaccord avec le gouvernement quant à l’interprétation de cet amendement (…) Cette décision inscrite au budget annuel s’applique en réalité sur la période qui s’étale de la rentrée de septembre au 31 décembre, soit un tiers de l’année civile (…) Le gouvernement nous doit bien, pour la rentrée prochaine, 300 emplois et non, comme il le soutient aujourd’hui, une centaine ».

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