Cantonales: les vrais enjeux pour le PS , l'UMP et le FN

S'agit-il d'un test national ou local ? Le FN confirmera-t-il sa percée? Le PS connaîtra-t-il une nouvelle vague rose? L'UMP limitera-t-elle la casse ?
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Les dimanche 21 et 27 mars, se dérouleront dans toute la France les élections cantonales. La moitié (2023) des 4039 cantons français vont être ainsi renouvelés et les conseillers généraux seront élus pour 3 ans au lieu de 4 : en effet, en 2014, ils seront remplacés par des «conseillers territoriaux» qui auront pour mission de siéger à la fois dans les conseils généraux et régionaux.

Pour autant, les Français ne semblent pas se passionner pour ces élections locales (qui, cette fois, ne sont pas couplées avec des municipales) puisque, selon un sondage OpinionWay (1) réalisé pour Le Figaro , 57% d’entre eux ignorent si leur canton est renouvelable. On s’attend donc à une abstention massive.

Pourtant, c’est là un paradoxe, nos concitoyens s’intéressent aux enjeux réels ou supposés d’un tel scrutin. En voici les principaux.

Est-ce un test national ou purement local ?

Objectivement, il s’agit d’élire, dans les villes comme dans les zones rurales, des conseillers généraux dont les missions seront purement locales ou départementales . Rappelons qu’un conseil général s’occupe de la construction et de l’entretien des collèges ainsi que du transport scolaire ; qu’il mène une action sociale auprès des familles, les enfants, des personnes âgées et des handicapés ; qu’il finance aussi la construction et l’entretien des routes départementales.

Objectivement également, cette élection va se dérouler à 13 mois de la présidentielle, ce qui va conduire naturellement les observateurs à en tirer des conséquences au niveau national. « Ce sera le dernier sondage grandeur nature avant la présidentielle», estime Claudy Lebreton , le président socialiste de l’Assemblée des départements de France.

Ce à quoi, Jean-François Copé , le patron de l’UMP répond qu’il s’agit avant tout d’ une élection aux enjeux limités , à tel point d’ailleurs qu’il n’a pas accordé de trêve aux parlementaires qui souhaitaient faire campagne (depuis le 7 mars) «en raison d’un calendrier de travail très chargé».

La gauche espère une vague rose

Le Parti socialiste affiche à la fois des objectifs «raisonnables» mais encourage aussi les électeurs à se rendre aux urnes pour sanctionner la politique de Nicolas Sarkozy. Le débat sur la laïcité , qui rappelle celui qui avait mal tourné sur «l’identité Nationale» tombe à point nommé pour la gauche qui compte s’en servir pour dénoncer la «nouvelle dérive» de la droite, obsédée par son désir de récupérer les voix du Front national.

Sur 100 conseils généraux, le Parti socialiste en préside aujourd’hui 56 (2 pour le PRG) et souhaite dépasser la barre des 60 en arrachant à la droite l’Aveyron, le Jura ou la Côte d’Or. Les Verts, qui pour la première fois, présentent 1500 candidats et disposent aujourd’hui de 24 conseillers généraux, estiment qu’ils pourraient en obtenir 90 le soir du 27 mars.

L’UMP souhaite limiter les dégâts

Dans la majorité, l’heure n’est pas à l’optimisme. Un nouveau sondage fait encore reculer d’un point Nicolas Sarkozy , dont la cote de popularité descend à 29%, selon le baromètre mensuel Ifop du Journal du Dimanche (2). 34% des Français interrogés se disent «très mécontents» du Président et 37% plutôt mécontents. A tel point que l'on est prudent dans les cantons : la plupart des affiches des candidats UMP ne portent aucune référence au chef de l’État, ni même à l’Union pour un mouvement populaire.

C’est «un aveu de faiblesse» pour François Hollande. Lundi 8 mars, dans la Sarthe, (…) «il a ironisé sur ces "candidats sans étiquette" qui masquent leur appartenance à l'UMP, les comparant à des bagages perdus "sans adresse», peut-on lire sur le site de lci.tf1 . Il est vrai que dans le propre fief du Premier ministre François Fillon, seuls huit candidats sur 19 cantons mentionnent leur filiation avec l’UMP.

Dans le parti majoritaire, personne n’a oublié la gifle des régionales de l’année dernière quand la gauche a raflé la totalité des présidences de région, sauf celle de l’Alsace.

Cependant, la droite républicaine espère limiter la casse et surtout, remporter quelques victoires symboliques. Par exemple, arracher à la gauche la Seine-et-Marne , une terre symbolique puisqu’elle est le fief du député-maire de Meaux Jean-François Copé, ou encore le Val d’Oise, chez Dominique Strauss-Kahn, où la gauche est divisée ; peut-être aussi la Corrèze, terre d’élection de François Hollande. L’ancien premier secrétaire du PS a en effet conditionné son maintien aux primaires pour la présidentielle à sa victoire dans ce département, et il compte d’ailleurs, pour y parvenir, sur le discret soutien de Bernadette Chirac qui siège toujours au conseil général.

Le FN rêve de victoires

Marine Le Pen espère bien confirmer sa percée dans les sondages et jouer les trouble-fête dans cette bataille et parvenir à se maintenir au second tour dans au moins 150 cantons . Il est vrai qu’elle profite de sa récente et spectaculaire percée dans les sondages qui, à deux reprises, l’ont placée en tête au 1er tour de la présidentielle de 2012.

Selon le Journal du Dimanche , Steeve Briois, conseiller municipal de Hénin-Beaumont comme Marine Le Pen, mais aussi secrétaire général du FN serait en mesure de remporter un siège au conseil général du Pas-de-Calais et prédit d’arriver au second tour dans «au moins» une dizaine de cantons.

Pour tenter de limiter cette nouvelle percée du Front national, le seuil de qualification pour le second tour est passé de 10% des inscrits à 12,5% des votants , ce qui devrait rendre plus difficiles les triangulaires et favoriser les grands partis traditionnels.

Front national ou front républicain ?

Face au risque de voir le FN au deuxième tour dans plusieurs dizaines de cantons de France, que va faire l’UMP ? Nicolas Sarkozy s’est voulu très clair jeudi 10 mars en recevant les 15 dirigeants du parti majoritaire dont Jean-François Copé. Il n’y aura «aucune alliance avec le FN» , a dit le Président, allant même jusqu’à menacer d’exclusion de l’UMP tous ceux qui enfreindraient cette règle.

Dans l’hypothèse où le candidat de la droite républicaine serait éliminé au 1er tour et où il y aurait duel entre le candidat de la gauche et celui du FN, Nicolas Sarkozy n’est pas allé pourtant jusqu’à recommander un front républicain pour faire rempart à l’extrême droite. «Il faut d'abord tout faire pour éliminer le Front national (...). On verra, après le premier tour! Mais on ne va pas commencer à appeler à voter pour la gauche!», a-t-il déclaré avant de renvoyer au bureau de l’UMP qui se tient mercredi 16 mars la stratégie à adopter.

D’ores et déjà, plusieurs personnalités de droite ont appelé à la constitution d’un front républicain, et donc à voter socialiste si nécessaire, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Énergie, Laurent Wauquiez, le ministre aux Affaires européennes, ou encore Gérard Larcher , le président du Sénat.

Marine Le Pen a fourni son analyse de l’attitude du Président , lors d’une visite dans le Var : «Nicolas Sarkozy ne prendra pas le risque de donner une consigne pour faire voter socialiste. Il est trop affaibli pour cela. Il laissera les électeurs libre de leur choix: on peut facilement imaginer qu'une partie de la droite votera sans complexe pour le Front national», a-t-elle affirmé.

Il faut dire que celle qui brandit des statistiques (non vérifiables) d’une immigration galopante (elle annonce +41% en janvier 2011) chasse désormais sur les terres de l’UMP . «Le Front national ouvre les bras aux exclus», a dit la patronne du FN en se déclarant prête à accueillir la députée UMP Chantal Brunel , qui a aussitôt rétorqué : «Je ne me sens absolument pas concernée par l'offre du FN». Une réponse rapide qui en dit long sur la fébrilité qui règne parmi la droite républicaine.

(1) Étude réalisée du 10 au 14 février auprès d’un échantillon de 1865 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

(2) Sondage réalisé par téléphone du 3 au 11 mars, auprès d'un échantillon de 1 889 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

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