Cantonales ratées, Sarkozy en baisse : l'UMP a peur et se divise

Après le revers de la droite aux cantonales, le chef de l'État chute dans un sondage. De quoi favoriser la désunion du parti majoritaire.

Cette fois, l’avertissement est sans frais. Nicolas Sarkozy serait éliminé dès le premier tour de la présidentielle de 2012 si l’élection avait lieu aujourd’hui, et ce, quel que soit le candidat de la gauche qu’il aurait en face de lui (Martine Aubry ou Dominique Strauss-Kahn). Dans tous les cas de figure, c’est Marine Le Pen qui serait présente au second tour. C’est ce qui ressort du sondage BVA réalisée pour Orange/L'Express/FranceInter (1), ce qui ne devrait pas améliorer le climat délétère qui règne, depuis quelques jours, au sein de l’UMP.

Le chef de l’État éliminé dès le premier tour

La descente aux enfers continue pour le président candidat à sa propre succession: il perd 8 points depuis janvier dans le dernier sondage de l’institut BVA. «A la question «si le premier tour de l'élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pour lequel y aurait-il le plus de chance que vous votiez?», 24% des personnes interrogées répondent Martine Aubry, et 19% Nicolas Sarkozy. Ils étaient 23% en janvier à se prononcer pour la première secrétaire du PS, contre 27% pour le président de la République, en chute de 8 points», note L’Express dans sa livraison de mardi 29 mars. Marine Le Pen, serait, elle au deuxième tour avec 20% des voix (+3% par rapport à janvier). Face à Dominique Strauss-Kahn (toujours pas candidat déclaré), le Président ne recueillerait que 17% des suffrages, laissant le directeur du FMI (29%) affronter la candidate du Front National créditée, elle de 19%.

C’est le deuxième revers de la droite en 3 jours

Pour l’UMP, la pilule est dure à digérer d’autant que le parti majoritaire a déjà du mal à se remettre de son très mauvais score aux élections cantonales du dimanche 27 mars . Alors que le bloc de gauche a remporté 50,23% des suffrages exprimés au second tour, la droite n’a obtenu que 3 5,56% et l’UMP à peine plus de 20%. Les grands gagnants ont été l’abstention (plus de 55% à chaque tour) et le Front national, qui pour la première fois dans une élection locale, obtient plus de 11% des suffrages.

Votes protestataires, éloignement, voire désintérêt de plus en plus fort des Français pour la politique et ceux qui la font, même au niveau de leur canton (une première) sont autant de signaux inquiétants pour le parti majoritaire.

Des divisions évidentes dans la majorité

C’est toute la stratégie de l’UMP, et donc, celle du président de la République qui se trouve désormais remise en cause par les ténors de la majorité. On a entendu, lundi 28 mars, François Baroin, le porte-parole du gouvernement, dire sur France Info qu’il fallait «certainement mettre un terme à ces débats» ( celui sur la laïcité et l’islam qui démarre difficilement, mais aussi celui sur l’identité nationale qui a fait long feu ).

Au même moment, Étienne Pinte, réputé très proche du Premier ministre, a fait cette confidence à la télévision à propos des fameux débats: « François Fillon est très mal à l'aise . Il n'est pas sur la même longueur d'ondes sur ces sujets que le président Nicolas Sarkozy» La semaine précédente, le 21 mars, ce même François Fillon s’était déjà démarqué de la consigne de vote du président Sarkozy. Au lieu de recommander le «ni-ni» comme celui-ci (ni front républicain, ni Front National), il avait carrément demandé à l’UMP de voter «contre le FN» . Une attitude claire qui a payé dans le sondage BVA (1) puisque le Premier ministre bénéficie d’une hausse de 8 points de sa cote de popularité, à 51%.

Si l’on ajoute les prises de position identiques de Valérie Pécresse, Gérard Larcher, Nathalie Kosciusco-Morizet et quelques autres ténors de la majorité , on imagine la colère du patron de l’UMP, Jean-François Copé.

Vers un risque d’implosion de l’UMP?

Lundi 28, rappelle Les Échos , «un conflit a éclaté au grand jour entre le secrétaire général de l'UMP et le Premier ministre, le premier accusant sur Canal+ le second d'être dans la posture et de ne pas jouer collectif». Nicolas Sarkozy a recadré les deux hommes dans son bureau de l’Élysée et ces derniers, une demi-heure plus tard, se sont évertués à expliquer que ce n’était là qu’une «poussée de fièvre»: «L'heure est à l'apaisement», a dit Jean-François Copé. «L'incident est clos» , a assuré François Fillon, comme le rapporte le quotidien économique qui note cependant: «C'est peu dire que le clash entre le patron du parti et le chef du gouvernement a fait l'effet d'une bombe parmi les députés UMP, déjà très inquiets pour leur avenir en raison de l'impopularité du chef de l'Etat. Certains tablent déjà, en privé, sur une implosion de l'UMP».

Au sein du parti majoritaire, la ligne de fracture a toujours existé entre les tenants d’une droite dure et ceux qui se situent plus au centre. France-Soir relève les dernières polémiques internes, «de Chantal Brunel voulant remettre les immigrés tunisien «dans les bateaux» à Claude Guéant assurant que les Français «ne se sentent plus chez eux» en France.

L’unité de façade entre ces deux courants va-t-elle résister aux mauvais résultats dans les urnes et dans les sondages? En clarifiant son intention de rester ou de partir de l’UMP, Jean-Louis Borloo , le patron du Parti radical, devrait donner, dans les prochains jours, un début de réponse.

(1) Sondage réalisé les 25 et 26 mars, entre les deux tours des cantonales, par téléphone auprès d'un échantillon national représentatif de 982 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

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