Carla «enceinte»: le couple Sarkozy a-t-il droit à une vie privée

Si Carla Bruni-Sarkozy était enceinte, faudrait-il en parler? Y a-t-il une vie privée à l'Élysée ou le couple Sarkozy a-t-il fait tomber les tabous?

Le magazine Closer , spécialisé dans l’actualité people, affirme depuis jeudi 22 avril que l’épouse de Nicolas Sarkozy serait enceinte de son deuxième enfant. Une information plus ou moins démentie par l’Élysée, confirmée en «off» par un conseiller du Président selon VSD mais carrément réfutée par la mère de l’intéressée dans Gala , avant d'être précisée au fil des jours par l’auteur du scoop (ou de la rumeur): Carla Bruni serait «dans les toutes premières semaines de sa grossesse. Une grossesse fragile. A risques. Il ne faut pas oublier qu'elle a 43 ans». Puis, ce détail présenté comme une preuve: «Selon de nouvelles infos recueillies par Closer, Carla Bruni Sarkozy est dans son troisième mois de grossesse ».

Un suspense qui n'a pas pris fin samedi 29 avril puisque la première dame de France n'a pas répondu à cette question des lecteurs du quotidien Le Parisien qui l'interrogeaient pour une sorte de «face aux Français». Cette interview, d’ailleurs, semble s’inscrire dans un plan de communication puisque Carla Bruni-Sarkozy a également accordé un entretien à Alexandre Jardin, dans Paris-Match , où elle évoque son combat contre l’illettrisme, cher à l’écrivain. Elle n’y parle d’ailleurs pas de son éventuelle maternité, mais s’attache à apparaître comme le veut la tradition française: une épouse modèle qui soutient son mari et refuse de faire des confidences. Ce qui n’empêche pas de se poser ces questions: est-ce qu’on peut tout dire ou écrire sur la vie des hôtes de l’Élysée?

Une première dame à la fois chanteuse et secrète

«Ce blitz médiatique, écrit Constance Jamet sur son blog du Figaro , rompt avec la discrétion de ces dernières semaines. Les apparitions officielles de la première dame ont été rares, faisant naître beaucoup de rumeurs». Il faut dire que depuis qu’elle est l’épouse du président de la République, depuis 2008, Carla Bruni est réservée avec la presse, sauf lorsqu’il s’agit de promouvoir l’un de ses disques (ce qui n’arrivera pas avant la présidentielle de 2012 puisqu’ elle a préféré repousser la sortie de son futur album ).

Le mariage lui-même a été tenu secret malgré l’hystérie de la presse people et ce n’est que deux heures après leur union, le samedi 2 février 2008 à la mairie du VIIIe arrondissement de Paris, qu'un communiqué de l’Élysée annonce l'événement: «Madame Carla Bruni-Tedeschi et Monsieur Nicolas Sarkozy annoncent qu'ils se sont mariés ce matin en présence de leurs familles dans la plus stricte intimité». Ce que L’Express du 4 février résume ainsi: «Premier président à s'être marié en cours de mandat depuis Gaston Doumergue en 1931, premier aussi de la Vème République à épouser une star du show-biz, Nicolas Sarkozy, dont c'est le troisième mariage, a pour l'occasion, choisi la tradition et la plus grande discrétion».

Les années médiatiques de Nicolas Sarkozy

Une attitude qui rompt avec les années médiatiques de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur. Personne n’a oublié, en effet, l’annonce de l’infidélité de Cécilia à la Une de Paris-Match en août 2005 qui aurait valu à son directeur, Alain Genestar, d’être licencié par le groupe Lagardère. On se souvient aussi que peu après son arrivée à l’Élysée en 2007, Nicolas Sarkozy avait tenu, selon les termes de L’Express , à «s’afficher depuis décembre en compagnie de l'ex-top model devenue chanteuse, l'emmenant par deux fois pour des vacances très médiatisées, en Egypte puis en Jordanie». Il avait alors souhaité couper court aux rumeurs d’un «voyage de noces en Italie», expliquant le 8 janvier sur le ton de la confidence, qu’«avec Carla, c’est du sérieux».

Une petite phrase «de rupture», une confidence tellement en décalage avec la fonction présidentielle qu’elle a été reprise dans tous les médias. A-t-elle pour autant été appréciée des Français, volontiers traditionnalistes dans leur approche du statut du président de la République? «L'étalage de la vie privée du président explique en partie selon les analystes la baisse sensible et continue, ces dernières semaines, de sa cote dans les sondages, sa popularité étant passée dans le négatif», remarque ainsi L’Express en 2008.

Une tradition de discrétion

Carla Bruni-Sarkozy a très vite compris qu’elle devait «canaliser» son époux, compenser le côté «bling bling» par une tenue exemplaire, du moins pendant les cérémonies officielles. C’est ainsi qu’elle réussit le «test de la Reine d’Angleterre»… et la révérence lors de la présentation à «Sa Majesté» à Londres . Une attitude discrète que n’aurait pas renié les dames qui l’ont précédée à l’Élysée. Depuis qu’elle est l’épouse du Président, Carla fait tout pour qu’on oublie sa vie privée mouvementée d’avant, du temps où elle était top-model et artiste.

C’est dans cet esprit que Madame Sarkozy vient de répondre à Paris-Match . Ainsi, évoque-t-elle sa fondation contre l’illettrisme, en précisant qu’elle a reversé 300 000 euros à des associations et aidé 415 familles confrontées au problème. En revanche, elle se fait mutique sur ses relations avec Nicolas: «Je parle de tout avec mon mari mais de très peu de choses avec le président de la République. Nous tenons à ce que nos activités restent distantes». Elle est tout aussi lapidaire à propos de 2012: «Peut-être qu'il sera un jour en période électorale. Et là, je roulerai évidemment pour lui. Cela doit être clair. On peut dire que tous les autres sont en période électorale, mais lui non. Pour l'instant, il travaille, il ne fait que travailler». Enfin, elle n’évoque pas sa possible grossesse.

Un premier coup de canif sous François Mitterrand

Une discrétion de tradition à l'Élysée. Si François Mitterrand apprend dès le mois de novembre 1981 qu’il a un cancer de la prostate, il le tait et se représente en 1988. L’information sur sa maladie ne sera dévoilée que lors de son hospitalisation au Val-de-Grâce en septembre 1992. Voilà qui rappelle le mystère qui a entouré le cancer du sang de Georges Pompidou . Un «mensonge d’État» raconté dans le téléfilm Mort d’un président , de Pierre Aknine, diffusé le 13 avril dernier par France 3 avec un excellent Jean-François Balmer dans le rôle-titre.

En fait, le premier coup de canif dans le contrat de discrétion qui a toujours lié la presse et l’Élysée sera donné par Philippe Alexandre, en 1994. Il va révéler l’existence de Mazarine, la fille cachée qu’a eue François Mitterrand dans une liaison extra-conjugale. «C’est Paris Match, écrit plumesdepresse.net , qui se décide à dévoiler l’affaire, publiant des photos accompagnées de l’interview du journaliste, qui aborde son existence pour la première fois dans un livre (1)». Depuis, Nicolas Sarkozy, à l'occasion de son divorce d'avec Cécilia, s’est chargé de faire tomber les derniers tabous.

(1) Plaidoyer impossible pour un vieux président abandonné par les siens, de Philippe Alexandre, 1994, éditions Albin Michel, 28,30 euros.

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