Cellulite : pourquoi la lipodissolution va être interdite

Contrairement à la chirurgie par liposuccion, les techniques de destruction des cellules graisseuses sont dangereuses pour la santé.
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Avec l’arrivée du printemps on ressort les vêtements légers des armoires, et le désir renaît de retrouver un physique harmonieux. D’ailleurs, dès les premiers beaux jours, les magazines féminins publient leur dossier pour retrouver «un corps de rêve» . Ils proposent les traditionnels régimes, mais aussi, pour les cas d’obésité prononcée, des techniques plus lourdes telles que la liposuccion ou d’autres solutions alternatives aux opérations.

Attention, ces méthodes non chirurgicales d'amincissement dites de «lyse adipocytaire» ou lipolyse, qui visent à détruire les cellules graisseuses pour des raisons purement esthétiques, vont être interdites car elles sont dangereuses, a annoncé dimanche 10 avril le ministère de la Santé. Un décret visant à interdire ces méthodes de plus en plus utilisées malgré les risques, va être publié dans les prochains jours à la suite d’un avis rendu par la Haute Autorité de la Santé (Has).

Les raisons de l’engouement pour la lipolyse

Ces techniques sont présentées comme une alternative à la chirurgie de la liposuccion, relève l’ Agence France-Presse : «Le principe est de détruire les cellules graisseuses pour affiner la silhouette en s'attaquant à la cellulite, «peau d'orange» et autres bourrelets disgracieux». Or, la Has explique que «les techniques de lipolyse bénéficient de l'engouement pour les actes à visée esthétique qui sont présentés au grand public comme des traitements moins invasifs et moins onéreux que la chirurgie esthétique». Et l’ AFP de préciser: «Le coût d'une liposuccion est ainsi estimé entre 2000 et 10 000 euros, contre 300 à 600 euros pour une séance de lipolyse. Le mode d'action des techniques de lipolyse repose sur la destruction des cellules graisseuses par rupture ou solubilisation de la membrane de la cellule».

Le problème de la destruction des déchets

«Si la lipolyse permet de réduire les cellules graisseuses, elle ne les détruit pas, contrairement à la liposuccion, précise de son côté France-Soir . L'organisme doit en effet éliminer les déchets produits par la destruction de ces cellules. Plusieurs organes sont alors sollicités comme les reins et le foie(...)». Dès lors, poursuit le quotidien, la Haute Autorité de Santé a recensé «des «complications graves» identifiées sur 23 patients ayant eu recours à des injections de solutions hypo-osmolaires».

La presse scientifique a rapporté les complications suivantes pour une jeune patiente, explique topsports : «Suite à l’injection de soluté hypotonique, la survenue d’un épanchement liquidien et d’un abcès sous-cutané trochantérien (au dessus du fémur) a été rapportée. Ces complications ont nécessité une antibiothérapie et deux drainages chirurgicaux successifs avec dix jours d’hospitalisation ; elles ont entraîné des séquelles cicatricielles invalidantes». Et de citer le cas d’une autre patiente «souffrant de nécrose cutanée sur une surface d’environ 15 cm sur 8 cm ayant nécessité une intervention chirurgicale avec des séquelles douloureuses durant plusieurs mois et des séquelles cicatricielles».

Les techniques bientôt interdites

«Elles peuvent recourir, précise l’ Agence France-Presse , à des injections sous la peau de différents produits (solutions hypo-osmolaires, produits lipolytiques, mélanges de mésothérapie), de gaz carbonique (carboxythérapie) ou utiliser le laser transcutané». Mais ces techniques peuvent aussi être non invasives mais tout aussi dangereuses, comme les ultrasons, le laser, les infrarouges, la radiofréquence,

L’obésité progresse en France

Voilà qui ne va pas arranger les affaires de nombreux Français qui souffrent de plus en plus d’obésité, comme le révèle la cinquième édition de l'enquête nationale ObEpi (1): le Dr Marie-Aline Charles, épidémiologiste à l'Inserm et le Pr Arnaud Basdevant, nutritionniste à l'hôpital Pitié-Salpêtrière, à Paris, coordonnent depuis 1997 une étude qui publie ses résultats tous les trois ans. Or, note Le Figaro , «En 2009, 32 % des plus de 18 ans - soit 14 millions de personnes - sont en surpoids ; et 14,5 % - soit 6,5 millions - répondent aux critères de l'obésité. Depuis la première édition d'ObEpi, il y a douze ans, la proportion d'obèses dans la population générale s'est élevée régulièrement, passant de 8,5 % à 14.5 %». En moyenne, depuis 12 ans, chaque Français a grossi de 3,1 kg et son ventre s'est arrondi de 4,7 centimètres.

Les femmes (15,1%) sont plus touchées que les hommes (13,9%) particulièrement dans les formes sévères de l’obésité. L’origine géographique est aussi un facteur d’inégalité: «Dans la région Nord, note Le Figaro , qui détient le record national, un adulte sur cinq est obèse. Mais, comme l'ont déjà montré d'autres enquêtes épidémiologiques, le niveau socio-économique joue aussi un rôle majeur». Ainsi, en 2009, on rencontre 22% d’obèses dans les familles dont les revenus sont inférieurs à 900 euros mensuels. «À l'inverse, au-delà de 5 300 euros mensuels, le taux d'obésité plafonne à 6 %», précise l’étude.

Les solutions naturelles

Pour le Pr Arnaud Basdevant, il ne suffit plus de faire des campagnes pour le sport ou pour manger cinq fruits et légumes par jour. Encore faut-il «axer sur la «facilitation». «Autrement dit, conclut Le Figaro , rendre les fruits et légumes réellement plus abordables économiquement et mener une politique urbaine et sociale qui incite à l'activité physique, comme le démontre l'exemple du Vélib'».

De son côté, Topsports fait cette recommandation avant de se tourner vers la liposuccion ou les solutions alternatives dangereuses : « Pour les adultes âgés de 18 à 64 ans, l’activité physique englobe notamment les loisirs, les déplacements (par exemple la marche ou le vélo), les activités professionnelles, les tâches ménagères, les activités ludiques, les sports ou l’exercice planifié, dans le contexte quotidien, familial ou communautaire». Et de proposer cette solution : «Vous pouvez soigner votre physique en pratiquant chaque semaine 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue. Selon l’OMS, l’activité d’endurance devrait être pratiquée par périodes d’au moins 10 minutes».

(1) Étude réalisée en 2009 par TNS Healthcare Sofres et financée par les laboratoires Roche.

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