Crise financière : faut-il mettre en place la taxe Tobin?

Jean-Louis Borloo demande à Nicolas Sarkozy de faire appliquer la taxe Tobin en pleine crise boursière mondiale. Est-ce réaliste ou seulement politique?

«Il faut taxer les transactions financières!» Jean-Louis Borloo, le président du Parti radical, qui menace de se lancer dans la présidentielle et de rivaliser à droite avec Nicolas Sarkozy, le met au pied du mur. Après l'avoir évoqué dès lundi 8 août dans Le Figaro en pleine crise boursière , il récidive mercredi 10 sur Europe 1 en ressortant le serpent de mer de la taxe Tobin et en interpellant le président-candidat. Ce dernier, qui aime les crises et sait en profiter , qui soutient aussi cette taxation de la spéculation devant les instance internationales , se trouve face à un «allié» qui lui dit «Chiche!» Qu'est-ce que la taxe Tobin? Qui la défend en France et dans le monde? Une telle taxe est-elle réaliste? Alors que la spéculation met en danger les États et les peuples, ces questions sont d'une brûlante actualité.

Des séismes financiers depuis la fin des accords de Bretton-Wood

  • En 1971, fin de la parité or-dollar.

  • Depuis 1992, des catastrophes financières.

En 2008, la crise des subprimes met par terre l'économie américaine puis mondiale et ce sont les États qui renflouent les banques. Au printemps 2010, l'Europe, à son tour, est attaquée par les spéculateurs. L'UE a beau s'être débarrassée de ses monnaies flottantes en créant l'euro en 2002, elle est fragilisée par ses pays les plus endettés: l'Irlande, le Portugal, la Grèce qui font l'objet de plans de sauvetage. En 2011, la menace pèse cette fois sur l'Espagne, l'Italie et peut-être bientôt la France et certains évoquent l'éclatement possible de la zone euro .

  • 2,2 millions de milliards par an!

En 1997, on estime à 1400 milliards de dollars (le PIB annuel de la France) les sommes qui transitent chaque jour sur les marchés. En 2008, elles atteignent 2, 2 millions de milliards de dollars dans l'année. L'argent est placé pour de courtes périodes (moins d'une semaine) et ce qu'on appelle «le long terme» ne dure en général pas plus de 10 minutes. Les montants sont si énormes que les États ne sont plus en mesure de lutter contre les attaques, leurs réserves n'y suffiraient pas.

  • Des conséquences humaines.
indignés espagnols israéliens révolutions arabes émeutes qui touchent actuellement l'Angleterre

L'association Attac écrit en 1997, quand elle reprend à son compte la taxe Tobin: «Les spéculateurs, ne veulent qu'une chose : rafler une mise copieuse et rapide et ils se moquent bien des conséquences humaines et sociales de leurs actes. La spéculation est stérile pour l'économie, elle provoque pour tous les pays une augmentation générale des taux d'intérêts néfaste aux investissements, elle gonfle la charge des dettes publiques, ce au détriment d'autres budgets».

La solution du Professeur Tobin est-elle applicable?

  • La naissance de l'idée.
La taxe Tobin a été inventée par un professeur américain de l'université de Yale: James Tobin , prix Nobel d'économie en 1981. C'est en 1972 qu'il constate l'explosion de la spéculation avec l'informatique et qu'il présente son idée de taxer toutes les transactions de change pour décourager les spéculateurs .

  • Le mécanisme.
Il s'agit d'instituer une taxe «au niveau mondial, unique, à taux proportionnel, de faible montant» (0,02 à 1% selon les économistes et les hommes politiques), collectée à la source. Pour être efficace cette taxe devrait «avoir une assiette, un taux et un recouvrement identiques dans tous les pays». Elle serait collectée et administrée par chaque gouvernement sur toutes les opérations concernant le marché des changes de ses résidents, dans sa juridiction.

  • 10 milliards d’euros en France.
Pour la France, les recettes d'une taxe au taux de 0,2 % représentaient 68 milliards de francs (10 milliards d’euros) en 1997 selon Attac, soit plus de huit fois l'Impôt sur la fortune.

  • Une ressource pour les gouvernements.
La taxe Tobin viendrait aider les pays et les populations dans la misère, disent les politiques. Les économistes ajoutent qu'elle constituerait «une ressource supplémentaire pour les gouvernements». A l'heure où il est question d'augmenter les impôts pour financer les différents plans de sauvetage des économies depuis la crise des subprimes, elle permettrait de modifier le taux et l'assiette d'autres impôts, et pourquoi pas, de faire baisser la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés.

Tout le monde est pour mais personne ne l'applique

  • Dans le programme du PS.
François Mitterrand propose la taxe Tobin en 1994 au sommet social de Copenhague pendant la crise financière mexicaine. Tous les candidats à la primaire du PS y sont aujourd'hui plutôt favorables et elle figure dans le programme socialiste . Cependant, Dominique Strauss-Kahn, quand il était patron du FMI, y était opposé, préférant défendre «un système d'assurance contre les risques systémtiques» financé par les banques. De leur côté, les centristes et les écologistes y sont favorables.

  • Nicolas Sarkozy favorable.
Nicolas Sarkozy, pendant sa présidence du G20, défend devant les instances de l'Onu en septembre 2010 , «la taxe Tobin pour financer l'aide au développement». Avant lui, en 2004, le président Chirac évoque cette idée avant de demander son application sur les ventes d'armes, en même temps que le président brésilien Lula. En juin dernier, l'UMP et le gouvernement font voter par l'Assemblée nationale une résolution «demandant à la Commission européenne la mise en place rapide d’une taxe de 0,05% sur les transactions financières dans l’Union européenne, ou à défaut d’abord au niveau de la zone euro ou d’un groupe de plusieurs États membres de l’Union». Ce texte, proposé par le PS et amendé par l'UMP , recommande d'instaurer cette taxe pour «aider les pays pauvres et lutter contre le changement climatique».

  • Est-ce réaliste?
De grands pays comme les États-Unis, la Russie et l'Inde sont fermement opposés à toute taxation des transactions financières. La France, l'Allemagne, la Belgique et la Finlande s'y disent favorables, notamment à un niveau européen. Mais seules la France (en 2001) et la Belgique (en 2004) ont voté une loi affirmant qu'une taxe entrerait en vigueur quand tous les pays de la zone euro seraient d'accord. Le nouveau texte français de juin dernier va un peu plus loin. Mais il n'y a rien de concret. Et pendant ce temps, les bourses dégringolent, la zone euro est attaquée et les peuples souffrent.

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