Déficit : comment Nicolas Sarkozy veut piéger le Parti socialiste

Le président demande au PS de voter l'inscription dans la Constitution de la règle d'or qui vise à réduire le déficit budgétaire à 3%. Un piège.

Nicolas Sarkozy avance ses pions et poursuit sa tentative de «reprédentialisation» qui vise à le mettre en situation, dans quelques mois, d'être réélu lors de la présidentielle de 2012. Après avoir longtemps sombré dans les sondages , certains médias annoncent «un rebond» , très récent, qui semble s'esquisser dans les enquêtes d'opinion. Mais ce n'est pas suffisant. Cette fois, Nicolas Sarkozy veut s'élever au dessus de la mêlée dans l'intérêt supérieur de la France. Et il le fait savoir en tendant un piège assez machiavélique à ses adversaires socialistes.

Il demande l'union sacrée aux parlementaires socialistes

Dans un courrier rendu public mardi 26 juillet, le chef de l'État s'adresse personnellement à tous les parlementaires du Sénat et de l'Assemblée nationale. Ils les invite «à se rassembler au-delà des intérêts partisans» pour «remettre de l'ordre dans les comptes publics du pays». Cette lettre intervient une semaine après l'adoption, dans la douleur, par les pays de la zone euro d' un nouveau plan d'aide à la Grèce qui est en situation de faillite.

«Pour entraîner ses partenaires, la France (…) doit être exemplaire dans la remise en ordre de ses comptes publics et de son économie, écrit le président. Elle a commencé à l’être en engageant l’assainissement de ses finances publiques et en œuvrant pour le renforcement de sa compétitivité. Elle doit continuer».

Un projet de loi de réforme constitutionnelle a été voté par l’Assemblée nationale et le Sénat. Il prévoit d' inscrire dans la Constitution la «règle d'or» qui doit permettre le retour à l’équilibre budgétaire. Ce sujet doit être débattu à la rentrée 2011, mais pour entrer en vigueur, il faut qu'il soit adopté par le Parlement réuni en Congrès, avec une majorité des trois cinquièmes.

C'est pour atteindre ce seuil délicat alors que l'opposition, d'accord sur la nécessité de réduire les déficits publics, en critique la méthode , que Nicolas Sarkozy met en place une stratégie «piégeuse» d'union sacrée.

Quel est le piège tendu à l'opposition?

Nicolas Sarkozy ne s'y est pas trompé: à 9 mois seulement de la présidentielle, il entend mettre l'opposition au pied du mur et en demeure d'être solidaire avec son gouvernement au nom de la solidarité nationale. Face à la crise internationale qui menace les pays du sud de la zone euro après la Grèce (le Portugal, l'Espagne, l'Italie mais aussi la France), il enferme le Parti socialiste dans un cas de conscience difficile: soit il accepte, selon France-Soir , d'«approuver l'orientation prise par leur adversaire sur un thème prépondérant à neuf mois de la campagne présidentielle», soit il file «droit vers un procès en irresponsabilité dans la maîtrise des déficits publics». On se rappelle que François Hollande et Martine Aubry, ces derniers jours, ont choisi tous les deux, avec une parfaite harmonie , de prôner une réduction rapide des déficits, quitte à faire adopter à la France un plan d'austérité qui n'était pas inscrit dans le programme socialiste.

Comment vont y répondre les socialistes?

Sauf que l'opposition n'entend pas se faire «manger» aussi facilement. Elle répond «chiche» à Nicolas Sarkozy, profite de l'avantage de son adversaire pour mieux tenter de le déséquilibrer, comme au judo: le président du groupe socialiste au Sénat, Jean-Pierre Bel, et son homologue de l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, ont décidé de répondre très vite dans une déclaration commune. Ils envisagent d'accepter la proposition du chef de l'État mais émettent des conditions qui leur permettront de reprendre la main.

D'abord, tout en dénonçant le caractère de «pure communication» de cette lettre, ils entendent «durcir» le texte proposé par la majorité présidentielle, et en faire une véritable «règle d'or», qui ressemblera au texte que l'Allemagne a voté. «Actuellement, écrit encore France-Soir, si le texte prévoit de définir sur trois ans l'évolution des recettes et dépenses du pays, une révision des objectifs peut-être mise en œuvre chaque année. Ensuite, les socialistes demandent que ces nouvelles contraintes soient applicables immédiatement, et non pas seulement pour le prochain gouvernement. Enfin, un tel vote devra s'accompagner d'un effort sur les niches fiscales».

On le voit, le piège risque de se retourner contre Nicolas Sarkozy car, appliquer «immédiatement» ce texte reviendrait à ne pas attendre l'échéance de 2012, et donc, à ne pas «rejeter la réforme» sur le futur président qui, l'opposition n'en doute pas, sera l'un des leurs. Pas question donc, pour eux, de devoir subir seul ce qui aura été mis en place par leur adversaire.

Il demande aux Français de voter pour lui

Nicolas Sarkozy, on le voit, est vraiment passé à l'attaque et il a mis les deux pieds dans la campagne présidentielle. Au même moment, les conseillers politiques de l'Élysée s'activent pour démontrer que le président-candidat a «changé» avec la fonction. C'est le cas d' Henri Guaino qui estime que l'exercice du pouvoir a transformé un président «bling-bling» en chef de l'État capable de défendre les intérêts de son pays, tant dans sa politique étrangère que dans la mise en place de réformes internes . Et d'expliquer qu'«on ne change pas en quatre ans trente années de dérives».

Chacun a pu constater la relative «retenue» de Nicolas Sarkozy depuis le 15 mai dernier, date a laquelle a été révélée l'affaire DSK à New York qui a totalement déstabilisé le Parti socialiste pendant près de deux mois. Un silence que les Français semblent apprécier, en tout cas dans le camp majoritaire. Les sondeurs affirment que, peu à peu, le candidat «récupère» son électorat traditionnel : notamment les personnes âgées, les agriculteurs et les sympathisants de l'UMP, ce qui n'était pas le cas jusqu'à une période très récente.

L'épisode de la «lettre aux parlementaires» qui se joue en ce moment, au delà de l'intérêt supérieur de notre pays, est un outil de communication qui arrive à point nommé pour le président-candidat. Une occasion de démontrer que oui, ses conseillers ont raison de le dire, «il a changé et il a pris de la hauteur». Une façon pour eux d'envoyer un message aux Français: Puisqu'il a changé, pourquoi pas le réélire en 2012?

Sur le même sujet