Des chèques restaurant pour acheter des fruits et des yaourts

Finis les sandwichs et les plats du jour : avec les tickets restaurant, on va pouvoir acheter des produits frais, a annoncé Christine Lagarde.

C’est une bonne nouvelle pour les 3,5 millions de salariés qui utilisent, chaque année, 800 millions de titres restaurant pour déjeuner. La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a annoncé vendredi 5 novembre à l’Agence France-Presse qu’elle prenait un décret qui permettra,10 jours après sa signature, d’acheter avec ces chèques et autres tickets, des légumes, des fruits et des produits laitiers.

Pour ceux qui mangent sur le pouce

«La grande nouveauté, c'est que toute la gamme des produits laitiers, sans aucune restriction, sera accessible: lait, yaourts, crèmes dessert, fromages blancs, à pâte dure ou à pâte molle...», a précisé Christine Lagarde à l’ AFP : «Il s'agit, a-t-elle assuré, de concourir à une «alimentation plus équilibrée et diversifiée» des Français en permettant à ceux «qui mangent sur le pouce de pouvoir acheter autre chose qu’une quiche ou un sandwich».

Les titres restaurant (Ticket restaurant, Chèque restaurant, Chèque déjeuner ou Chèque de table), sont des formes de compléments de salaires non imposables, payés en grande partie (au moins 50%) par les employeurs. Ils ont été créés en 1967 pour permettre aux salariés de manger chaud même s’ils ne disposaient pas d’une cantine dans leur entreprise.

«Cette disposition qui permet d’acheter des produits frais a été introduite en 2009 par la députée UMP Valérie Boyer dans la loi «Hôpital, patients, santé et territoire», rappelle Le Figaro . Elle visait à diversifier l'alimentation des salariés contraints de dévorer rapidement leur déjeuner. »

La CNTR craignait des abus

La Commission nationale des titres restaurant ( CNTR ), qui regroupe les employeurs, les salariés, les sociétés émettrices de titres et les restaurateurs, va donc être élargie aux marchands de produits frais, notamment aux grandes surfaces. La CNTR a mis du temps à accepter cette évolution qui lui semblait pouvoir favoriser les dérapages de la part des consommateurs et des commerçants.

C’est d’ailleurs à cause de certains abus constatés dans la grande distribution que les règles d'utilisation des titres restaurant avaient été redéfinies en mars dernier. Certains supermarchés n'hésitaient pas à prendre les titres pour des achats qui n'avaient rien à voir avec l'alimentation et rendaient même la monnaie aux consommateurs.

«Les changements en date du 1er mars 2010, décrits dans la charte la Commission nationale des Titres Restaurant et la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, stipulent des conditions d'utilisation beaucoup plus strictes pour les tickets-restaurants», expliquait au printemps dernier Émilie Pécheul sur Suite101 . Notamment pour les achats en grande ou moyenne distribution, qui posaient problème, des règles ont été mises en place : «l’utilisation exclusive pour l'achat de produits alimentaires immédiatement consommables; 2 tickets restaurants maximum pour payer en caisse ; une valeur inférieure ou égale au montant du ticket de caisse.»

Pas seulement un titre de paiement

La possibilité d'acheter des fruits et légumes à l’heure du déjeuner était déjà prévue dans la réforme mais rares étaient les commerçants à accepter les tickets en échange de leurs produits. Désormais, cette mesure entrera véritablement en application avec le décret autour du 15 novembre 2010.

Voilà qui devrait non seulement ouvrir un choix plus large aux salariés lassés de manger tous les jours la même chose, mais également favoriser, selon Christine Lagarde, la concurrence. Les maîtres mots de cette décision, a-t-elle expliqué à l’ AFP , sont «pluralité, diversité et concurrence».

Comment vont réagir les restaurateurs qui redoutaient un détournement de l'usage de ces titres dont ils étaient les premiers bénéficiaires. La ministre de l’Économie a rappelé que «l'utilisation des titres restaurant doit rester ouverte et n’a pas vocation à être réservée aux seuls restaurants".

Reste que le titre restaurant ne doit pas perdre sa vocation première: permettre à chacun de se restaurer tout près de son lieu de travail. Le décret ne doit donc pas non plus déboucher sur «une banalisation du titre, qui tendrait à (le faire) devenir un moyen de paiement comme un autre», a déclaré de son côté au Figaro , Jean-Michel Reynaud, le président du CNTR.

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