Diplomatie : comment Nicolas Sarkozy veut reprendre la main

En annonçant le départ de MAM dimanche 27 février, le chef de l'État voudrait montrer aux Français qu'il comprend les révolutions arabes.

La France ne peut durablement apparaître comme une nation aveugle face aux bouleversements du monde. Le président de la République doit, au plus vite, démontrer qu’il a non seulement sa propre vision des révolutions arabes mais qu’il a suffisamment de hauteur pour les comprendre, les accompagner et même les prévoir.

C’est avec cet objectif essentiel pour la présidentielle de 2012 -conquérir une image de chef d’État capable de diriger le G20 et de participer aux grandes affaires de la planète- que Nicolas Sarkozy entend s’exprimer ce dimanche soir 27 février, dans une allocution à la télévision et à la radio.

Sous le remaniement, la politique étrangère de la France

Il devrait en profiter pour annoncer le départ de Michèle Alliot-Marie , sa ministre de la Défense, qui a accumulé les erreurs pendant la crise tunisienne et focalisé la colère des membres de l’opposition, des diplomates et même des parlementaires de la majorité. Le chef de l’État ne devrait pas prendre de risques, et confirmer le remplacement de MAM au Quai d’Orsay par Alain Juppé, l’actuel ministre de la Défense qui ne sera resté qu’à peine quatre mois à ce poste.

Pour Nicolas Sarkozy, l’exercice n’est pas si facile car, même s’il entend profiter de ce remaniement pour nommer quelques secrétaires d’État (demandés depuis des mois par François Fillon et choisis parmi les centristes et les libéraux), faire un petit jeu de chaises musicales (on parle de Claude Guéant à l’Intérieur, Brice Hortefeux ou Gérard Longuet à la Défense), il devrait concentrer une grande partie de son discours sur l’international.

Il ne peut en effet, quelques mois à peine après avoir voulu «relancer la machine» à gagner la présidentielle, reconnaître que celle-ci s’est déréglée et qu'elle mérite déjà des ajustements. Nicolas Sarkozy devrait dès lors s’employer à démontrer que, s’il ne fait que respecter l’esprit et la lettre de la Constitution de la Ve République (elle donne au chef de l’État la responsabilité pleine et entière de la politique étrangère de la France), il a toutes les qualités, contrairement à ce que disent ses détracteurs , pour mettre en place une diplomatie cohérente.

Un message grave et optimiste au monde et aux Français

L’entourage du Président murmure que ce dernier, à peine rentré d’Ankara, aurait travaillé sur les grands sujets de politique internationale avec ses conseillers. Ainsi, pourrait-il consacrer, selon Le Point, un grand moment de son intervention à expliquer combien sont importantes les révolutions qui, les unes après les autres, bouleversent la carte du Maghreb et du Moyen-Orient.

Il devrait même, selon Europe 1, déclarer que ces bouleversements auront «des conséquences encore plus graves sur l’équilibre de la planète, que la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et la réunification de l’Allemagne, puis la désintégration de l’empire soviétique de 1991». C’est en effet rien de moins que la paix entre Israël et les pays arabes qui est en jeu dans cette spectaculaire redistribution des cartes.

Ce message, qui se voudra à la fois grave et optimiste, devrait s’adresser non seulement aux Tunisiens, aux Égyptiens, à Israël, mais aussi aux insurgés de la Libye, du Barhein, du Yémen, de la Syrie, ainsi qu’ à l’ONU et au président Barack Obama .

Bien entendu, il s’adressera aussi et surtout aux Français. Une façon de dire à tous que notre pays, après une période de flottement , assume non seulement son passé (de colonisateur) et son présent (de vendeur d’armes), mais a l’ambition de retrouver à la fois son rôle «d’ami des arabes» et d’arbitre sur l’échiquier politique de la région. Ainsi, Nicolas Sarkozy a été, cette fois-ci, l’un des premiers chefs d’État, à réclamer des sanctions contre le colonel Khadafi, et à les obtenir puisque l’ONU a voté dans la nuit de samedi à dimanche, à l’unanimité le gel des avoirs du dictateur et l’interdiction pour lui et sa famille de quitter son pays en proie à la guerre civile et une sanglante répression.

Une ambition, incarner enfin un nouveau souffle

Le message que Nicolas Sarkozy entendra faire passer est donc clair: le président de la République française, qui est aussi pour un an le président du G20, reprend fermement les commandes pendant la tempête. Il n’a rien à envier au directeur du FMI , Dominique Strauss-Kahn qui a joué les donneurs de leçon, lors de son interview sur France 2, aux dirigeants européens (et, d’une manière subliminale au chef de l’État français) dans les domaines nationaux (économiques, sociaux) et internationaux.

Il y a urgence pour le Président à reprendre la main, à 14 mois de l'échéance présidentielle, comme le démontrent les dernières enquêtes d’opinion. «Le sondage TNS-Sofres, réalisé pour le Nouvel Observateur en partenariat avec i>Télé(1), constitue un tournant dans la campagne qui s’engage», note le site tempsreel.nouvelobs.com qui ajoute : «Lors d’une précédente enquête, fin août 2010, le président obtenait, en fonction des hypothèses de candidature socialiste, entre 26% et 29%. Trois mois plus tard, il variait entre 26% et 24%. Désormais son score oscille entre 21% et 25%». Autant dire qu’au premier tour, alors que DSK s’envole à 26-29%, le Président sortant est, une fois de plus, talonné par Marine Le Pen (18 à 19%) et risque de ne pas être présent au second tour. Dans tous les cas, il serait largement battu par la plupart des candidats socialistes.

Éviter un 21 avril à l'envers en 2012

Cependant, pour empêcher ce fameux «21 avril à l’envers» (du nom du 21 avril 2002 qui a vu Jean-Marie Le Pen éjecter Lionel Jospin et se retrouver face à Jacques Chirac), Nicolas Sarkozy est le seul candidat de la majorité à pouvoir faire barrage au Front National. Il reste «le meilleur candidat de la droite pour la présidentielle de 2012, même si 59% des Français ne souhaitent pas qu'il se représente», explique l’ Agence France-Presse en commentant le sondage CSA pour BFMTV/RMC/20Minutes publié jeudi 24 février (2). Elle ferait jeu égal face à François Fillon (18%) et battrait largement Jean-Louis Borloo ou François Bayrou.

Et encore, le président de la République est talonné par la candidate du Front national. Ce qui démontre que le dialogue direct avec les Français qu’il a mis en place ( l’émission de TF1 , mais aussi ses nombreuses visites en province où il rencontre des agriculteurs, des ouvriers, des personnels soignants) n’a pas encore payé.

D’où cette nécessité qu’a Nicolas Sarkozy de ne pas négliger l’autre registre, celui du «président présidentiable», capable d’influer sur la marche du monde et d’être respecté en tant que représentant d’une petite «grande nation».

C’est l’objectif de cette allocution radio-télévisée de dimanche 27 février : non seulement rassurer les Français en leur proposant une grille de lecture claire des bouleversements de la planète, mais aussi leur redonner un peu de la fierté perdue. Comme aurait dit le général de Gaulle, vaste programme.

(1) Sondage réalisé du 18 au 19 février 2011 par téléphone auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus.

(2) Sondage réalisé par téléphone les 21 et 22 février auprès d'un échantillon représentatif de 1005 personnes âgées de 18 ans et plus.

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