DSK : les 4 vérités aux Français du candidat à la présidentielle

Sur France 2 et devant les lecteurs du Parisien, Dominique Strauss-Kahn a répondu aux attaques et confirmé sa probable candidature en 2012.

Sa marge de manœuvre était particulièrement étroite, mais le directeur général du Fonds monétaire international a démontré, dimanche, pendant le JT de France 2 , qu’il maîtrisait bien sa communication en révélant, de manière évidemment subliminale, ses 4 vérités aux Français. Il a d'ailleurs «fait un tabac» auprès d'eux, en réunissant 7 millions de téléspectateurs, permettant à la chaîne de service public de faire, pour la première fois, jeu égal avec TF1 un dimanche soir. Une audience qui se rapproche aussi des 7,9 millions de téléspectateurs réunis par Nicolas Sarkozy lors de son Paroles de Français .

Première vérité strauss-kahnienne: sans affirmer ouvertement qu’il était candidat (les statuts du FMI le lui interdisent), il a trouvé les mots pour le dire. Ensuite, il a répondu à tous ses détracteurs: ceux de son propre camp qui l’accusent de «ne pas être de gauche», et ceux de l’UMP qui le disent «éloigné de la France et des Français». Troisième vérité, il a rappelé, en pleine polémique avec la Tunisie ( MAM, l’ambassadeur de France), que lui-même avait prévu les désordres dans les pays arabes dès le mois de novembre. Enfin, il s’est payé le luxe de donner une leçon à ceux qui, contrairement à lui, ne pensent qu’à 2012 au lieu de travailler au service des Français.

1-«Je suis candidat à la présidentielle mais je ne peux pas vous le dire»

Quatre petites phrases confirment ce qu’il n’a pas le droit de dire, à savoir qu’il sera sans doute candidat en 2012.

  • A propos du devoir de réserve du patron du FMI inscrit dans les statuts de l’institution, qui exclut d’intervenir dans les affaires de son pays d’origine, DSK a laissé entendre sur France 2, en haussant les épaules, qu’il n’était pas d’accord même s’il se soumettait à la règle: «On peut le regretter mais c’est la tradition». C’était le cas, a-t-il précisé, pour son prédécesseur espagnol Rodrigo Rato, qui quittait les réunions lorsque le FMI travaillait sur l’Espagne; c’est aussi le cas pour lui. «Je suis le directeur général du FMI aujourd'hui et je ne suis que le directeur général du FMI», a-t-il alors déclaré avec le sourire avant de conclure son préambule ainsi : «Ce débat politique français m’est interdit donc je n’y rentre pas».
  • A propos d’Anne Sinclair qui «ne souhaite pas qu’il fasse un second mandat» , Dominique Strauss-Kahn a répondu qu'il écoutait toujours son épouse. «Ce qu'elle dit a beaucoup d'importance pour moi (...) Quoi que je fasse, son avis comptera». De quoi entretenir des spéculations sur sa candidature de plus en plus probable.
  • Devant les lecteurs du Parisien, DSK a lâché: « Oui, la France me manque , comme à tous les expatriés. Les restaurants français à Washington sont très bien… néanmoins je les aime mieux à Paris !» Une petite phrase reprise et étoffée sur France 2 : «J’ai ici mes amis, ma famille, mes enfants et ils me manquent».
  • Interrogé sur le fait que Jacques Delors, candidat présumé à la présidentielle de 1995, ne s'était pas présenté, il a déclaré qu'«il l'avait regretté à l'époque» avant d'ajouter promptement, pour ne pas cautionner officiellement un parallèle avec lui: «C'est de l'histoire».

2-«Je suis de gauche et je veux en France une politique plus sociale»

Dominique Strauss-Kahn a aussi rappelé qu’il n’était pas un homme politique de droite, comme l’en soupçonne Jean-Luc Mélenchon, et qu’il n’était pas éloigné des préoccupations des Français comme l’ont martelé plusieurs députés UMP ces derniers jours. Voici quatre petites phrases:

  • Il s’est voulu le défenseur des classes moyennes françaises pendant la crise: «En France, en Europe, les classes moyennes connaissent de plus en plus un risque de précarité. Il faut être capable de relancer la croissance malgré cela. Une autre politique doit pouvoir être engagée». Une phrase qui sonne comme un programme.
  • «Six millions de salariés, un quart des Français vivent avec moins de 750 euros par mois», a-t-il déclaré en citant les chiffres de son «confrère Jacques Julilard», l'intellectuel de gauche.
  • Il a rappelé que si la crise économique était sans doute derrière nous, la «crise sociale» était désormais sa préoccupation. «C'est vrai que c'est en France, en Europe qu'il y a la crise sociale la plus forte et c'est là qu'il faut porter le fer».
  • Bien sûr, il a confirmé que la rigueur était indispensable pour les États endettés (comme la France) mais que pour autant, il fallait mettre en place «une politique plus juste» afin de ne pas ajouter de la souffrance à «ceux qui souffrent».
  • A propos de l'Impôt sur la fortune (ISF), «il faut des impôts sur le revenu, sur la consommation et le patrimoine, a-t-il déclaré aux lecteurs du Parisien. Plus on diversifie les sources de prélèvements directs, plus on a de chances d'être justes».
  • Et d’y revenir en fin d’interview pour expliquer qu’au FMI, il « s'occupe des problèmes des gens » et qu’il entend même, de là où il est, protéger « les plus vulnérables ».

3-«J’ai assez de hauteur pour voir l’évolution du monde»

Si DSK affirme qu’il reste proche des préoccupations des Français malgré son poste international, il estime que sa position lui permet aussi de voir plus clair que les chefs d’État, enfermés qu’ils sont dans les problèmes de leur propre pays.

  • Ainsi, à propos de la Tunisie, après avoir fait un mea culpa minimal (pour avoir vanté le modèle de Ben Ali), a-t-il rappelé qu’en novembre, au Maroc, il avait eu cette petite phrase qui résonne aujourd’hui comme une «prophétie» : «Compte tenu de la bombe à retardement démographique, il est urgent que les jeunes trouvent des débouchés économiques. Une intégration et une ouverture régionales plus poussées y contribueraient certainement.» Une manière de sous-entendre que ce que n’avaient prévu ni Michèle Alliot-Marie ni a fortiori Nicolas Sarkozy, il l’avait senti venir.
  • C’est également sa position haute qui lui permet, dit-il, de juger les politiques nationale et de décerner aux chefs d’État les bons et les mauvais points. «Je suis un homme plus libre que je ne l'ai jamais été car j'ai la possibilité de dire à tous les chefs d'État ce qui ne va pas. »

4-«La droite ne pense qu’à la réélection au lieu de travailler»

Enfin, en répondant aux attaques personnelles dont il a fait l’objet, notamment de la part de Christian Jacob , patron des députés UMP, le directeur général du FMI, très à l’aise dans son interview sur France 2, s’est offert le plaisir de donner une leçon aux hommes politiques français.

  • «Ce qui m'indigne, c'est qu'il y a mieux à faire, il y a mieux à faire pour les responsables français et européens que de la polémique», a-t-il déclaré.
  • «Les élus sont là parce que des gens leur ont demandé de résoudre les problèmes et leur temps, ils doivent le consacrer à résoudre les problèmes des gens et pas à se préoccuper de leur prochaine élection», a-t-il poursuivi, en feignant la colère.
  • «Si les gouvernements voulaient bien se préoccuper un peu plus de ce pourquoi ils ont été élus, a-t-il répété, plutôt que de savoir comment ils vont gagner les prochaines élections, les choses iraient mieux».
  • DSK a aussi envoyé un coup de patte à Nicolas Sarkozy à propos de sa déclaration sur les bonus, devant les lecteurs du Parisien : «Ce que je trouve scandaleux, c'est que les banques aujourd'hui soient revenues à une pratique courante avant la crise, notamment en matière de rémunération et de bonus». Et de conclure avec ironie : «J'ai entendu certains responsables politiques dire "plus jamais ça!" »

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