Duel Sarkozy-DSK : Carla Bruni et Anne Sinclair en première ligne

L'une parle, l'autre chante... Voulu ou provoqué, le combat des femmes des prétendants à l'Élysée en 2012 est engagé.
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Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn , les deux rivaux s’observent et peut-être se jalousent. Pourtant, objectivement, ni l’un ni l’autre n’est dans une situation particulièrement enviable par rapport aux échéances de 2012. Dès lors, tous les deux ont besoin de leur épouse en cette période de précampagne pour la présidentielle.

Nicolas est trop présent, Dominique pas assez

Nicolas Sarkozy, président de la République en exercice, fidèle à sa stratégie d’hyper-président soucieux de s’occuper de tout, garde les deux mains dans le cambouis: il donne le sentiment de s’agiter à force de vouloir gérer à la fois la réforme de la fiscalité du patrimoine, les affaires du G20, les billets d’avion de ses ministres , l’extradition du Mexique de Florence Cassez, sans oublier de discuter «vie quotidienne» avec les Français sous les projecteurs de TF1 . Comment, dans ces conditions, ne pas sembler patauger dans la mare de l’actualité, ballotté par les polémiques, quand la fonction exigerait de prendre assez de hauteur pour apparaître comme un présidentiable crédible en 2012?

Trop de paroles d’un côté, trop de silence de l’autre: la position de Dominique Strauss-Kahn, pour être à l’exact opposé de celle du président sortant, ne paraît pas plus simple. A 14 mois de la présidentielle, il ne peut toujours pas dire s’il ira ou pas au combat. Pour le patron du FMI, le mutisme est la règle. D’abord parce qu’il est inscrit dans les statuts de l’institution qu’il ne peut en aucun cas s’immiscer dans les affaires d’un pays, fût-il le sien. Ensuite parce qu’il est toujours fragilisé par l e récent scandale de son affaire de mœurs dans une Amérique particulièrement sensible aux écarts de conduites des hauts dirigeants. Enfin parce qu’il entend gagner du temps avant de se décider de se lancer, ou non, dans la campagne présidentielle, au risque de faire perdre patience à ses amis et de laisser le champ libre à ses ennemis ( Jean-Luc Mélenchon , par exemple).

La petite phrase d’Anne, le G20, et France 2

Dès lors, voilà les deux principaux prétendants à l’Élysée plus ou moins handicapés par leurs fonctions actuelles, au point que leur épouse, sans l’avoir réellement voulu sans doute, se retrouvent en première ligne pour compenser leurs déficits d’image, et tenter de les promouvoir dans l’opinion publique française.

La première à agir a été la compagne de DSK, Anne Sinclair. «Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat» au FMI, a-t-elle déclaré dans une interview au Point . Une petite phrase qui, pour les observateurs, n’est pas un dérapage verbal, mais au contraire, de la communication parfaitement maîtrisée de la part de l’ex-animatrice de l’émission Sept sur sept , une journaliste qui n’ignore rien du poids des mots en campagne électorale.

Cela n’a pas manqué de faire réagir la classe politique qui a vu dans cette confidence «un pas de plus de DSK vers sa candidature». Ce sont dès lors les fidèles du président à l’UMP qui, pour la première fois, sont montés à l’assaut de la forteresse DSK, provoquant la colère de l’autre camp. Ce sont aussi les amis socialistes de DSK qui ont réagi avec soulagement à cette petite bombe lâchée par Anne Sinclair.

D’autant que ces mots n’ont pas été prononcés au hasard du calendrier: Dominique Strauss-Kahn débarque vendredi à Paris pour la réunion des ministres des Finances du G20, les 18 et 19 février. Mieux, il compte élargir l’espace dégagé ainsi par sa compagne en apparaissant dimanche 20 sur France 2 au journal de 20h et en acceptant de répondre, vendredi 18, à un panel de lecteurs du Parisien. Certains verront dans cette soudaine apparition médiatique la réponse subliminale du «présumé candidat à la présidentielle» aux Paroles de Français du «président sortant» sur TF1. Même s’il faut s’attendre, évidemment, à des réponses à la fois elliptiques, amusées et sujettes à interprétations de l’intéressé sur la question de sa candidature.

Cette «mise en situation» à Paris, DSK la doit essentiellement au sens de la communication d’Anne Sinclair, comme le confirme Le Parisien : «Alors que Dominique Strauss-Kahn est attendu à la fin de la semaine à Paris pour un G 20 des ministres des Finances, le Tout-Paris médiatique et politique scrute désormais les faits et gestes de l’ex-journaliste vedette de TF 1. Elle est au cœur de la machine DSK».

La première dame chante Douce France en italien

Dans le camp de Nicolas Sarkozy, on ne se trompe pas sur le danger de la stratégie suivie par DSK. Ce n’est pas un hasard si, à grands renforts de compliments appuyés, le président de la République et Christine Lagarde ont suggéré à plusieurs reprises au patron du FMI de «rempiler» pour un second mandat, histoire de tenter de le maintenir à Washington, le plus loin possible des affaires françaises. Mais le week-end qui s’annonce à Paris va remettre les deux hommes à égalité puisque tous deux vont se retrouver côte à côte, à diriger, devant les ministres des Finances des pays les plus riches, les affaires du monde, l’un en tant que détenteur de la présidence tournante du G20, l’autre en tant que banquier de la planète.

A cette occasion, Nicolas Sarkozy dispose lui aussi d’un atout de maître, en la personne de son épouse, Carla, la première dame de France, qui ne va pas manquer, une fois de plus, ce week-end, d’éblouir par sa beauté et son charme les caméras du monde entier. On se souvient des commentaires élogieux de la presse britannique quand Carla Bruni avait rendu visite avec son époux à la Reine d’Angleterre . Mais cette fois, elle ne se contente pas d’être belle, puisqu’elle est parvenue, elle aussi, mais à son corps défendant, dit-on, à attirer sur elle les projecteurs de l’actualité.

Cette ancienne top-model italienne reconvertie dans la musique a en effet enregistré dans sa langue natale la chanson Douce France sur une maquette de travail qui a été dérobée… avant de se retrouver dans les locaux du Midi-Libre qui l’a fait connaître. «On peut donc entendre Carla susurrer cette belle chanson de Trenet de sa voix de féline veloutée, écrit Le Post , si efficace qu’elle en exciterait même Martine Aubry… Et franchement ça marche, elle a du talent la Carla». Et le site d’ajouter qu’une chanson aussi consensuelle chantée par la femme d’un président en campagne est un «acte politique», une sorte d’hymne de campagne, avant de suggérer à Anne Sinclair de trouver le sien.

Dans un sondage, les Français préfèrent Anne à Carla

Au-delà de l’humour, il y a les faits: la phrase d’Anne Sinclair («Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat») rappelle, quasiment mot pour mot, celle de Carla Bruni-Sarkozy dans Le Figaro Magazine de mars 2010 : «Un deuxième mandat ? En tant qu'épouse, je ne le souhaite pas vraiment. Peut-être ai-je peur qu'il y laisse sa santé, peut-être ai-je envie de vivre ce qui nous reste à vivre dans une certaine paix. Mais quelles que soient la situation et les décisions que prendra mon mari, je ferai tranquillement avec.» Est-ce un hasard ou la démonstration que ces deux femmes (au moins une des deux) se surveillent comme deux rivales?

Le baromètre de l’Ifop pour Paris-Match (1) tombe à point nommé pour les opposer en cette période de précampagne électorale. Dans cette enquête, Anne Sinclair écrase Carla Sarkozy dans le cœur des Français. «Petite surprise, écrit Paris-Match , Carla Bruni entraînée par l’impopularité de son époux fait encore moins bien contre Anne Sinclair (31% - 65%) que lui contre DSK (33% - 64%). La structure générale des réponses est très proche dans les deux duels. Carla Bruni fait ses meilleurs scores chez les 18-24 ans, 42% (mais que savent-ils d’Anne Sinclair ?) et les artisans et commerçants, 39% mais n’obtient que 53% chez les sympathisants UMP (contre 43% à Anne Sinclair)».

En fait, c'est une surprise, le socle électoral traditionnel de Nicolas Sarkozy semble reprocher à la belle Italienne d’avoir longtemps voté à gauche et de ne pas être française. Sur le premier point, Carla a révélé, dans une interview confidence au Parisien , qu’elle ne votait plus à gauche depuis qu’elle était mariée au président (en février 2008). Sur le second point, il semble que Carla Bruni ait, depuis son mariage, la double nationalité italienne et française.

Curieusement, Carla et Anne se ressemblent lorsqu’on analyse leurs biographies respectives. Toutes les deux sont belles, issues de familles très bourgeoises et fortunées. L’une est née en Italie, l’autre aux Etats-Unis; l’une est la fille d’un homme d’affaires installé au Brésil , l’autre est la fille d’un industriel et la petite-fille d’un marchand d’art réputé qui s’est notamment occupé de Pablo Picasso. Enfin, toutes deux sont des femmes modernes qui exercent –ou ont exercé- avec passion leur métier d’artiste ou de journaliste. C’est justement cette capacité à exister par elles-mêmes qui devient un atout majeur quand elles décident, l’une comme l’autre, d’apporter à leur mari un soutien sans faille.

(1) Enquête réalisée par l’Ifop pour Paris-Match les 10 et 11 février par téléphone auprès d'un échantillon de 958 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas.

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