EDF, gaz, carburant : pourquoi l'État veut encadrer les prix

A un an de la présidentielle, le gouvernement veut alléger la facture énergétique qui pèse lourd chez les Français les plus pauvres.

C’est bien sûr du réalisme politique : à un peu plus d’un an de l’échéance présidentielle, la flambée annoncée des prix du gaz , de l’électricité et du carburant était évidemment suicidaire pour Nicolas Sarkozy. Au moment où l’opposition, ainsi qu’une frange non négligeable de la majorité présidentielle reprochaient au gouvernement de ne pas s’occuper des vraies préoccupations des Français : le chômage, le social, le pouvoir d’achat, il fallait à tout prix stopper la polémique.

Prix du gaz gelé, tarif EDF plafonné, déductions pour l’essence

« Mis sous pression par l'impact de la flambée des prix de l'énergie sur le pouvoir d'achat, confirme Le Télégramme de Brest , les services de François Fillon ont indiqué, (mardi 5 avril) que le prix du gaz ne serait pas revu à la hausse au 1er juillet, alors qu’(…) il risquait d'augmenter à nouveau de 7,5 % à cette date. La question des tarifs du gaz est particulièrement sensible, après le tollé suscité, la semaine dernière, par une nouvelle hausse de 5,2 %, soit plus de 20 % sur un an. Le prix du gaz devrait être gelé jusqu'en juillet 2012 ».

Le gouvernement entend aussi modifier le mode de calcul des tarifs. « Il s'agirait, précise Sud-Ouest , de prendre davantage en compte la part des approvisionnements à court terme de GDF Suez sur les marchés de gros. Globalement, ce type d'achat représente plus d'un tiers des ressources de GDF. Et ces prix « spots » avaient singulièrement baissé jusqu'à ces derniers mois, du fait notamment de l'arrivée sur le marché des gaz de schiste américain ».

« Les prix de l'électricité pour les ménages augmenteront de 2,9 % au total au 1er juillet 2011, avant de rester inchangés pendant un an », a également annoncé mardi, l'hôtel Matignon dans son communiqué .

Enfin, « face à la hausse des prix du carburant, explique Le Point , le gouvernement propose d'augmenter les déductions fiscales dont bénéficient ceux qui utilisent beaucoup leur véhicule dans un cadre professionnel. L'objectif est de revaloriser de 4,6% le barème forfaitaire kilométrique applicable à l'imposition des revenus de l'année 2010. Cette mesure sera financée par une contribution spéciale des compagnies pétrolières qui sera discutée dans les prochains jours, a indiqué Christine Lagarde depuis Moscou ».

La facture d’énergie est de 2300 euros par an, comme pour les vêtements

En cette période préélectorale, le gouvernement poursuit ainsi sa tentative de reconquête des couches populaires et des classes moyennes. Après avoir chassé sur les terres du Front national (politique sécuritaire, débat sur l’identité nationale, puis sur la laïcité et l’islam) il tente, malgré une marge de manœuvre très étroite (endettement, crise économique) de répondre aux inquiétudes des familles les plus modestes dans le domaine de la consommation . «Il s’agit, dit le Premier ministre dans son communiqué , de « limiter l'impact du prix de l'énergie sur le pouvoir d'achat des Français ».

« Tout cela fleure bon le retour à l'époque des tarifs administrés. Il est vrai qu'il y avait urgence », écrit Claude Fouquet dans Les Échos . Surtout si l’on se réfère à l’étude de l’Insee qui porte sur 20 années de consommation énergétique des ménages . « Les dépenses d’énergie liées au logement et au transport constituent 8,4 % de la consommation des ménages français, soit autant que les loisirs ou les vêtements », écrivent Sébastien Merceron et Maël Theulière, de la division « Consommation des ménages » à l’Insee. Elles représentent 2300 euros par an en moyenne en 2006. Ils expliquent que si cette part a peu varié durant toutes ces années, c’est par l’effet conjugué d’évolutions contradictoires: amélioration des performances énergétiques des logements et des véhicules d'un côté; augmentation des surfaces habitables et du parc automobile de l'autre.

La facture pèse plus lourd pour les foyers les plus modestes

Les chercheurs de l’Insee mettent le doigt sur l’accroissement des inégalités: « les inégalités d’effort énergétique, écrivent-ils, se sont accrues depuis 25 ans entre ménages modestes et ménages riches, entre ville et campagne, entre types d’habitat et entre ménages âgés et ménages jeunes ».

  • Deux fois moins de dépense en ville. « L’effort énergétique, part allouée aux coûts de l’énergie dans le budget d’un ménage, est près de deux fois plus faible dans l’agglomération parisienne (5,7 % en 2006) qu’en zone rurale (11,3 %) ». A la campagne, on utilise plus sa voiture pour se rendre au travail, les logements sont plus grands, moins bien isolés et chauffés avec des chaudières moins performantes.
  • Plus on est vieux, plus on dépense. « Un ménage dont la personne de référence a plus de 70 ans consacre 3,5 points de plus de son budget à l’énergie qu’un ménage de moins de 30 ans », écrivent les statisticiens. Parmi les raisons principales, là encore, les maisons anciennes, mal chauffées, mal isolées, trop grandes.
  • Plus on est pauvre, plus la charge est lourde. « Les 20 % des ménages les plus pauvres consacrent 9,6 % de leur budget à l’énergie, contre seulement 7,0 % pour les 20 % des ménages les plus aisés », note encore l’Insee qui précise que « le rapport entre l’effort énergétique des 20 % des ménages les plus pauvres et celui des 20 % les plus aisés est ainsi passé de 1,22 en 1985 à 1,36 en 2006 ». En fait, les foyers les plus modestes n’ont pas bénéficié des progrès technologiques censés faire baisser la facture. « Les progrès énergétiques ont davantage profité aux ménages aisés pour lesquels le poids de la facture énergétique dans la consommation a baissé d’un tiers depuis 1985, contre un quart pour les ménages les plus pauvres », concluent Sébastien Merceron et Maël Theulière.
France Info

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