Fabius lauréat 2011: nos politiques sont-ils doués pour l'humour?

Laurent Fabius et Frédéric Lefebvre ont reçu les prix «Humour et Politique 2011» pour des saillies plus ou moins voulues. Florilège de la classe politique.

Qui a dit que Laurent Fabius n’avait pas d’humour ? Il traîne une image d’homme politique arrogant et psychorigide depuis sa phrase malheureuse adressée à Jacques Chirac lors d’un débat télévisé en 1985: «Vous parlez au Premier ministre de la France !». Heureusement pour l’ancien hôte de Matignon, les temps changent et les hommes évoluent. Le Press Club vient de lui décerner le prix «Humour et Politique 2011» pour sa phrase à la fois drôle et modeste (tout arrive) : «Mitterrand est aujourd’hui adulé, mais il a été l’homme le plus détesté de France. Ce qui laisse pas mal d’espoir pour beaucoup d’entre nous…». Laurent Fabius est venu en personne recevoir son prix (créé en 1988) des mains de Jean Miot, l’ancien journaliste politique qui préside le Press Club depuis 2002.

Parmi les autres distingués, on trouve cette année Jean-Louis Borloo, le patron du Parti radical (prix des Internautes) pour « «Nous sommes tous des immigrés; seule notre date d’arrivée change». Daniel Fidelin, député de Seine-Maritime, a reçu quant à lui le prix spécial du jury pour avoir dit que «Vu de la Chine, le port du Havre ne travaille pas». Mais c’est bien Frédéric Lefebvre, le secrétaire d’État au Commerce, à l’artisanat et au tourisme, qui a été la vedette de la soirée. Jouant le jeu, il est venu recevoir son prix de l’Encouragement pour son étonnante réponse à la question posée par Le Figaro.fr «Quel est votre livre de chevet? »: «Zadig et Voltaire». Une confusion entre Voltaire, l’auteur de Zadig et la marque de vêtements, qui a valu un véritable buzz au ministre sur internet.

Quelques saillies historiques

L’année de sa création, en 1988, le prix de l’humour en politique est notamment remporté par Jacques Toubon pour «Même en avion, nous serons tous dans le même bateau !» et par Pierre Mauroy pour «La droite et la gauche, ce n'est pas la même chose». Mais c’est une saillie d’Edgar Faure qui reçoit à titre posthume le premier «prix du souvenir» avec «Voici que s'avance l'immobilisme et, nous ne savons pas comment l'arrêter».

  • Ségolène Royal, reine de la «bravitude»:

«Même quand je ne dis rien, cela fait du bruit» (2006).

«Les gazelles courent plus vite que les éléphants» (2006).

«Je ne parlerai ni des attentats ni des incendies, je ne parlerai que de la Corse qui travaille» (2006). «Qui vient sur la grande muraille, conquiert la bravitude» (2007).

«Il m'a fait l'impression de l'amant qui craint la panne» (2008).

«J'ai inspiré Obama et ses équipes m'ont copiée» (2009).

«C’est moi qui maîtrise la rareté de ma parole politique, pour dire des choses intelligentes quand j’ai besoin de les dire» (2010).

  • André Santini, prince du calembour:

«Saint Louis rendait la justice sous un chêne. Pierre Arpaillange la rend comme un gland» (1989).

«Mgr Decourtray n'a rien compris au préservatif. La preuve, il le met à l'index» (1990).

«Alain Juppé voulait un gouvernement ramassé, il n'est pas loin de l'avoir» (1996).

  • Raymond Barre, inspirateur de Jean-Pierre Raffarin :

« La meilleure façon de résoudre le chômage, c'est de travailler» (1987).

  • Jean-Pierre Raffarin et ses raffarinades:

«La pente est rude, mais la route est droite» (2002).

«Nous avons débloqué un certain nombre d'impasses dans lesquels les Français étaient encerclés» (2004).

«Il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leurs maris». (2005).

«Le tour de taille n'est pas un handicap au Sénat» (2009).

  • Bernard Kouchner pas déserteur :

«Il doit bien rester un angle de tir pour la paix» (2003).

«J’ai bien pensé à démissionner, mais je n’ai pas voulu déserter» (2010).

  • Nicolas Sarkozy fine lame:

«En France, ce ne sont pas les couilles que l'on coupe mais la tête» (à Villepin, 2006).

  • Laurent Fabius n’aime pas Voici:

« Je ne suis pas une Pom-Pom girl de DSK» (2010).

  • L’ironie de François Hollande :

«Sarkozy est passé de la présidence bling-bling à la présidence couac-couac» (2008).

  • Jean-François Copé et l’UMP:

«Moi vivant, il n'y aura pas d'augmentation de la redevance» (2010).

  • Patrick Devedjian et la presse :

«Je suis pour un gouvernement d'ouverture, y compris aux Sarkozistes, c'est tout dire» (2007).

Un petit florilège de nos ministres

Pour terminer, voici un petit florilège de nos anciens ministres.

Philippe Seguin, ministre du Travail : «En 1974, les Français voulaient un jeune : ils ont eu Giscard. En 1995, ils voudront un vieux : ils auront Giscard» (1990).

Pierre Arpaillange, garde des Sceaux : «En 1989, sur 52 évadés, on en a repris 53» (1990).

Kofi Yamgnane, secrétaire d’État à l’Intégration : «Je suis Breton d’après la marée noire» (1992).

Philippe Seguin, ministre du Travail : «Avec Jacques Delors, les socialistes passent de Léon Blum à Léon XIII» (1995).

Hervé de Charrette, ministre des Affaires étrangères : «Ce n’est pas parce que nous sommes un parti charnière qu’il faut nous prendre pour des gonds» (1997).

Philippe Crépeau, ministre de la Justice : « Si je suis le seul ministre de la Justice à ne pas avoir commis d'erreur, c'est parce que je n'ai pas eu le temps» (1998).

Après une petite interruption, le Press Club relance le prix «Humour et politique» en 2002. Renaud Muselier, secrétaire d’État aux Affaires étrangères est bientôt récompensé: «Villepin fait tout, je m’occupe du reste» (2003).

Roland Dumas, ministre des Affaires Étrangères : ««Elle (Christine Deviers-Jancourt) est sortie de mon orbite affective» (2004).

Philippe Douste Blazy, ministre des Affaires étrangères: « Le Hamas a voulu faire une croix sur Israël» (2006).

Bernard Laporte, secrétaire d’État aux Sports : « Je voulais voir les Antilles de vive voix» (2008).

Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances : « Pour faire face à la hausse du prix du pétrole, je conseille aux Français de faire du vélo» (2008).

Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale : « Une touche de rose, vert, rouge : c’est le retour de la gouache plurielle» (2010).

Rachida Dati, ministre de la Justice : « Je n’ai jamais cherché à attirer l’attention des médias » (2010).

Nadine Morano, ministre de la Famille : «Je suis sarkozyste jusqu'au bout des globules» (2010).

Qui a dit que la politique, ce n'était jamais très drôle?

Sources: Wikipedia.fr , francesoir.fr , l efigaro.fr , présidentielles.ne t.

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