Faut-il augmenter le prix des paquets de cigarettes?

Malgré deux augmentations en un an, les ventes de cigarettes ont progressé de 0,5% en 2011. Va-t-il falloir mettre le paquet à...10 euros?
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Les deux dernières hausses du prix du tabac (+6% à chaque fois) remontent à novembre 2009 et novembre 2010 . Pour autant, elles n’ont pas freiné la consommation des cigarettes en France. En effet, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) a constaté que les ventes avaient progressé de 0,5% en 2010 pour atteindre 65 000 tonnes de tabac.Tout au plus, estime menly.fr , les augmentations ont eu un effet inattendu: un certain nombre d’acheteurs de paquets ont choisi de se procurer du tabac à rouler (+4,7%). Dès lors, faut-il cesser de «mégoter» et augmenter fortement et en une seule fois le prix du paquet, histoire d’atteindre un seuil psychologique (8 ou10 euros ?) et ainsi tenter de faire chuter d’un coup la consommation en France?

Des photos choc sur les paquets

Avant de se résoudre à augmenter les prix, l’État fait une énième tentative pour dissuader les fumeurs, comme Suite101 l'avait annoncé: dès mercredi 20 avril, «l'affichage de photos chocs devient obligatoire sur les paquets de cigarettes», écrit Le Télégramme le 18. «Des images chocs visant à décourager la consommation du tabac et que l'on peut déjà voir dans les rayonnages de certains buralistes depuis février dernier». C’est en effet le 20 avril 2010 que Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé avait pris un arrêté pour imposer des photos dissuasives sur les paquets de cigarettes. Elle avait prévu un délai d'un an pour que les cigarettiers puissent écouler leurs stocks.

Désormais, les buralistes sont approvisionnés et l’on peut constater de visu que ces documents sont dérangeants: «Des dents noircies et abîmées illustrent l'affirmation "la fumée contient du benzène, des nitrosamines, du formaldéhyde et du cyanure d'hydrogène", écrit L’Union de Reims . «Un goître affreux prouve que fumer peut entraîner une mort lente et douloureuse». Mais est-ce que ce sera efficace?

La parade existe : les buralistes se sont mis à vendre des étuis. Et puis, «les images, contrairement aux souhaits des associations anti-tabac, ne sont pas apposées sur le devant des paquets, mais au dos, note le site mutations-multimedia.com . Avec le texte et les coordonnées de tabac-info-service, un service public d'aide à l'arrêt du tabac, elles n'occupent que 40% de la surface (...) Les avertissements "fumer tue" ou "fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage" demeureront au recto du paquet».

Selon Le Télégramme , «le porte-parole français de l'industriel BAT (British American Tobacco), Yves Trévilly, estime (cette mesure) «contre-productive». «Ces photos gore sont destinées à dissuader les jeunes fumeurs, or dans l'industrie du cinéma ou de la musique, on introduit exprès des photos gore pour attirer les ados», relève-t-il». De son côté, le Pr Bertrand Dautzenberg, du CHU Pitié-Salpétrière, est satisfait de cette disposition qui donne «une image sale et dangereuse du tabac, on voit que ce n'est pas bien».

Le pouvoir d’achat au cœur de la campagne

Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, espère que les images chocs auront un impact sur les comportements. Car il est urgent d’attendre avant d’augmenter les tarifs des paquets de cigarettes. Alors que Nicolas Sarkozy vient de reprendre le pouvoir d’achat des Français comme cheval de bataille , à un an de la présidentielle de 2012, une hausse nouvelle du tabac serait malvenue. En rendant visite mardi 19 avril aux ouvriers des Ardennes , à «cette France qui souffre et dont on ne parle jamais» qu’il avait déjà rencontrée en 2006 , le chef de l’État souhaite marquer les esprits en relançant sa politique sociale: la prime de 1000 euros qu'il voudrait voir verser aux salariés des entreprises dégageant des profits. Alors, pas question, du moins pour l’instant, d’augmenter le prix du tabac. Plusieurs études montrent, en effet, que ce sont les Français les plus modestes qui fument le plus: les ouvriers, les chômeurs, les femmes en situation précaire.

En décembre 2010, François Baroin avait refusé l’idée d’augmenter de 4% supplémentaires le prix des cigarettes, et ce malgré l'insistance des parlementaires et des opposants au tabac qui estimaient qu’en dessous de 10% de hausse, la mesure n’était pas dissuasive. «Une augmentation de 5 à 6 % au 1er janvier qui accompagnerait celle de 6% en novembre n'est pas tenable», avait déclaré le ministre sur RMC .

30% de fumeurs en France

«Pour l’instant, la France compte 30% de fumeurs et selon Altadis, ils ont consommé 2,7 milliards de paquets de cigarettes en 2008, soit seulement 2,3% de moins qu’en 2007, sans compter que le trafic illégal des cigarettes a connu une forte hausse depuis la loi anti-tabac de 2007, écrivions-nous en septembre 2010 . Selon notreplanèteinfo , quelque 66 000 personnes meurent chaque année des conséquences du tabac (soit plus de 10% des décès) dont 27 000 par un cancer du poumon, et ce sont les jeunes de 20 à 25 ans qui fument le plus». Pire, selon la Fédération française de cardiologie (1), 9% des enfants âgés de 9 à 11 ans a déjà fumé. «Chez les 10-15 ans, note lci.tf1.fr , 32% ont déjà essayé la cigarette, un chiffre en hausse par rapport à 2007 (29%). Surtout, 56% de ceux qui ont essayé n'ont jamais tenté d'arrêter (42% en 2010), même si 44% pensent qu'ils arrêteront un jour».

Comment freiner cette tendance? Si le gouvernement décidait une hausse en 2011, il devrait éviter de la rendre effective en novembre comme les deux années passées. À 6 mois de la présidentielle, il serait dangereux pour la majorité de jouer avec les électeurs, et leur pouvoir d’achat. Cet été serait le moins mauvais moment. Mais il y a fort à parier que le gouvernement va attendre. En effet, les associations anti-tabac estiment qu’il faudrait frapper fort la prochaine fois. Or, à +10%, cela mettrait les Gauloises à 6 euros et les Marlboro à 6,50. Et encore: sur débats.netoo.net , les anti-fumeurs les plus radicaux estiment à 61% qu’il faudrait mettre le paquet à 10 euros «pour faire plier les irréductibles de la clope».

(1) Enquête réalisée par la société Kantar Health auprès de 4190 enfants de CM1 et CM2 et 2956 des classes de 6e à 3e.

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