Femmes enceintes: faut-il interdire l'aspartame?

Le Parlement européen met en garde les femmes enceintes contre les 6000 produits alimentaires contenant cet édulcorant. Premier pas vers une interdiction?

«Pourrait ne pas convenir aux femmes enceintes». La Commission Environnement et Santé du Parlement européen a approuvé mardi 19 avril, par 54 voix contre 4 et une abstention, cette mention proposée par Corinne Lepage . Elle devra être lisible sur quelque 6000 emballages de produits alimentaires et de 500 médicaments contenant de l’aspartame. C’est un premier pas, insuffisant disent des scientifiques, car plusieurs études, rejetées par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), affirment que cet édulcorant provoque des cancers et des accouchements prématuré.

De plus, rien n’est encore concret à Bruxelles: le texte adopté par la commission devra être voté par le Parlement européen en juillet, puis le secteur alimentaire disposera de... trois ans pour s'adapter aux règles. Or, il faut savoir que, pendant ce temps-là, 200 millions de consommateurs dans le monde ingèrent quotidiennement des aliments «light» dans l’espoir de maigrir. Dès lors, de nombreux scientifiques l’affirment avec force: il faut arrêter de consommer l’aspartame qui serait non seulement dangereux mais inutile.

Une dose journalière autorisée mais contestée

«Vous connaissez l’aspartame, écrit le site Santeformeminceur , cet édulcorant utilisé dans plus de 6000 produits dits « de régime » (yaourts, sodas, etc…), autorisé depuis près de 20 ans en France, et depuis près de 40 ans aux Etats-Unis, à une dose maximale journalière de 40 mg/kg (si vous pesez 60 kilos, vous pouvez absorber 2,4 g d’aspartame sans danger pour votre santé). Il pourrait être la potion magique pour les régimes, mais régulièrement, l’aspartame fait l’objet d’études qui le considèrent comme un danger pour la santé».

Le RES (Réseau Environnement Santé) , estime que si «la dose journalière admissible (DJA) est à l’heure actuelle de 40 mg/kg/jour, selon les études elle devrait être seulement de 2 μg/kg/jour soit… 20 000 fois moins que la dose actuelle». L’eurodéputé socialiste Gilles Pargneaux conteste de son côté le non-respect du principe de précaution: «Malgré les différentes études qui mettent en avant la dangerosité de ce produit, la Commission repousse à 2020 sa réévaluation intégrale des édulcorants. En juin 2009, le Venezuela a été le premier à ordonner le retrait de la vente de la boisson Coca-Cola Zéro. Cela devrait nous alerter».

Trois études qui posent question

« En 1995, écrit le site Santeformeminceur , une étude américaine avait soulevé une relation entre la consommation d’aspartame et l’augmentation des tumeurs au cerveau ; l’aspartame devenait un danger pour la santé. Mais les conditions de réalisation de l’étude avaient été contestées et l’aspartame dédouané en 2002 par les agences française, anglaise et européenne de la santé, au motif que les données scientifiques n’étaient pas probantes».

En janvier 2011, deux nouvelles études ont été publiées dans la revue The American Journal of Clinical Nutrition , ont révélé encore une fois la dangerosité de l’aspartame. La première, note le 6 mars dangersalimentaires.com , «une étude danoise montre que la consommation de boissons édulcorées, chez la femme enceinte, provoque un risque accru d’accouchement prématuré. Cette étude est très importante car a été portée sur 59 334 femmes». La seconde, «une étude italienne faite par l’institut Ramazzini montre que l’aspartame a un effet cancérogène. C’est la 3e étude menée par cet institut qui apporte encore une fois les mêmes conclusions. Le protocole utilisé par l’institut dépasse les exigences du protocole classique car correspond plus à la réalité de l’exposition humaine (durée d’exposition des animaux plus longue, nombre d’animaux plus important pour augmenter la précision des statistiques, etc)».

«L’EFSA reproche aux deux études de ne pas apporter suffisamment de preuves scientifiques ce qui fait bondir le RES, poursuit Dangersalimentaires.com . «Il est stupéfiant que l’EFSA continue de repousser pour la 3ème fois une étude de cancérogénicité positive, mais ne remette pas en cause sa DJA fondée sur 2 études datant de 1973 et 1974 qui n’ont jamais été publiées».

Des scientifiques français en première ligne

Le Pr Jean-François Narbonne, toxicologue reconnu, explique en janvier dernier dans une interview à France-Soir : «Dans l’organisme, l’aspartame produit du méthanol; celui-ci se métabolise dans le foie en donnant du formaldéhyde, un cancérigène reconnu. (...) Les principaux risques sont les cancers, la prématurité du fœtus, mais aussi des risques neurotoxiques avec, à la clé, des troubles du comportement comme l’hyperactivité chez l’enfant». Et le toxicologue de faire cette recommandation: «J’appelle les consommateurs à arrêter de prendre de l’aspartame, et j’appelle les médecins à cesser d’en prescrire. C’est comme pour le Mediator, il suffit de regarder l’équilibre bénéfice-risque du produit. (...) L’aspartame ne présente aucun intérêt nutritionnel et n’a jamais fait maigrir personne».

Le 3 avril dernier, c’est au tour du Dr Laurent Chevallier, nutritionniste et auteur de Je maigris sain, et je mange bien (1), de donner un avis semblable à Top Santé : «Il faut être très clair: plusieurs études médicales ont démontré que, chez l’adulte comme chez l’enfant, l’aspartame (et les autres types d’édulcorants) ne présente pas d’intérêt en matière de contrôle du poids!». Et le nutritionniste d’ajouter: «Avec les édulcorants, des risques existent selon certains toxicologues et différentes études, mais les bénéfices, eux, sont loin d’être prouvés, bien au contraire! L’ aspartame ne fait pas maigrir et ne calme pas non plus l’appétence pour le sucré».Alors à quoi sert-il?

«Une poule aux œufs d’or» ?

Il permet à une industrie d'être florissante en surfant sur la mode des produits allégés: «Une poule aux œufs d’or qui pond chaque année plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, résume Le Canard Enchaîné . Cela fait dix-neuf ans déjà qu’on se demande si c’est vraiment bon pour la santé d’avaler des sucrettes. En janvier dernier, deux nouvelles études ont fait pencher la balance du mauvais côté». Mais le lobby du faux sucre, notamment les deux principaux fabricants, le japonais Ajinomoto et l’américain NutraSweet sont très actifs et la Commission européenne tarde à réagir.

Ce qui fait écrire à Gilles Pargneaux sur son blog : «L'avis de la Commission ne devrait-il pas être remis en cause lorsque l'on apprend que Dominique Parent-Massin, experte au Comité des additifs alimentaires de l'EFSA, a été sous contrat avec Coca-Cola, industriel grand consommateur d'édulcorant, et Ajinomoto, premier fabricant mondial de l'aspartame? Quelle est la réaction de la Commission face à ce nouveau constat de conflits d'intérêt?»

(1) Je maigris sain, et je mange bien , par le Dr Laurent Chevallier, éd. Fayard, 2011, 288 pages, 17 euros.

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