Femmes : radiographie de leur sac à main

Que contient le sac à main d'une femme ? L'argent de la famille et des choses plus intimes, révèlent une exposition et une étude sociologique.
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Il faut beaucoup aimer les femmes pour avoir envie de plonger la main dans leur sac. Nombreux en effet sont les hommes pour qui cet accessoire de mode «absolument in-dis-pen-sable» (la preuve, nos petites amies, nos femmes, nos mères ne s’en séparent jamais) est un vrai mystère, un territoire interdit, une caverne d’Ali Baba dans laquelle se côtoient les objets les plus inattendus.

Peu importe qu’il soit grand, petit, rond, rectangulaire, en cuir, en tissu, d’une grande marque ou simplement «fashion», il est avant tout un antre, un gouffre, une grotte, la représentation sociale à la fois pudique et impudique d’un sexe féminin qui s’ouvre et se referme, qui attire et qui fait peur.

Pierre Klein , le photographe-vidéaste, qui est aussi le fils du célèbre William Klein , n’a pas hésité à faire tomber ce mur de fascination et d’incompréhension entre les deux sexes: il a demandé à de nombreuses femmes, choisies au hasard, de «vider leur sac» à main. Et l’on n’est pas déçu de découvrir ce qu’il nous présente, jusqu’au 31 mars 2011 à Paris, lors d’une exposition qui tient à la fois de l’art et de la sociologie(1).

Sociologie artistique…

D’abord, on apprend qu’au delà des «petits riens» qui font classiquement le contenu d’un sac (rouges à lèvres, portable, paquets de cigarettes, préservatifs, tampons hygiéniques, clés, carnet de chèques) ce qui compte, c’est ce qui est différent d’un sac à l’autre et qui révèle les personnalités de leur propriétaire. Pour l’une, c’est son journal intime, pour l’autre, une culotte-souvenir d’un joli rendez-vous, pour une troisième, des lunettes de soleil pour «tenir» pendant l’hiver.

Pierre Klein filme et questionne ces femmes. Il leur demande de «vider leur sac» et elles le prennent au mot en commençant à se confier. Il leur précise alors qu'il parle de leur sac à main. Elles s'exécutent, mais bientôt, tandis qu'elles déposent sur une table tout ce qu'il renferme, elles parlent de nouveau. Et ce qui compte, dans cet effeuillage, ce sont peu à peu les confidences qui se murmurent, les souvenirs, les regrets, les espoirs, des tranches de vie toutes intimes et différentes qui font à la fois un être unique et la nature humaine.

Dès lors, l’exposition de l’artiste propose, certes, les photographies du contenu des sacs à main, mis en scène sur un fond rose «girly», mais aussi les vidéos des femmes à qui appartiennent ces accessoires, qui fournissent, sur le mode de la confession, les explications de ce qui, finalement, constitue un peu du contenu de leur vie. A propos de cette exposition, Tiphaine écrit sur son blog : «Maître du détail, Pierre Klein cherche à amener le visiteur à réfléchir sur le quotidien et les petits riens auxquels on s'attache et qui, finalement, ne sont pas anodins». Ce coloriste de talent, disciple de Jean-Paul Goulde y parvient pour notre étonnement et notre plaisir.

… et sociologie bancaire

Plus prosaïque a été la démarche qui a consisté, pour la banque ING Belgique, à commander une enquête sur «les femmes belges et l’argent» (2). Elle arrive cependant à une conclusion légèrement différente de celle de l’artiste. Alors que celui-ci évoque le «territoire intime» et féminin du sac à main, l’institution financière, de son côté, a recherché ce qui, dans cet accessoire, rapproche l’homme et la femme: à travers sa grille de lecture forcément pratique, on découvre que c’est évidemment l’argent. Mais cette fois encore, le résultat est intéressant.

On apprend ainsi qu’entre 80 et 85% des femmes belges parlent ouvertement de leurs dépenses et de l'état de leurs comptes en banque avec leur partenaire. Près de 80% connaissent même le code secret de leur conjoint. Elles ne sont, en revanche, que 14% à avoir des fonds dont elles ne parlent jamais. Les revenus ne sont pas non plus tabous: 96% des femmes belges connaissent le salaire de leur compagnon.

L'enquête révèle en outre que le sac à main des femmes joue un rôle important dans l'organisation de leur vie. Ainsi, 7 femmes sur 10 ne peuvent se passer de leur sac à main qui leur sert d’«assistant personnel» et leur permet de gérer l’argent du foyer. Lors des voyages, par exemple, c’est elles qui accueillent dans leur sac à main les grosses coupures et, souvent, le portefeuille de leur conjoint. «Alors que les hommes entassent tout dans leurs poches, résume 6minutes.be , les sacs à main sont pour les femmes un accessoire incontournable de l’organisation pratique de leur quotidien.»

L’étude de Synovate est plus précise encore : «Le sac à main aide la femme belge dans la gestion de son budget. 95 % d’entre elles ont toujours une carte bancaire et 85 % du cash dans leur sac à main: moins de 50 euros pour 74% d’entre elles. Enfin, 59% des femmes ont entre 5 et 15 cartes de fidélité dans leur sac à main.

Voilà donc deux études sinon contradictoires du moins complémentaires sur le sac à main. Selon le point de vue que l’on adopte, il est le symbole de la femme dans tous ses états: à la fois en couple avec ses attributions d’épouse ou de compagne, et libre avec son jardin secret.

(1) Jusqu’au 31 mars 2011 (et non plus jusqu'au 4 mars) en raison du succès, «Elles vident leur sac», au Salon du Panthéon, 13, rue Victor-Cousin, 75005 Paris. Entrée libre. Du lundi au vendredi de 12h à 18h30.

(2) Enquête menée par Synovate pour le compte d’ING Belgique, auprès de 1015 femmes belges âgées de 18 à 64 ans.

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