France 2: pourquoi J.-L. Borloo quitte l'UMP et se lance en 2012

Il l'a annoncé sur France 2: Jean-Louis Borloo sort le Parti radical de l'UMP pour créer un parti du centre et présenter un candidat en 2012. Voici pourquoi
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Sa vie (re)commence à 60 ans. Pour son 60e anniversaire, Jean-Louis Borloo s’est offert une seconde naissance. Jeudi sur France 2, lors de la dernière d’ À vous de juger d’ Arlette Chabot , il a enfin coupé le cordon qui le reliait à la «formation mère» de la majorité présidentielle, l’UMP, depuis sa création en 2002. A 21h jeudi 7 avril, il a lâché cette phrase un peu attendue: «Évidemment, je quitte l'UMP (...) Le Parti radical va proposer une nouvelle formation, une alliance républicaine, écologiste et sociale (...), l'aile humaniste de la majorité, avant l'été, à l'extérieur de l'UMP».

C’est le premier pas d’une démarche personnelle qui passe nécessairement par la création d’une «confédération des centres» . Mais ce n’est qu’un bout de route qui mène à la croisée de deux chemins: soit le patron du Parti radical, en recréant une sorte d’UDF, offre au président candidat une «deuxième jambe» pour marcher jusqu’à la victoire de la majorité en 2012; soit il décide de jouer son destin personnel. À 21h15, il annonce avoir choisi la deuxième voie, et cette fois, l'information qu'il a livrée est une vraie surprise.

Une indépendance acquise dans les 6 derniers mois

Chaque chose en son temps. En prenant son indépendance vis-à-vis de l’UMP et du président de la République, Jean-Louis Borloo achève ainsi une démarche commencée en novembre dernier, lorsque Nicolas Sarkozy, déjà au plus bas dans les sondages, lui avait préféré pour Matignon François Fillon, après lui avoir laissé entendre qu’ il allait le choisir comme Premier ministre .

Le coup a été très rude pour le président du Parti radical, comme le rappelle Le Figaro : «Fin octobre 2010, les conseillers élyséens ne tarissaient pas d'éloges à l'égard de Jean-Louis Borloo. En plein conflit sur la réforme des retraites, ce pilier du gouvernement, populaire, faisait figure de premier ministrable». Mais, poursuit le quotidien, «rapidement, les choses se gâtent (…). Accusé d'avoir mal géré les pénuries d'essence suite au blocage des dépôts pétroliers, le ministre de l'Écologie se mure dans le silence. Il subit, impuissant, les contre-offensives de François Fillon, qui va jusqu'à le qualifier de «zozo» et manifeste à plusieurs reprises son désir de rester à Matignon». Le 14 novembre, François Fillon est reconduit dans ses fonctions et l’on dit même de lui que le «collaborateur» prend sa revanche en devenant un «hyper-premier ministre» face à un chef de l’État affaibli.

C’en est trop pour Jean-Louis Borloo qui, vexé, refuse les postes régaliens qu’on lui propose, y compris la Justice et les Affaires Etrangères. Le 14 novembre, il publie cette déclaration reprise par l’Agence France-Presse : «je préfère (...) retrouver ma liberté de proposition et de parole au service de mes valeurs, qui ne sont pas de circonstances, au premier rang desquelles je place la cohésion sociale».

Le débat sur l’Islam et l’ambiguité de Nicolas Sarkozy face au FN

Dans les jours qui suivent, il contacte Hervé Morin, l’ancien ministre de la Défense lui aussi écarté du gouvernement, et tous deux, pour la première fois, évoquent la création d’une «confédération». Un «machin» que François Bayrou, le troisième leader centriste , qui se veut le seul centriste indépendant, envisage alors avec ironie.

Hervé Morin pose une condition à ce rapprochement: que Jean-Louis Borloo prenne son indépendance vis-à-vis de l’UMP, comme le Nouveau Centre qui, pour être dans la majorité, se trouve cependant hors de l’Union. Quelques jours plus tard, le président du PR abandonne ses fonctions de vice-président de l’UMP. Puis il organise des «banquets républicains» au cours desquels il rallie d’autres «victimes» du sarkozisme comme Rama Yade ou encore Fadela Amara et distille des petites phrases de plus en plus assassines. Ainsi, en pleine polémique du débat sur l’islam , le 13 mars, il lâche selon Le Point : «Le débat sur la laïcité voulu par Nicolas Sarkozy ne doit pas apparaître comme un revolver braqué sur l'islam».

«Un nouveau palier est franchi dans l'entre-deux tours des cantonales, note encore Le Figaro , quand Borloo s'élève contre «l'ambiguïté» de Nicolas Sarkozy et de l'état-major de l'UMP face au FN. «Un certain nombre de gens, des gaullistes, des radicaux, des sociaux-démocrates, peuvent avoir une vision de la France et de son avenir différente de celle que donne actuellement le gouvernement», ajoute-t-il».

Nicolas Sarkozy est furieux. À son tour, il dégaine une petite phrase (reprise par L’Express ) qu’il réserve d’habitude à ses adversaires politiques: «Ceux qui voudraient mettre en cause l'unité de notre famille ne le feront pas avec notre complicité». En vain. Le désir affiché le 7 avril de quitter l’UMP était dans la logique de Jean-Louis Borloo depuis le 14 novembre dernier.

Une confédération comme «alternative à l'UMP et au PS»

Mais il va plus loin sur France2: «Nous serons, dit-il, une alternative à l'UMP et au PS pour la présidentielle (...) Nous avons vocation à avoir un candidat (...) et je suis convaincu que nous allons gagner». Puis, quelques instants plus tard: «Ce n'est pas une combine politicienne et je ne serai pas premier ministre dans 14 ou 15 mois». Enfin, ce propos personnel: «Si c'est moi qui suis choisi, ce sera une décision collective». Autant dire que Hervé Morin aura accepté sa candidature.

À quoi ressemblera le futur parti centriste qui sera sa machine de guerre pour 2012? Au total, il devrait réunir quatre formations: outre le PR, le Nouveau Centre de Hervé Morin, l’Alliance centriste de Jean Artuis et la Gauche Moderne (GM) de Jean-Marie Bockel, sans oublier «des gaullistes, des écologistes et des humanistes».

«Le Parti radical se réunira les 14 et 15 mai en congrès pour décider de son avenir dans la majorité», précise L’Express . Mais d’ores et déjà, Jean-Marie Bockel, cet ancien socialiste qui a rallié la majorité présidentielle après avoir fondé la GM, répond jeudi 7 avril sur Europe1 : « Ce grand parti centriste sera clairement distinct de l’UMP. Il sera porteur d’un projet et, donc forcément, d’une candidature en 2012» (…) En quoi les centristes se distinguent-ils du parti présidentiel? «L’UMP s’est trop droitisée - sur sa dimension sociale, son rapport au FN. Les Français sont mécontents, ils attendent autre chose», a insisté l’ancien ministre », avant de proposer la candidature «naturelle» de Jean-Louis Borloo en 2012.

Une candidature qui, si elle va au bout, mettra le chef de l’État en danger d’arriver troisième au premier tour, comme le confirme Reuters : «Selon un sondage Ipsos-Logica pour France 2 réalisé les 1er et 2 avril auprès de 951 personnes, 52% des sondés estiment que Jean-Louis Borloo va se présenter à la présidentielle de 2012. Et 70% jugent que sa candidature serait un handicap pour le président sortant Nicolas Sarkozy».

On n’en est pas là. L’ancien ministre de l’Écologie «a beau avoir «des fourmis dans les jambes», selon Le Parisien , «il ne voudra pas faire perdre son camp», glisse un conseiller de L’Élysée». Méthode Coué?

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