Gifles: les hommes politiques ont-il le droit et pas nous?

En campagne électorale, les leader ont la gifle facile. Au même moment, un spot télévisé culpabilise les parents qui giflent leurs enfants.

«Faites ce que je dis, pas ce que je fais !» On pourrait ainsi résumer l’étonnant carambolage de deux informations. Jeudi 28 avril démarre la campagne TV et Web de prévention des violences ordinaires lancée par la Fondation pour l’Enfance: «Des parents qui battent ont souvent été des enfants battus. Éduquons sans violence. Ni claques ni fessées», affirme le spot diffusé à l'occasion de la Journée internationale contre les violences éducatives du samedi 30 avril. Or, la campagne électorale de Nicolas Sarkozy insiste sur la restauration de l’autorité de l'État, notamment face aux mineurs. Et les hommes politiques de tous bords, ces derniers temps, ont la main plutôt leste envers les garnements qui les insultent ou leur font les poches. Alors, que faut-il faire?

«On gifle parce qu’on a été giflé»

Si l’on en croit la campagne de la Fondation pour l’Enfance, créée en 1977 par l’épouse du président Giscard d’Estaing, les parents violents ont été des enfants battus. Le spot, brutal, met en scène une petite fille de 8 ans qui reçoit une claque de sa mère pour un verre renversé sur la toile cirée. La grand-mère, qui assiste à la scène, s’approche de sa fille et lui demande alors «pardon», tandis que sa petite fille est en larmes.

«C'est un film pour faire débat. J'aimerais que les parents que nous sommes se questionnent sur leur façon d'éduquer leurs enfants, sur l'utilité, les dangers et les risques de frapper un enfant. Est-ce que cela aide l'apprentissage, est-ce que ça va l'aider dans sa vie sociale future, est-ce que ça ne va pas engendrer de la violence ?», explique à l’Agence France-Presse le Dr Lazimi, médecin de Seine-Saint-Denis et coordinateur de la campagne.

Le buzz de François Bayrou (Modem)

Les Français sont-ils d’accord ? S’opposent-ils au châtiment corporel quand il s’applique à un «sauvageon» selon l’expression de Jean-Pierre Chevénement ? Pour François Bayrou (Modem), on peut dire que c’est ce geste, administré dans une banlieue chaude de Strasbourg qui l'a révélé au grand public, pendant la campagne de la présidentielle de 2002, en le rendant paradoxalement sympathique.

Le 12 avril 2002, François Vigogne, du Parisien , suit le leader centriste sur les routes du sud. Il écrit : «Il rayonne. Son portable n'arrête pas de sonner. Encore un journaliste qui veut revenir sur l'incident de lundi. Qui n'a pas entendu parler de la «taloche strasbourgeoise», comme il le dit lui-même? Radios, journaux, télés se sont emparés du sujet. Mercredi, RTL y a même consacré une heure, dans son émission Les Auditeurs ont la parole (…) Hier, en campagne dans les rues d'Avignon (Vaucluse), le candidat UDF à la présidentielle est d'ailleurs félicité par plusieurs passants pour son geste.»

Quelques jours plus tôt, il est à Strasbourg chez la maire UDF Fabienne Keller. Il visite le quartier difficile de la Meinau quand des jeunes de la cité se mettent à jeter des cailloux. Après une demi-heure passée réfugié dans la mairie annexe, le petit groupe décide de sortir. Mme Keller se fait injurier par des jeunes qui crient leur désaccord sur le foulard islamique. François Bayrou s’approche et engage la conversation. Soudain, il sent qu'un gamin lui fait les poches. Il le gifle par réflexe. La scène est saisie par les caméras de télévision. Depuis, la vidéo a été vue par des centaines de milliers d'internautes.

Une plainte contre Bernard Carayon (UMP)

Le 19 janvier dernier, c’est au tour de La Dépêche d’évoquer un incident qui met en cause cette fois, Bernard Carayon, député maire UMP de Lavaur, petite ville de la banlieue de Toulouse où l’on pratique le rugby. Mais c’est à Paris, après un match de foot dans le 7e qu’a lieu l’incident. «Mon fils est revenu d'une partie de football en sanglots. Il m'a raconté qu'il s'était fait bousculer par des plus grands que lui», explique-t-il à Richard Bornia. (…) «Il a ajouté que ce n'était pas la première fois. Je suis allé au domicile des parents qui n'habitent pas très loin de mon domicile. Ces derniers n'étaient pas là, mais il y avait le jeune. Ce que j'ai fait, n'importe quel père l'aurait fait. Je l'ai sermonné, il tremblait, je lui ai expliqué la gravité des insultes proférées et je lui ai demandé de s'excuser. Je lui ai donné une claque».

La mère de David, 12 ans, l’enfant giflé, qui a déposé plainte, donne sa version: «Le député a sonné mais n'est pas entré. Mon fils m'a dit qu'il lui a donné deux petites baffes sur le seuil de la porte. Mais le plus humiliant c'est qu'il l'a fait mettre à genoux devant son fils et son copain pour présenter des excuses. Honnêtement, c'est une méthode choquante».

La paire de gifles de Jérome Cahuzac (PS)

A croire que la gifle est une spécialité politique du Sud-Ouest: «Le député-maire socialiste de Villeneuve-sur-Lot, Jérôme Cahuzac, estime avoir eu une réaction «adaptée et proportionnée» en assénant, vendredi 22 avril, deux gifles à un jeune qui l'avait «insulté» et «bousculé», explique-t-il samedi dans Le Nouvel Observateur . Agressé verbalement par «un tutoiement» et «des insultes basses et vulgaires» d'un jeune d'environ 20 ans, il a ensuite vu revenir vers lui ce jeune pour le bousculer, dit-il. Après l'avoir repoussé de façon ferme, il reconnaît lui avoir asséné deux gifles. «Et ça a marché (...) Comme maire je n'avais pas le droit de reculer car à travers ma personne c'est la collectivité que l'on agressait», conclut-il».

Face à «l’absence de policiers dans les rues de Villeneuve-sur-Lot», cette paire de gifles était la réponse «énergique» à une incivilité, à la remise en question de l’autorité qu’il représentait en tant qu’élu de la commune. Car, dit en substance Jérome Cahuzac, si l'autorité est «déficiente ou absente dans la famille» du jeune homme, elle ne saurait se laisser bafouer pour un représentant du peuple.

«Autorité», le mot est lâché. On le retrouve d’ailleurs dans le bilan-programme de Nicolas Sarkozy, candidat probable à sa réélection. Restaurer l’autorité de l’État, notamment en rendant la justice et la police plus sévères à l'égard des délinquants mineurs , c’est aussi donner l’exemple dans chaque famille, et en appeler à restaurer l’autorité tout court à la maison. Avec des gifles?

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