Hausse des tarifs EDF : combien, quand, pourquoi ?

Les tarifs d'Électricité de France vont augmenter. Une hausse qui tournerait autour de 3% cet été. Les causes : Fukushima entre autres.
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Le quotidien Les Échos a révélé mardi 22 mars que les tarifs de l’électricité pourraient augmenter de 37% dans les cinq prochaines années. Une information que le ministre de l’Énergie, Éric Besson a plus ou moins démentie en reconnaissant, cependant qu’il y aurait une « légère augmentation » à la faveur de l’été et qu’il avait déjà eu l’occasion d’annoncer que cette hausse était « inéluctable » . Officiellement, les raisons de cette augmentation sont multiples. Parmi elles, « l’effet Fukushima », du nom de la centrale japonaise qui conduit les pays les plus nucléarisés à remettre leurs centrales en état. Mais il y a aussi les conséquences de la revente obligatoire par EDF de sa production électrique aux sociétés concurrentes.

De combien sera la prochaine hausse ?

Les tarifs ont augmenté de 1 à 3% par an depuis 2006, affirme le site de lexpansion.lexpress.fr , ce que France-Soir corrige en précisant : « Après deux hausses successives en août (2010) et en janvier (2011), le prix de l'électricité a déjà augmenté de 6,4% en un an selon l'Insee ».Cette fois, Éric Besson annonce une « légère augmentation » des tarifs pour ne pas trop pénaliser les consommateurs : « Le gouvernement, a-t-il déclaré, s'attachera à la protection du pouvoir d'achat des Français. Nous n'avons que deux préoccupations: la compétitivité de notre industrie, le pouvoir d'achat des Français ». Une phrase destinée à rassurer, qui a trouvé un écho chez François Baroin , le porte-parole du gouvernement : « La politique poursuivie (…) est de permettre de continuer d'offrir aux Français une électricité inférieure en termes de prix et de tarifs à ce que l'on peut observer dans les autres pays européens ».

De son côté, Les Échos évoque les augmentations très importantes qu’aurait demandées EDF aux pouvoirs publics dans une « note informelle », sans pour l’instant les obtenir: « Dans son scénario de référence », écrit Thibaut Madelin, le journaliste du quotidien économique qui a eu le texte entre les mains, « le groupe prévoit une hausse moyenne du tarif bleu de 4,7 % par an en euros constants. Avec une inflation de 1,8 %, cela correspond à une augmentation de 6,5 % par an ».La note envoyée par Henri Proglio évoque 37% sur cinq ans. On se souvient que son prédécesseur, Pierre Gadonneix , avait dû quitter son poste de P.-D.G. après avoir annoncé maladroitement, en août 2009, une hausse de 20% qu’il jugeait « inéluctable sur plusieurs années ». La nouvelle demande intervient dans un contexte social déjà alourdi par les hausses des tarifs du gaz , puis de l'essence , à 13 mois de la présidentielle.

Mercredi 23 mars, Le Parisien révèle qu’un parlementaire socialiste a également vu cette note signée par EDF: « Nouvel épisode dans le feuilleton des tarifs EDF, écrit le quotidien : François Brottes, député PS, affirme que le groupe énergétique recommande bien une hausse de 4,7% de 2011 à 2015, soit 30% au total». Une hausse qui serait « intolérable pour les familles qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois », dit l’élu en colère.« Les associations de consommateurs ont dénoncé le désir d'EDF », écrit France-Soir : « C'est une confirmation du scénario le plus pessimiste que l'on craignait depuis des mois », réagit Grégory Caret, de l'UFC Que Choisir. « On ne peut pas accepter l'idée que la libéralisation conduise à une augmentation des prix pour rendre les fournisseurs alternatifs compétitifs », renchérit Thierry Saniez, de la CLCV, qui ajoute dans le Journal du Dimanche : « Les conséquences vont être très fortes socialement. Aujourd’hui, on évalue à 3,5 millions le nombre de ménages en situation de précarité énergétique, c’est-à-dire qui dépensent plus de 10% de leur budget pour acquérir l’énergie ».

Le montant précis (il pourrait se situer autour de 3% cet été) devrait faire l’objet de négociations entre EDF et les pouvoirs publics qui, seuls, sont habilités à fixer le pourcentage, notamment en raison de sa participation majoritaire dans l’entreprise (84,5%). Mais, on le voit, deux hypothèses extrêmes de tarifs s’affrontent.

Quand interviendra cette augmentation ?

« Les tarifs sont traditionnellement fixés mi-août par le ministère de l'Economie par arrêté », poursuit lexpansion.lexpress.fr . Ils devaient être discutés la semaine prochaine mais la révélation des Échos tombe mal pour le pouvoir, à quelques jours du deuxième tour de cantonales particulièrement difficiles. Dès lors, le gouvernement a annoncé qu’il mettrait « deux semaines de plus pour fixer ses tarifs ». En fait, il existe deux périodes favorables pour les hausses les plus délicates. Le mois d’août comme en 2010 , c’est-à-dire au moment où les Français sont en vacances, mais aussi le mois de janvier comme en cette année 2011 où, traditionnellement là encore, on annonce généralement un train d’augmentations positives (allocations, Smic) ou négatives (EDF, assurances).

Il faut s’attendre, dès lors, à ce que se répète le scénario de deux hausses annuelles qualifiées de «légères» par le ministre de l’Énergie, et ce, pendant plusieurs années, afin qu’EDF puisse, selon l’expression de François Baroin, « continuer d'offrir aux Français une électricité inférieure en termes de prix et de tarifs à ce que l'on peut observer dans les autres pays européens ». Grâce au nucléaire, « la facture d'électricité des Français (…) est une des plus basses d'Europe (25% de moins que les autres, selon Eurostat) », précise France-Soir . Pour combien de temps ?

Comment expliquer cette hausse et les prochaines ?

Les propositions de hausses faites par EDF au gouvernement l’ont été « dans le cadre de la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l'électricité) » écrit encore Les Échos . Ce que David Barroux résume ainsi dans son éditorial du 23 mars: « L’ouverture du marché de l’électricité oblige le groupe à mettre un quart de son énergie nucléaire à disposition de ses concurrents comme GDF Suez. Il faut, du coup, calculer le prix auquel le groupe public vendra son électricité. Concrètement, il faut donc le fixer à partir des vrais coûts de revient, de production ».

Au delà de la loi Nome, il y a le fameux « effet Fukushima » qui va contraindre EDF à revoir la sécurité de ses centrales nucléaires. « EDF estime (ce coût de production) à 46 euros par MWh, affirme Les Échos , en incluant le coût des 58 réacteurs nucléaires, leur exploitation, la gestion des déchets et les démantèlements à venir. Voilà comment on aboutit à + 30% en cinq ans. Mais ses concurrents voient ce prix plutôt à 35 euros». Et de citer un expert reconnu, Paul Champsaur qui, lui, situe le tarif autour de 39 euros...»

Sauf que la Cour des Comptes estime, en septembre 2010, qu’EDF a des efforts à fournir en matière d’économie. Elle fait ainsi état des largesses dont bénéficierait le Comité d’entreprise : au delà de l’électricité gratuite, une partie des salariés ne travailleraient que… 32 heures payées 39 et bénéficieraient de hausses salariales particulièrement confortables en cette période de crise : +4,4% en 2010 ; +3,95% en 2011. Par comparaison, le Smic n'a augmenté que de 0 ,5% en janvier 2010 et de 1,6% seulement en janvier 2011.

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