Hausse du tabac : fumeurs, comment l'État vous ment 4 fois

Sous couvert de «pédagogie», l'État veut avant tout régler la dette publique avec les taxes sur le tabac. Il vous cache que le nombre de fumeurs augmente.
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Le tabac a augmenté de 6% pour la troisième fois en trois ans. Seule nouveauté par rapport à 2010, la hausse des prix est arrivée avec quinze jours d’avance sur l’an passé et, maigre consolation, quinze jours de retard sur la date prévue par le gouvernement. Pour le reste, rien ne change. En tant que fumeur, vous payez bien une taxe nouvelle déguisée en mesure sanitaire et une autre (également de 6%) est déjà programmée pour 2012.

Le problème, c'est qu'une telle imposition s'installe dans la durée, avec l'assentiment des Français abstinents, persuadés que les hygiénistes ont raison de vous taxer «pour votre bien» alors qu'il s'agit de mensonges. Car en prenant une telle mesure, l'État ment à quatre reprises aux fumeurs. Voici pourquoi.

1-L'État ne combat pas le fléau du cancer avec ces taxes

C'est une affirmation à la fois vraie et fausse. C'est vrai, il existe bien un plan cancer mis en place sur plusieurs années par le ministère de la Santé qui s'engage notamment dans la lutte anti-tabac. 15 millions de fumeurs grillent, en moyenne chaque jour entre 10 cigarettes et un paquet complet. Or, dans cette population, ils sont 60 000 à mourir d'un cancer lié au tabac.

C'est faux cependant de dire que l'État lutte contre le tabac avec les taxes. Le ministère du Budget, nous propose des hausses des prix du tabac soi-disant «pédagogiques», voire dissuasives. Elles seraient, disent nos responsables, destinées à faire prendre conscience aux accros qu’ils se mettent en danger, au même titre que les personnes addicts à l’alcool ou à la drogue. Mais cette argumentation n'est pas crédible: le message sanitaire ne passe pas dans la population des fumeurs invétérés. Les experts des associations anti-tabac l’affirment à chaque hausse. Si l’État ne prend pas d’un seul coup une mesure radicale, s’il n’assène pas aux fumeurs un coup de matraque d’au moins 10 % , la hausse n’aura pas de réelle valeur pédagogique. Il s’agit donc là d’un premier mensonge des pouvoirs publics qui, avec cette augmentation, a d’autres visées que le fameux combat anti-cancer.

2-L'État ne vous dit pas qu'avec, il veut régler la dette publique

En réalité, le ministère du Budget, avec la complicité du ministère de la Santé, utilise ces hausses pour tenter de boucher le trou de la Sécurité sociale qui, cette année encore, s’annonce abyssal. Il est vrai que la lutte contre les ravages du tabac est aussi l’un des premiers postes de dépenses dans le domaine de la santé publique. Mais ceci ne doit pas cacher l’obsession du gouvernement de réduire la dette publique par tous les moyens, notamment par les taxes. C’est la principale raison de ces hausses du tabac à répétition.

Le tarif moyen de 6,40 € du paquet de cigarettes devrait permettre d'ici à la fin 2012 de fournir à la Sécurité sociale des recettes supplémentaires de 600 millions (et de 90 millions d’ici la fin de l’année). En novembre 2010, la hausse, également de 6 %, avait déjà rapporté 400 millions d'euros. Quant au tabac en général, il a fourni l’an passé une manne de 10 milliards d'euros de taxes diverses et de 3 milliards d'euros de TVA au budget de l'État. En dix ans, le prix moyen du paquet de cigarettes a augmenté de 84 %.

3-L'État vous cache que les pauvres sont les plus taxés

Malheureusement, cette taxe «pédagogique» frappe surtout les plus pauvres. Car, tout comme les consommateurs de sodas (taxés 2 centimes le litre en raison de leur forte teneur en sucre) sont les plus modestes des Français, les fumeurs se recrutent dans les classes les plus populaires. D’après l’étude de l’INPES , moins on est diplômé, plus on exerce un métier difficile et plus on fume. On recense ainsi 32,8 % de fumeurs chez les personnes sans qualification, contre seulement 18,5 % à partir de bac+5.

"Le tabac, c'est une maladie et, comme toutes les maladies, elle touche plus les pauvres que les riches", a déclaré le pneumologue Bertrand Dautzenberg à l’AFP . "Les derniers fumeurs qui restent dans un pays quand le tabagisme régresse, ce sont les plus pauvres, ajoute-t-il, ceux qui n'ont pas les moyens de s'informer, l'argent pour s'arrêter et qui sont les plus malades du tabac (…) C'est une injustice qu'il faut corriger en instaurant en particulier la gratuité de l'arrêt du tabac pour les personnes défavorisées."

4-L'État vous cache aussi que le nombre des fumeurs augmente

Quand elle était ministre de la Santé, Roselyne Bachelot a présenté en octobre 2010 le nouveau forfait annuel (50 euros à 150 euros) de prise en charge des traitements d'aide à l'arrêt du tabac chez les femmes enceintes (24 % de fumeuses) et les bénéficiaires de la Couverture maladie universelle (CMU). À cette occasion, elle a reconnu un inquiétant inversement de tendance depuis deux ans : une stagnation du nombre des fumeurs masculins en France alors que leur population baissait depuis 1970. Elle a aussi déclaré sur RMC que "le nombre des fumeuses âgées de 45 à 65 ans avait augmenté de 7 points depuis 2005". "L’augmentation globale du nombre des fumeurs est de +1,8 % en cinq ans, a-t-elle dit. Elle s’explique par la crise économique qui frappe notre pays (…) Pratiquement 50 % des chômeurs sont fumeurs et à l'évidence la crise, l'augmentation du chômage, a eu un effet sur l'augmentation de la consommation du tabac." Et la ministre de préciser cette hausse : "49,6 % de sans emploi fument en 2010, contre 43,5 % en 2005."

Conclusion, l'État raconte des mensonges et habille de fausses intentions pédagogiques des mesures destinées à rembourser les dettes publiques de notre pays. Les hausses du tabac ne jouent pas leur rôle dissuasif. Alors que les campagnes anti-tabac produisent de moins en moins d’effets, alors que les nouvelles mesures d’interdiction, comme la vente aux mineurs , sont contournées par les jeunes avec l’accord tacite des buralistes, la récente hausse du nombre des fumeurs, les jeunes, les femmes et les précaires des deux sexes sont un vrai jackpot pour les finances publiques. Et tant pis si ce sont les populations les plus vulnérables, celles qui sont touchées de plein fouet par la baisse de leur pouvoir d’achat et la précarité qui, depuis ce lundi 17 octobre, contribuent à renflouer les caisses de l’État.

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