Hulot, Mélenchon, Borloo: les candidats «coucous» de 2012

Les partis qu'ils investissent ne sont pas leur nid naturel mais ces derniers ont besoin d'eux pour exister en 2012.
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Ils sont comme des coucous, les candidats à la présidentielle, Nicolas Hulot , Jean-Luc Mélenchon et Jean-Louis Borloo . À l’instar de cet oiseau grimpeur qui dépose ses œufs dans le nid des autres volatiles, ces hommes politiques vont nicher tous les trois dans un parti politique affaibli, parfois à leur demande, parfois en s’imposant.

Il y a des semaines comme cela où la politique s’accélère. Ainsi, écrit Le Nouvel Observateur du vendredi 8 avril, «la direction nationale du PCF apporte son soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) à la présidentielle de 2012, a annoncé vendredi le secrétaire national Pierre Laurent, mettant fin à un secret de Polichinelle qui courait depuis plusieurs mois».

La veille, jeudi 7 avril, c’est Jean-Louis Borloo qui annonce quitter l’UMP de Nicolas Sarkozy pour fonder un grand parti du centre… sur les décombres de l’UDF et surtout du Modem de François Bayrou .

Enfin, mardi 5 avril, on apprend que «l’homme-planète» , Nicolas Hulot, après avoir posé ses conditions au EEL V, va annoncer dans les tout prochains jours, sa candidature chez les écologistes de Cécile Duflot et de Daniel Cohn-Bendit.

Que se passe-t-il donc dans la classe politique française pour qu’ainsi, des partis adoubent des candidats qui ne leur sont pas naturels? Tous trois sont très fragiles. Le PCF est moribond; EEL V souffre de divisions et d'un manque de leader; le Modem est isolé au centre.

PCF : l’histoire d’un effondrement

Comme dans les autres pays d’Europe , le Parti communiste français n’en finit pas de s’affaiblir au point d’être aujourd’hui à l’agonie. Fondé en 1920 lors de la scission de la SFIO, il obtient des scores de 25 à 30% après la guerre sous Maurice Thorez et connaît son premier effondrement aux législatives de 1958 (19% des voix), à l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle. Aux législatives de 1968, sous Georges Marchais, il obtient 20% des voix contre 16,5% au Parti socialiste.

La signature du Programme commun de la gauche (1972) et l’abandon du modèle soviétique (1976) marquent le déclin du PCF. En 1981, le parti s'avère «non compatible» avec la participation gouvernementale (la gauche plurielle): il passe sous la barre des 10% aux législatives de 1986. En 1995, Robert Hue n’obtient que 8,6% des voix, puis en 2002, il s’effondre à 3,37%. En 2007, Marie-George Buffet touche le fond en recueillant moins de 2% à la présidentielle Du jamais vu.

Pour ne pas mourir, le PCF lance un appel à un «front progressiste», le Front de gauche , une alliance avec la Gauche unitaire (NPA) et le Parti de gauche , de Jean-Luc Mélenchon, issu du Parti socialiste. C’est lui qui, aujourd’hui, vient de recevoir le soutien de Pierre Laurent avant d’être sans doute adoubé, dans quelques jours, par le PCF qui, pour la première fois en 70 ans d’histoire, ne présentera pas de candidat issu de ses rangs en 2012.

EEL V: des écologistes dont les leaders se défilent

Nicolas Hulot, c’est l’histoire d’une candidature par défaut. Daniel Cohn Bendit , l’ancien soixante-huitard, le leader naturel, qui a porté Europe Écologie aux européennes de 2009 pour en faire le troisième parti de France, derrière le PS avec 20,86% des voix, annonce en août de la même année qu’ il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2012 ! «Être président ne me fait pas rêver depuis que je suis petit», dit le député européen sur France Inter.

Secrétaire nationale EEL V depuis novembre 2010, Cécile Duflot est l’artisan de la fusion entre les Verts et Europe Écologie, mais elle aussi refuse l’idée de se présenter en 2012. «Cela me fait peur, écrit-elle sur son blog , et je n’ai pas encore les épaules assez larges».

Reste alors Eva Joly, qui a mené la liste des écologistes à son succès de 2009, comme numéro deux derrière Danièle Cohn Bendit. Sauf qu’au fil des mois, cette ancienne juge du pôle financier de Paris, d’origine norvégienne, demeure au plus bas au fil des sondages (4%) .

D’où l’hypothèse Nicolas Hulot qui, sans s’être présenté officiellement, obtient deux fois son score et bénéficie d’une incroyable notoriété grâce à son émission Ushuaïa sur TF1. Un poids lourd qui devrait accepter de représenter le parti écolo à ses conditions: des primaires ouvertes à la date qu’il souhaite.

L’UDF a disparu, le Modem est moribond

Jean-Louis Borloo est lui aussi un homme providentiel pour la future «confédération des centres». Il faut dire qu’il ne reste plus grand-chose de l’UDF, le parti fondé par Valéry Giscard d’Estaing en 1978 et dont la dépouille a servi à créer le Modem de François Bayrou , juste avant la présidentielle de 2007.

A la veille des législatives de 1978, difficiles pour la droite non gaulliste, six partis se réunissent dont le Parti radical dit valoisien, le Parti républicain, le Centre des démocrates sociaux. L’UDF, composée pour l’essentiel de centristes, devient l’alliée naturelle du RPR aux grandes échéances, mais elle se désagrège avec l’ouverture mise en place par François Mitterrand. En 1988 et 1995, les dissensions sont telles à l’UDF qu’elle ne présente pas officiellement de candidat à la présidentielle (Raymond Barre est apparenté et Édouard Balladur CDS mais pas soutenu par un parti déchiré entre lui et Jacques Chirac).

En 1998, l’UDF entre en scission aux régionales. François Bayrou (Force démocrate) n’accepte pas d’ alliance avec le Front national contrairement à Alain Madelin (Démocratie libérale). Il fonde et préside la Nouvelle UDF, tandis que le Parti radical de Jean-Louis Borloo, refuse de son côté d’y entrer.

En 2002, à la présidentielle, François Bayrou obtient 7% des voix et termine quatrième. Un score insuffisant pour empêcher l’UMP de Jacques Chirac d’absorber une grande partie de l’UDF: le Parti radical intègre l'Union tandis que le Nouveau centre de Hervé Morin en devient associé. En 2007, Bayrou crée le Modem mais ses anciens amis refusent de le suivre. Il connaît un incontestable succès personnel à la présidentielle (18,6%) mais s’effondre ensuite, faute de troupes, à tous les autres scrutins.

Devant l’éparpillement des centres et l’isolement qui frappe François Bayrou, Jean-Louis Borloo a sans doute, comme Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Hulot, trouvé une zone d'atterrissage, hors de l'UMP. Un nid vide pour y couver sa candidature avant de s'envoler vers 2012.

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