Immigration: pourquoi Sarkozy et Berlusconi se sont réconciliés

Le président Nicolas Sarkozy et son homologue italien Sylvio Berlusconi avaient tous deux besoin d'un succès diplomatique. Voici pourquoi.

Ils sont sans conteste les deux «grandes gueules» de l’Europe. Nicolas Sarkozy et Sylvio Berlusconi avaient tous les deux besoin d’un succès diplomatique pour tenter de redresser une image abîmée dans leur pays respectif. La bataille autour des immigrés tunisiens et des accords de Schengen leur a donné l’opportunité de rebondir.

Sur le terrain politique, le chef de l’État français ne parvient pas à décoller au dessus de la barre des 30% dans les sondages et serait même battu par tous ses adversaires (sauf Marine Le Pen) . Sur le terrain judiciaire, le président du conseil italien est accusé d’avoir eu recours à des prostituées mineures même s’il dispose d’un répit de quelques semaines avec le renvoi de son procès au 31 mai à Milan . Dès lors, le 29e sommet franco-italien qui s’est tenu pendant deux heures mardi 26 avril, à la Villa Madama, sur les bords du Tibre, à Rome, et qui était destiné à en finir avec la discorde est arrivé à point nommé pour les deux chefs d'État. Retour sur les motifs d’une friction virile et les raisons de la réconciliation.

Quelle est l’origine de la discorde ?

  • Plus de 20 000 immigrés de Tunisie. «Paris est en effet irrité par l'Italie, écrit Le Monde , qui a décidé d'octroyer des permis de séjour de six mois aux plus de 20 000 Tunisiens arrivés sur ses côtes depuis janvier pour qu'ils puissent rejoindre «amis et parents» en France et ailleurs en Europe».
  • Inacceptable à un an de la présidentielle. Au moment où le Front National fait campagne sur l’immigration et où Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, promet de «réduire l’immigration légale» , l’affaire des immigrés tunisiens venus d’Italie tombe mal, (ou bien?) à un an à peine de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages et désireux de «siphonner» les voix de Marine Le Pen ne pouvait accepter cette situation sans réagir. «Le 17 avril, rappelle L’Express , Paris avait suscité la colère de Rome en bloquant la circulation des trains depuis la ville italienne de Vintimille vers la France, estimant qu'un train avec à bord des manifestants voulant accompagner des immigrés tunisiens posait un risque pour l'ordre public.»
  • L’intervention militaire dans une ex-colonie italienne. Les relations franco-italiennes n’avaient pas besoin de cela pour être compliquées. L’intervention militaire en Libye arrachée par la France et la Grande-Bretagne à l’Europe et à l’ONU était un vrai contentieux, comme le note Le Point : «L'Italie, ancienne puissance coloniale en Libye, était un des pays européens les plus proches de Tripoli avant le début de l'insurrection contre le régime de Muammar Kadhafi, avec lequel Silvio Berlusconi entretenait des relations amicales.»

Alors, pourquoi cette réconciliation ?

  • En finir avec «l’Europe-passoire». Nicolas Sarkozy voulait donner des gages à la droite de sa majorité et Sylvio Berlusconi à la Ligue du Nord, son alliée populiste et xénophobe, comme l’analyse Le Figaro : «L'accent mis sur les questions migratoires par Nicolas Sarkozy avant l'échéance de 2012 a conduit Paris à saisir ce prétexte pour aménager un traité que ses détracteurs du Front national associent à l'«Europe passoire». Une préoccupation de fermeté partagée par Silvio Berlusconi, soucieux de ne pas rompre l'attelage avec la Ligue du Nord pour laquelle l'immigration est un cheval de bataille».
  • Une réforme de Schengen. Dès lors, le président français, Nicolas Sarkozy, et le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, ont annoncé mardi, vers 13h, leur décision de travailler ensemble sur la réforme du traité: «Nous voulons que Schengen vive, et pour que Schengen vive, Schengen doit être réformé», a déclaré Nicolas Sarkozy. «Je le dis franchement: les choses doivent être réglées entre pays amis sur la base des traités existants», a expliqué Silvio Berlusconi.
  • Sarkozy veut garder la main en Europe. Pour le président français, les incidents diplomatiques franco-italiens lui permettent aussi de reprendre la main sur le plan diplomatique, manifestement son terrain de gouvernance favori. «Il n’y a pas que le moteur franco-allemand» , ne cesse de dire en substance Nicolas Sarkozy à Angela Merkel, avec laquelle les relations semblent de moins en moins complices. Après l’intervention militaire en Libye obtenue de haute lutte par le couple franc-britannique, voici donc le duo franco-italien qui n’a pas fini d’irriter l’Europe. «Selon le Corriere Della Sera, le chef du gouvernement italien et le président français écriront aux présidents de la Commission et du Conseil européens, José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy, pour demander une révision des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes en Europe», écrit Le Point .
  • L’Italie en Lybie, un gage à l’Europe.«Après un départ poussif de Rome, note Le Monde , qui a hésité à lâcher son allié Mouammar Kadhafi , les positions se rejoignent : les deux pays ont reconnu officiellement la rébellion libyenne et dépêché sur place des conseillers militaires. L'Italie a annoncé lundi qu'elle allait autoriser son armée de l'air à mener des frappes contre des objectifs militaires en Libye».
  • BCE, le soutien de la France à l’Italien Draghi. «A l'occasion de la conférence de presse commune avec le président italien, écrit Le Figaro (…) Nicolas Sarkozy a affirmé que la France soutiendra la candidature de Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale italienne, pour succéder à Jean-Claude Trichet. «La France sera très heureuse de soutenir un Italien à la présidence de la Banque centrale européenne», a-t-il dit». De quoi solder définitivement les différends économiques.

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