Japon, Libye, zone euro: faut-il avoir peur d'un krach boursier ?

Les marchés boursiers n'apprécient pas les catastrophes, les révoltes, les guerres, les difficultés de la zone euro. Quels sont les risques de krach ?

Le 6 octobre 2008, les bourses de tous les pays du monde s’effondrent soudain. La panique s'empare des petits porteurs comme des institutionnels lorsque la célèbre banque Lehman Brothers tombe en faillite . « Le grand public découvre alors un univers inquiétant, celui du «shadow banking system», le système bancaire de l'ombre, peuplé de traders, de fonds spéculatifs, de produits structurés, de ventes à terme, de spéculations à la baisse, de paradis fiscaux, d' actifs toxiques ». C’est par ces mots que France 2 présente jeudi 10 mars dernier, son documentaire intitulé « Krachs, une histoire des crises boursières » .

La dernière a entraîné une crise économique mondiale dont la plupart des pays de la planète peinent encore à sortir. Or, voilà que de nouveaux nuages s’accumulent au dessus des places boursières: catastrophe nucléaire au Japon , révoltes au Maghreb et au Moyen-Orient, guerre en Libye , difficultés de la zone euro . De quoi s’interroger sur les risques d’un nouveau krach. Sont-ils sérieux ? Comment réagissent les marchés, et qu'en pensent les spécialistes ?

Le séisme, le tsunami et le risque nucléaire au Japon

Depuis près d’un mois, les images des catastrophes successives au Japon (tremblements de terre, tsunami, accident nucléaire de Fukushima) défilent en boucle sur toutes les télévisions du monde, provoquant des inquiétudes chez les petits actionnaires et les investisseurs. D’où les montagnes russes que connaît en ce moment l’indice Nikkei (autour de 8900 points le 15 mars , de 9500 le 24 ).

« Les marchés de capitaux montrent des signes d'aversion aux risques globaux », explique le 17 mars au quotidien Les Échos Asoka Wöhrmann, directeur des investissements chez DWS Investments, le gestionnaire de fonds de Deutsche Bank. « Cela correspond à une réaction normale face à une catastrophe naturelle et humaine, dont on nous livre les moindres détails. L'inquiétude gagne les épargnants et les investisseurs, ce qui ajoute de la volatilité sur les marchés ».

La crise actuelle en Libye et la flambée du pétrole

Les massacres commis par le colonel Kadhafi dans son pays et l’intervention militaire de la coalition en Libye rendent les marchés fébriles. D’autant que s’ajoutent les récents événements des pays du Maghreb et du Moyen Orient (les révoltes en Égypte et en Tunisie, la répression des manifestations au Bahrein, au Yémen, en Syrie) et les incertitudes politiques en Algérie et au Maroc. Pas étonnant dès lors si les prix du pétrole se mettent à flamber. De quoi « ponctionner le revenu des ménages et des marges des entreprises », selon la formule de Roland Laskine , qui, cependant, le 23 mars, ne semble pas inquiet d’une chute éventuelle des cours de la Bourse.

Les mésaventures de la zone euro

Il y a « toujours autant de difficultés à boucler le plan de sauvetage des pays périphériques de la zone euro avec le Portugal qui refuse de se plier à un plan d'austérité jugé trop sévère par l'opinion publique », écrit encore cet économiste sur son blog en s’étonnant de voir les actionnaires paradoxalement plutôt optimistes.

Asoka Wöhrmann, dans Les Échos , estime quant à lui que la crise nucléaire s’ajoute à toute une série d’événements de ces dernières semaines : « D'autres thèmes nous ont préoccupés auparavant: la dette souveraine, une possible rechute de l'économie américaine (…) Le tout conjugué maintenant avec le Japon produit le même effet qu'un grain de sable de plus qui s'ajoute à un monticule d'incertitudes et qui finit par tout faire dégringoler ».

Un krach à la Lehman Brothers semble exclu

Pas pour l’instant. Au contraire, les experts constatent avec étonnement que le bilan annuel des marchés est positif, sauf au Japon qui enregistre une baisse de 7,6%: « Les marchés sont particulièrement déroutants », constate ainsi Roland Laskine . Ils semblent ignorer les difficultés du moment avec un palmarès annuel désormais largement positif sur toutes les grandes places mondiales à l'exception du Japon». Et l’économiste d’arriver à cette conclusion mi-figue, mi-raisin: « L'absence de fort décalage à la hausse ou à la baisse prive même le boursier que je suis de jouer à mon jeu favori qui consiste à prendre le contre-pied de la tendance: achat après une forte baisse des cours, prises de bénéfices sur une belle envolée des indices ». Et d’affirmer que s’il n’y a pas de nouvelle catastrophe, le marché n’a pas de raison de baisser.

Même constat pour l’économiste de Francfort : « Un krach boursier à la Lehman Brothers me semble exclu. La crise actuelle va voir émerger des gagnants et des perdants. Les gagnants potentiels se trouvent dans la construction, l'acier, les énergies fossiles (charbon, gaz) et renouvelables. (...) Et si une aversion générale au risque est palpable, celle-ci n'est pas liée en premier lieu au Japon». Et d’expliquer que la Bourse s'est redressée «sur des faits, pas des espoirs ». Parmi les faits, la bonne santé des entreprises et la perspective d’une solution européenne sur le front de la dette souveraine.

Le présage d'Hindenburg

L'été dernier, déjà, les analystes financiers ont craint -à tort- l'imminence d'un krach boursier en se fondant sur « une nouvelle phobie »: «Selon la théorie d'Hindenburg basée sur l'observation statistique », écrivait Le Figaro du 28 août 2010, « lorsqu'au cours d'une même séance, une grande quantité de valeurs atteint un cours de Bourse au plus haut depuis 52 semaines et qu'un autre groupe de titres s'établit en revanche à un cours plancher de 52 semaines, alors cela présage d'un nouveau krach à Wall Street. Cette configuration a en effet précédé tous les krachs des 25 dernières années. Or, ce phénomène rare a été observé le 12 août dernier ». Fort heureusement, le présage s'est avéré erroné.

Économie, informatique et psychologie

Comment expliquer les mécanismes d'un krach, c'est-à-dire la chute brutale des cours des actions à la suite d'un afflux massif des ordres de ventes ? Il a toujours des causes économiques (éclatement des bulles spéculatives ), mais aussi psychologiques (comportements mimétiques), quand la panique s'installe, notamment parmi les petits porteurs, et que le nombre des vendeurs excède celui des acheteurs.

Enfin, le phénomène connaît une amplification depuis le développement de l'informatique. Ce sont, nous révèle Wikipedia , des automates qui gèrent les actions des investisseurs institutionnels et qui vendent lorsque l'instabilité s'installe. D'où la mise en place, par les places boursières, des clôtures anticipées pour éviter la panique.

Aujourd'hui, les voyants semblent au vert, malgré les événements, pour les investisseurs. Les experts boursiers se veulent d'ailleurs rassurants et des garde-fous sont en place pour éviter un krach. Sauf que, par définition, un effondrement des cours est toujours imprévisible. Un peu comme une catastrophe nucléaire.

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