Jean-Paul II: comment devient-on un saint?

Karol Wojtyla, le pape polonais, est béatifié le 1er mai 2011, six ans après sa mort. Mais comment devient-on un bienheureux ou un saint?

Ce dimanche 1er mai, un million de catholiques du monde entier prient place Saint-Pierre au Vatican, tandis que plus d'un milliard de fidèles, campés devant leur postes de télévision comme pour le mariage de William et Kate, suivent avec ferveur la béatification de Jean-Paul II à Rome. Élu pape le 16 octobre 1978 à l’âge de 58 ans, mort le 2 avril 2005, Karol Wojtyla est le premier pape d’origine slave. Chef de l'Église catholique pendant plus de 26 ans, celui que l’on a appelé «l’athlète de Dieu» a «épousé les soubresauts de l’Histoire» selon l’expression d’ Europe1 , accompagnant la victoire de Solidarnosc en Pologne et la chute du Mur de Berlin, échappant de justesse à un attentat, parcourant le monde pour rassurer les peuples («N’ayez pas peur !») et réveiller les jeunes générations en créant les Journées mondiales de la jeunesse ( JMJ ).

Malgré son conservatisme dans le domaine de la contraception en dépit du sida, et ses silences à l’égard de la pédophilie, Jean-Paul II meurt avec l’image d’un héros de Dieu au point que, par milliers, à l’annonce de son décès, les fidèles se rassemblent place Saint-Pierre en scandant « Santo subito! » Benoit XVI vient d’exaucer en partie leur vœu en le béatifiant ce dimanche. Une première étape avant la canonisation. Qui peut devenir saint? Comment le devient-on ? Quels sont les critères et faut-il avoir fait des miracles? Voici quelques réponses.

Pourquoi y a-t-il des saints?

«Les peuples ont besoin de modèles à suivre», disait Jean-Paul II. Il ne s’est pas contenté de le dire puisque durant ses 26 années de pontificat, il a «nommé» 1339 bienheureux et 482 saints , soit plus du quart de ceux faits dans toute l'histoire de la chrétienté! Son successeur Benoit XVI ne pouvait faire moins, sous la pression des fidèles, que de le béatifier à son tour.

Qui peut devenir un saint?

En principe, n’importe quel chrétien: «Soyez saints comme moi je suis saint» disait Jésus. L’Église rappelle que toute vie chrétienne doit tendre vers une vie de saint. Il existe deux grandes catégories, les confesseurs et les martyrs . Dans la première, on trouve des prêtres, des religieuses, des célibataires et des gens mariés, tous des croyants qui ont essayé toute leur vie de suivre les conseils et les enseignements du Christ. Parfois dans la discrétion comme la petite Thérèse , ou dans une vie publique comme Saint-Vincent-de-Paul . Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui ont sacrifié leur vie, comme le Christ crucifié, plutôt que de renier leur foi: ainsi, les apôtres, Saint-Pierre , crucifié tête en bas, ou Saint-Barthélémy , écorché vif.

Quelle hiérarchie jusqu’à la sainteté?

Un candidat à la sainteté doit être décédé et avoir eu une vie exemplaire. Il devient candidat lorsqu’un baptisé en fait la demande. Ensuite, il doit franchir toutes les étapes de la hirérarchie avant d’éventuellement devenir saint. «La personne défunte est d’abord qualifiée de «vénérable», explique le site Et Dieu dans tout ça , et peut alors recevoir un culte local. Elle peut ensuite être béatifiée suite à une béatification, atteint alors le rang des «bienheureux» et peut faire l'objet d'un culte plus généralisé. Enfin, le saint fait, lui, l'objet d'un culte universel». Si Jean-Paul II est consacré saint, il sera fêté chaque 2 avril. On créera alors des statues et des peintures à son effigie tandis que l’on honorera ses reliques. Encore faut-il, pour accéder à ce grade suprême, qu’un deuxième miracle soit reconnu par le Vatican.

Comment démarre la procédure?

Tout commence dans le diocèse, cinq ans au minimum après la mort du candidat. «La première étape vers la sainteté, peut-on lire sur le site de linternaute , est donc l'ouverture de ce que l'on appelle un «procès en béatification (…) De façon plus courante, c'est un évêque qui prend l'initiative d'engager la procédure pour un fidèle particulièrement méritant de son diocèse. Il confie ensuite l'enquête à un prêtre ou un religieux, appelé «postulateur de la cause», chargé de monter un dossier selon des critères bien précis».

Quelles sont les vertus nécessaires?

De nos jours, il n’y a que très peu de martyrs, aussi les vertus chrétiennes sont-elles des critères pour prétendre à la sainteté. Le «postulateur» se charge de démontrer «l’héroïcité» des vertus du postulant. Ainsi, Mère Teresa , bienheureuse, a été reconnue comme un modèle de bonté et d'altruisme pour toute la communauté catholique: cette religieuse albanaise catholique a consacré sa vie aux enfants des rues, aux malades du sida, de la lèpre et de la tuberculose, et à la fondation de la congrégation des Missionnaires de la charité à Calcutta. Outre les vertus propres du futur saint, il s’agit de juger sa réputation, c’est-à-dire son rayonnement spirituel. Des personnalités catholiques françaises, telles que l’abbé Pierre ou sœur Emmanuelle bénéficiaient de cet incontestable rayonnement, nécessaire, mais pas suffisant.

Qui juge ensuite?

Après l’enquête du diocèse, la Congrégation pour les causes des saints, une administration de la Curie romaine , étudie les dossiers des procès en béatification. Composé d’évêques et de cardinaux, il est présidé par un préfet (cardinal), assisté d’un secrétaire (évêque) lui-même entouré de théologiens et d’historiens. Tous étudient le dossier face à «l’avocat du diable» , une sorte d’avocat général qui a pour mission de rechercher les éléments défavorables au postulant au regard de la foi.

Faut-il un miracle?

Toute béatification ou canonisation exige un miracle durant la vie du postulant. Il s’agit d’un fait irréfutable, qui ne doit pas être prouvé par la science et qui démontre la confirmation par Dieu de cette vie vertueuse. Il faut donc accumuler des témoignages oculaires et des avis de médecins et d'experts. Pour Jean-Paul II, Linternaute raconte ainsi la guérison «miraculeuse» de Sœur Marie-Simon-Pierre: «En juin 2001, alors âgée de 40 ans, la sœur apprend qu'elle est atteinte de la maladie de Parkinson, la même maladie que Jean-Paul II. Elle reste cependant en activité, comme infirmière surveillante, à la maternité de l'Étoile de Puyricard, près d'Aix-en-Provence. Petit à petit, la maladie neurodégénérative prend possession de tout son corps, l'empêchant d'écrire, puis de se mouvoir» Peu après la mort du pape, «elle annonce à sa supérieure qu'elle va arrêter son service (…) Pourtant dans la soirée, elle est prise d'une irrépressible envie d'écrire. Cette fois-ci, son écriture est nette. Dans la nuit, les douleurs ont disparu. Peu de temps après, elle décide d'arrêter son traitement. Son neurologue n'en revient pas: la guérison est spectaculaire».

Une affaire religieuse et… politique?

Benoit XVI béatifie ce 1er mai un pape qui a contribué au réveil de la foi catholique et à l'effondrement du bloc soviétique. Auparavant, il a canonisé un Brésilien, frère Galvão, dans un pays où, malgré 140 millions de catholiques, le christianisme est désormais en perte de vitesse (74% «seulement» de croyants en 2000 contre 84% dix ans plus tôt). Si des éléments sociologiques et politiques entrent ainsi en ligne de compte, la France pourrait un jour avoir un bienheureux ou un saint en la personne de l'abbé Pierre ou de sœur Emmanuelle.

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