La bactérie tueuse aux 37 morts: c'étaient les graines germées !

La bactérie baptisée «O104» qui a tué 37 personnes en Europe et en a contaminé 4000 provient des graines germées d'une ferme bio de Basse-Saxe.

Depuis plus d'un mois, la bactérie mortelle sévit toujours dans le Nord de l'Allemagne où elle a déjà fait 36 victimes dont un bébé de 2 ans (ainsi qu'une en Suède) mercredi 15 juin. Près de 4000 personnes ont été infectées et plusieurs centaines hospitalisées pour un syndrome hémolytique et urémique ( SHU ) à Francfort, à Brême,en Basse-Saxe, affirme l'Institut Robert-Koch mais aussi ailleurs dans 14 pays d'Europe. Les chercheurs allemands ont mis au point un test pour identifier les malades touchés par ce colibacille.

Les concombres et les tomates espagnols ne sont pas responsables ni le restaurant de poisons de Lubeck un moment suspecté, près de Hambourg. Le biogaz a aussi été mis hors de cause. En revanche, une ferme bio qui faisait pousser des graines germées au sud de Hambourg, en Basse-Saxe , a été formellement désignée. Une centaine de personnes au moins ont consommé les graines de l'exploitation Gärtnerhof à Bienenbüttel, un plat dont raffolent les Allemands.

La France touchée elle aussi.

  • Une cellule de crise.
Une cellule de crise a été activée en France pour suivre l'évolution de la contamination bactérienne, a annoncé François Baroin, porte-parole du gouvernement. Mise en place à la suite du Conseil des ministres, mercredi 1er juin, «elle réunit l'Institut de veille sanitaire, la direction générale de la Santé, la direction générale de la Concurrence et de la répression des fraudes, pour respecter le principe de précaution.»

  • 13 cas dans notre pays.
Trois Français qui revenaient d'un séjour en Allemagne et qui avaient consommé des concombres ont été hospitalisés en France et des analyses sont en cours pour découvrir si elles sont atteintes de la même bactérie. Leur état de santé n'est pas inquiétant , a révélé dimanche 29 mai Françoise Weber, directrice de l'Institut français de veille sanitaire. Un quatrième cas a été révélé lundi 30 mai par Le Parisien , puis deux autres cas de «diarrhées sanglantes» par France-Soir . Ces derniers seraient originaires de Brest et ont été admis à l'hôpital de la Cavale Blanche. Vendredi 3 juin, deux autres Français ont été hospitalisés.Tous ces malades revenaient du nord de l'Allemagne. Mercredi 8, l'Institut de veille sanitaire évoquait «13 cas de diarrhées sanglantes» .

  • Si vous rentrez d'Allemagne.
La Commission européenne a lancé jeudi 26 mai une alerte pour informer que des concombres importés d'Espagne étaient sans doute l'un des vecteurs de transmission de la bactérie Escherichia.coli enterohémorragique (Eceh) . Mais ces légumes semblent désormais hors de cause. L'UE recommande «aux personnes ayant récemment effectué une visite en Allemagne de faire attention à des symptômes tels que des diarrhées accompagnées de saignements et de consulter leur médecin».

Inquiétude en Europe

  • Une psychose anticoncombre.
Il n'y a pas de bacilles dans les légumes français, qu'ils soient d'origine biologique ou non. Personne n'a été infecté sur le sol français. On peut donc consommer sans risques les crudités, comme l'a fait Bruno Le Maire, le ministre de l'Agriculture, le 8 juin, à la demande des maraîchers. Pourtant, l'inquiètude est telle chez les consommateurs que 80% de la récolte des concombres est régulièrement détruite et que les maraichers européens, français et espagnols notamment, ont déjà subi une perte de 200 millions d'euros. L'Espagne, le Portugal et la France ont demandé une indemnisation à l'UE qui a décidé de verser 210 millions aux agriculteurs européens .

  • Une Suédoise décédée.
Treize malades danois a dû être hospitalisé, ainsi qu'une trentaine de Suédois, parmi lesquels un groupe de golfeurs. Six personnes ont été soignées en Hollande, plusieurs autres en Grande-Bretagne et aux États-Unis, affirme encore la presse allemande. Sept cas de Britanniques malades ont été signalés jeudi 2 juin et tous rentraient d'Allemagne. Une femme suédoise est décédée mardi 31 mai. Plusieurs pays d'Europe dont la Russie ont interdit l'importation de concombres, tomates, salades et aubergines d'Espagne, avant de lever cet embargo.

Quelle est cette bactérie?

  • C'est une bactérie intestinale.
Elle se développe notamment dans les matières fécales des ovins et des bovins. Ce colibacille, appelé «O104» entraîne des diarrhées hémorragiques. « Secondairement», explique Gilles Salvat , directeur de laboratoire à l'Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses), «quelques jours ou quelques semaines après l'infection, elle peut aussi, chez certains patients, occasionner un syndrome urémique hémolytique susceptible de conduire à une insuffisance rénale majeure. Les cas graves cités jusqu'ici en Allemagne correspondent à cette complication. «O104» peut également être responsable de purpura thrombotique et thrombocytopénique , une maladie qui touche le sang et provoque des hémorragies un peu partout dans le corps».

  • Une bactérie mortelle.
La bactérie détruit les reins et elle est résistante aux antibiotiques. «Nous craignons de perdre d'autres patients», explique le docteur Rolf, néphrologue à l'hôpital de Hambourg-Eppendorf. Plus de 50 malades y sont hospitalisés et certains, qui ont perdu leurs reins en quelques jours, sont sous dialyse. De plus, comme la période d'incubation est d'une dizaine de jours, le médecin s'attend à de nouveaux malades, selon diepresse.com.

  • Pas le biogaz, mais les graines germées.
Les concombres, les tomates et les salades espagnols consommés crus ne sont donc pas responsables, ni même le restaurant de poissons situé sur le port Lübeck, au nord d'Hambourg un temps suspecté. L'enquête qui s'est dirigé vers les centres de production de biogaz nombreux en Allemagne (du gaz méthane né naturellement de la fermentation du fumier et des matières fécales des animaux de ferme) a abandonné cette piste. Le gaz sert comme énergie tandis que les déchets organiques sont réutilisés comme engrais dans les exploitations agricoles. L'autre piste, celle d'une exploitation agricole biologique spécialisée dans les graines germées et installée à 80 km au sud de Hambourg a été finalement reconnue comme à l'origine d'une centaines de malades consommateurs de ces aliments. On le voit, l'enquête a enfin débouché sur du concret.

Quels sont les risques?

  • Les symptômes.
Bruxelles recommande d'être attentif aux premiers signes d'infection: d'abord des maux de ventre, de violentes migraines, une diarrhée liquide ou sanglante, et même des saignements de nez.

  • Des femmes contaminées.
Les chercheurs de l'institut Robert-Koch ont découvert que les victimes étaient surtout des femmes, très attentives à «manger naturel», qui auraient contracté la maladie en préparant la cuisine. Après avoir envisagé qu'elles l'avaient contractée en épluchant les légumes, ils enquêtent pour savoir si elles ont préparé du poisson.

  • Les personnes fragiles.
En Allemagne, ce sont des femmes jeunes qui sont touchées, pour les deux-tiers des malades. Mais en général, la diarrhée hémorragique frappe d'abord des personnes très fragiles, comme les personnes âgées ou les jeunes enfants. A Francfort, l'office sanitaire a fermé un temps deux cantines d'une filiale de Sodexo où des produits alimentaires suspects avaient été livrés: on a identifié des malades parmi les enfants et le personnel.

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