La vivisection animale est-elle vraiment utile?

Les militants antivivisection ont dénoncé samedi 23 avril les expériences sur les animaux qu'ils jugent «barbares et inutiles». Éléments pour un débat.
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Un millier de militants d’associations antivivisection venus de Belgique, de Suisse, d’Italie et de toutes les régions de France ont manifesté samedi 23 avril pour protester contre l'utilisation des animaux dans les expériences des laboratoires. «Mobilisés à l'appel de International Campaigns , écrit l’ Agence France-Presse , un collectif d'associations créé en 2003 en France, les manifestants se sont réunis en début d'après-midi devant l'Hôtel de Ville, à l'occasion de la « journée mondiale des animaux de laboratoire » . D'autres rassemblements était prévus simultanément en Grande-Bretagne, selon Christophe Marie de la Fondation Brigitte Bardot».

Un tour de France en vélo

«Les associations, poursuit l'AFP, parmi lesquelles la Fondation Brigitte Bardot, Antidote Europe, Gaia, Animaux en péril (Belgique), Equivita (Italie) ont accueilli un «cycliste militant» qui achevait à Paris, à l'occasion de cette «marche européenne», un tour de France à vélo pour sensibiliser l'opinion». Il s’appelle Benoit Laurioz et il a quitté Montpellier le 2 avril dernier. Le 12, il était à Mâcon quand il a rencontré les journalistes de France 3 Bourgogne : «Il traîne derrière lui une petite remorque, sur laquelle trône une affiche annonçant la manifestation européenne contre la vivisection qui aura lieu dans deux semaines à Paris (…) A chaque arrêt, il explique l'objectif de sa démarche : il veut dénoncer le modèle animal utilisé par les chercheurs pour évaluer et valider les futurs médicaments. Cette technique doit être remise en question, estime-t-il. «Des résultats fiables peuvent être obtenus en employant des méthodes de substitution modernes, éthiques», par opposition à l’expérimentation animale».

Qu’est-ce que la vivisection ?

«La vivisection, note Wikipedia , est une dissection opérée sur un animal vertébré vivant, à titre d'expérience scientifique, en particulier dans le but d'établir ou de démontrer certains faits en physiologie ou en pathologie. D'une manière générale, elle désigne toute opération chirurgicale invasive à titre expérimental» et concerne d'abord les animaux. Mais rappelons qu'elle a été pratiquée sur les humains, les prisonniers, par les nazis et par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

Parmi les antivivisectionnistes, poursuit le site encyclopédique, «les uns soutiennent que l'expérimentation sur les animaux est scientifiquement inefficace et qu'il est possible de la remplacer par d'autres méthodes; les autres (…) jugent que l'expérimentation animale doit être condamnée sur le plan de la morale, sans qu'on ait à savoir si elle est utile ou non pour le progrès médical et scientifique».

Combien d’animaux en laboratoire?

«12 millions est le nombre officiel d’animaux «sacrifiés» chaque année dans les laboratoires de l’Union européenne, affirme le site actuanimaux.com , des animaux toujours plus nombreux à être utilisés dans les laboratoires européens (dont plus de 10 000 primates par an), comme le signale le 6e rapport statistique européen publié à l’automne 2010». «À l’instar des précédents rapports, les rongeurs et les lapins représentent plus de 80 % du nombre total d'animaux utilisés dans l'UE. Les animaux à sang froid, tels que les reptiles, les amphibiens et les poissons, sont la seconde catégorie d’animaux la plus utilisée (9,6 %), suivis des oiseaux (6,3 %)», écrit univers-nature.com .

À quoi sont-ils utilisés? Contrairement aux militants antivivisection (parmi lesquels on trouve de plus en plus de scientifiques), des biologistes et des médecins estiment que le recours à l’animal est irremplaçable «lorsqu'il s'agit d'étudier simultanément les impacts nerveux, hormonaux et humoraux d'une pathologie sur l'organisme». Mais les recherches, estime Wikipedia , «s'étendent aux cosmétiques, aux recherches spatiale, militaire... De même, certains soulignent que «plus l’intérêt économique est grand plus les moyens vous sont accordés. A savoir que la recherche en cosmétologie est la plus consommatrice d’animaux.»

La Semaine mondiale contre la vivisection

La veille de la grande manifestation parisienne, Daniel Lacourt, un informaticien président d’Animal Amnistie, a fait, quant à lui, étape à Toulouse où il a mis en scène la vivisection d’un homme et d'une femme, assis sous un drap blanc sur la place du Capitole, avec cette affichette : «On a testé des cosmétiques, des médicaments sur moi». Il a déclaré à cette occasion au quotidien régional La Dépêche : «On relaie une campagne nationale, la Semaine mondiale pour les animaux de laboratoire, qui a lieu tous les ans, à la même époque. On demande l'abolition pure et simple de la vivisection, des tests sur les animaux». Et d’expliquer qu’«il y a encore une centaine de labos qui pratiquent la vivisection pour les cosmétiques, les médicaments. Il faut appliquer une nouvelle réglementation européenne».

Que dit la directive européenne?

Sur actuanimaux.com , on découvre que «la directive européenne 2010/63/EU relative à la «protection des animaux utilisés à des fins expérimentales ou à d’autres fins scientifiques», constitue le principal texte législatif communautaire concernant les animaux dans les laboratoires. Cette directive (…) devra être transposée dans les pays membres de l’Union européenne (UE) d’ici janvier 2013». Or, ce nouveau texte «a été fortement dégradé par le vote de nombreux amendements émis sous la pression des industriels et des fournisseurs d’animaux, affirme le site. Il prévoit notamment de réutiliser plusieurs fois le même animal si la douleur de l’expérience est considérée comme faible ou modérée ou de laisser à l’appréciation du chirurgien la possibilité d’anesthésier l’animal. De plus, le recours aux méthodes de substitution validées scientifiquement n’est plus obligatoire et ce texte autorise également les expériences sur les chats et aussi d’utiliser des animaux domestiques errants dans le cadre de dérogations au contenu flou».

Des résultats «contradictoires»

«Dans les laboratoires de vivisection en Europe, un animal meurt toutes les trois secondes», disent les affiches des militants à la manifestation parisienne. Or, ces expériences seraient inutiles car leurs résultats s’avéreraient contradictoires, explique à son arrivée à Paris Benoit Laurioz, le cycliste militant de la cause animale au quotidien Libération : «Mon idée, c'était d'attirer l'attention sur ce combat plutôt caché (...) Mais depuis plusieurs années des voix de chercheurs s'élèvent, on a de nouveaux arguments scientifiques contre la vivisection. Aucun animal n'a le même modèle biologique que l'homme, ils ne réagissent donc pas de la même manière. Pour montrer qu'une substance n'est pas cancérigène par exemple, les laboratoires la testent sur plusieurs espèces. Certaines développeront un cancer, les autres pas. C'est la raison pour laquelle on voit souvent des études contradictoires, par exemple sur les effets de l'aspartame ou du téléphone portable». C’est le cas du Médiator. Le docteur Irène Frachon , qui a dénoncé la première la dangerosité du médicament, écrit dans son livre qu’«il avait été jugé sans danger après des tests sur des souris».

Des méthodes de substitution ?

Daniel Lacourt, président d’Animal Amnistie évoque une technique qui commence à s’appliquer dans notre pays: «On a en France un labo scientifique qui fait des tests toxicologiques sur des cultures de tissus humains, pour vérifier l'innocuité des produits. On a aujourd'hui des alternatives fiables»

Benoit Laurioz confirme: « Plusieurs méthodes de substitution se sont développées ces dernières années. Par exemple, on a mis au point des laboratoires sur puces capables de reproduire la complexité de l'organisme humain. Les chercheurs peuvent aussi utiliser la modélisation informatique, ou la toxicogénomie , qui permet de connaître les effets des substances sur le corps. Ces techniques donnent des résultats précis, fiables et immédiats. Mais les laboratoires répondent à des intérêts économiques, il faudra une véritable volonté politique pour changer les choses».

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