Laïcité: faut-il interdire les chemins de croix à Pâques?

Vendredi 22 avril, les chemins de croix catholiques ont été moins nombreux en France. Faut-il les cantonner à l'intérieur des églises au nom de la laïcité?
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Les chemins de croix sont encore vivaces, partout dans le monde, pendant le Carême et surtout le Vendredi Saint. Ils sont de deux catégories qui se rejoignent. «La cérémonie comporte parfois une procession, interrompue par des prédications, des méditations et des prières, effectuée en s'arrêtant devant 14 tableaux, crucifix ou autres symboles disposés soit autour de l'église ou d'un lieu attenant (généralement une voie reproduisant la montée au calvaire ), soit dans l'église», écrit Wikipedia .

Dans les églises oui, mais dans les rues?

Les églises étant des lieux privés réservés aux pratiquants de la foi catholique, les fidèles peuvent, à leur gré, déambuler à l’intérieur en s’arrêtant devant chacune des stations qui commémorent la Passion du Christ et qui ont une signification précise durant le XVIe siècle:

  1. Jésus est condamné à être crucifié
  2. Jésus est chargé de sa croix
  3. Jésus tombe pour la première fois sous le poids de la croix
  4. Jésus rencontre sa mère
  5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
  6. Sainte Véronique essuie le visage de Jésus
  7. Jésus tombe pour la deuxième fois
  8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem qui pleurent
  9. Jésus tombe pour la troisième fois
  10. Jésus est dépouillé de ses vêtements
  11. Jésus est cloué sur la croix
  12. Jésus meurt sur la croix
  13. Jésus est détaché de la croix et son corps est remis à sa mère
  14. Le corps de Jésus est mis au tombeau
le débat sur la laïcité les concours qui se déroulaient pendant Pessah «la fille aînée de l’Église»

Un défilé à Blois, à Laval et à Paris

Ainsi, Mgr de Germiny, évêque de Blois, qui a participé vendredi au défilé dans les rues de cette cité, est interrogé sur cette question par La Nouvelle République dans son édition du 23 avril: «Le chemin de croix a lieu dans la rue, alors que le gouvernement, par la voix de Claude Guéant, souhaite supprimer les prières des musulmans sur la voie publique. Qu'en pensez-vous ?» Et l’évêque répond : «La manifestation du religieux ne peut qu'être perceptible dans les lieux publics. Une église, ça se voit. Pour un mariage, un enterrement ou un baptême, on sonne les cloches! La vie des communautés religieuses fait partie du «vivre ensemble» - pour reprendre une expression du président - nécessaire à un pays. Le chemin de croix qui a lieu à Blois a été soumis à l'autorisation du maire. De gros efforts doivent être faits de la part de la société française pour que le culte musulman puisse se dérouler dans des conditions dignes. Si des musulmans se réunissent dans la rue, c'est parce qu'ils ne peuvent pas aller ailleurs.»

«La procession du chemin de Croix dans le centre-ville de Laval (Mayenne) a rassemblé, ce vendredi, environ 650 catholiques, écrit de son côté Ouest-France . Le chemin de croix fait mémoire de la Passion et de la mort de Jésus-Christ. Une dizaine de militants du Parti de gauche et du Parti radical de gauche se sont rassemblés devant le tribunal pour protester contre cette prière dans l’espace public». Dans un communiqué de presse, le Parti de gauche de la Mayenne a réaffirmé son attachement «à la laïcité de la République»: «La liberté de culte est un droit absolu mais l’expression des croyances religieuses doivent se cantonner à la sphère privée. L’an passé, le Parti de gauche posait déjà la question: «Accepterait-on une telle manifestation publique pour une autre religion?».

Ouest-France évoque aussi samedi 24 le défilé des Sables-d’Olonne: «Les fidèles de la paroisse de Sainte-Marie-des-Olonnes ont défilé sur la plage pour le Vendredi Saint. Des tableaux vivants, joués par des élèves d’établissements catholiques, ont représenté plusieurs stations de la passion du Christ. Cette parade peu ordinaire a attiré des touristes. Curieux mélange que ce rassemblement religieux au milieu des vacanciers, en pleine séance de bronzage».

Un défilé interdit pour «trouble de l’ordre public»

Et à Paris? Comme chaque année, plusieurs défilés ont été organisés, notamment pour les étudiants catholiques, mais aussi pour les malades et les prisonniers. Mgr André Vingt-trois, cardinal de Paris, a présidé le chemin de croix au Sacré-Cœur de Montmartre (18e) devant plusieurs milliers de fidèles et de touristes mêlés. Il semble cependant que cette fois-ci, un mot d’ordre de discrétion avait été donné. Ainsi, les photographes et les caméras ont été moins nombreux que les années précédentes, notamment l’an passé où le prélat avait été filmé pendant la cérémonie.

On est donc loin des chemins de croix très assumés par l’Église catholique, quand Mgr Lustiger, en 2002 , par exemple, s’épuisait à porter, avec un sourire affiché, la croix du Christ.

Il faut dire que le climat a changé autour des manifestations religieuses ostentatoires. Ainsi, peut-on lire sur Facebook, la réaction scandalisée d’un internaute après l’interdiction d’un chemin de croix dans un quartier de la capitale: «Ce matin, à la fin de l'office à Notre Dame des Victoires (Paris 2), le curé informe que la Ville de Paris a interdit l'organisation du traditionnel chemin de croix du vendredi de carême, expression paisible et populaire de dévotion catholique. Ce chemin de croix commence sur le parvis avant de pénétrer dans l'édifice ouvert à tous. Cette interdiction à pour motif : «trouble à l'ordre public». Et ce catholique de s’étonner: «Curieusement la gay-pride ne constitue pas un trouble à l'ordre public... Une pétition est en cours de signature».

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