L'avion présidentiel à Séoul : retour sur une polémique

Nicolas Sarkozy a inauguré jeudi 11 novembre «Air Sarko One» lors du voyage de 9000 km entre Paris et Séoul, pour se rendre au G20.
9

Pour la première fois depuis son acquisition en 2008 et son aménagement particulier, et après avoir effectué cinq fois le tour de la Terre pour vérifier qu’il fonctionne bien, l’Airbus A 330-200 présidentiel a décollé jeudi 11 novembre de l’aéroport d’Orly avec à son bord, son hôte prestigieux et sa famille, ainsi que ses collaborateurs et ministres les plus proches. Direction, Séoul, en Corée, où se déroulent les réunions du G20, le Groupe des 20 pays dont Nicolas Sarkozy doit prendre la présidence pour un an .

C’est un équipage de l'Escadron de transport, d'entraînement et de calibration du ministère de la Défense, basé à Évreux (Eure) sur la base militaire 105, qui pilote l'Airbus et qui a la responsabilité des voyages présidentiels.

Ce baptême de l’air devait durer plus de 7 heures et 9000 km au cours desquelles le Président français a pu tester les aménagements spéciaux réalisés pour son usage personnel, notamment les télécommunications sécurisées, la salle de travail et le salon de télévision. L’occasion pour Suite101 de faire le point sur les informations, les rumeurs et les exagérations qui ont suivi l’annonce de l’achat du «Air Sarko One» par les services de l’Élysée.

Cet achat était-il indispensable?

Sans doute. Le Président disposait depuis 2002 de deux Airbus A-319, mais ces avions étaient obsolètes et mal équipés. D’une part, ils disposaient d’une autonomie insuffisante: 7000 km alors que le nouvel appareil possède 12 500 km de rayon d’action; d’autre part, la salle des télécommunications n’était pas fiable: les conversations étaient souvent interrompues et aucun cryptage sérieux n’était possible, rendant par exemple inenvisageables des conversations classées «secret défense». Par ailleurs, la sécurité elle-même du Président n’était pas assurée correctement. Désormais, l’A 330-200 dispose de deux leurres anti-missiles nucléaires sur les ailes, et il est systématiquement accompagné par deux appareils de type Falcon 7X.

«En juin dernier, explique RTL , le ministère de la Défense avait expliqué que «la décision de doter la flotte gouvernementale d'un avion long courrier doté de moyens de communication modernes et sécurisés répond à un besoin avéré auquel les capacités actuelles de l'armée de l'Air ne permettent pas de répondre».

L’avion présidentiel est-il trop cher ?

Il a été acheté d’occasion en «troisième main», au prix de 60 millions d’euros. L’appareil date de 1998 et a déjà 45 000 heures de vol. Ses propriétaires ont été successivement la Swiss Air et Air Caraïbes. Le président a souhaité acheter un avion d’occasion pour ne pas apparaître comme dépensier en cette période de crise économique qui frappe l’ensemble des Français.

En fait, c’est l’aménagement de l’avion qui a coûté cher, portant le prix total à 176 millions d’euros. Mais il faut déduire de cette somme la revente des deux Airbus à des chefs d'État étrangers, pour une valeur d'environ 60 millions d'euros.

Alors, pourquoi les critiques ?

On ne prête qu’aux riches. Nicolas Sarkozy a connu une période «bling-bling» en 2007, pendant la première année de son mandat. Les lunettes Ray Ban, la montre Rolex, les vacances sur le yacht de son ami Vincent Bolloré... Tout ce goût pour le luxe ont laissé planer le doute sur la nature de cet achat. Était-il bien utile ? Le Président ne voulait-il pas simplement rivaliser avec Barak Obama qui dispose du «Air Force One», un palace volant en même temps qu'un centre de commandement inégalable, qui a coûté 1,5 milliard de dollars? D’où le nom donné par les commentateurs à l’avion présidentiel français, «l’Air Sarko One»...

Un aménagement somptueux ?

En fait, c’est l’aménagement de l'Airbus, jugé somptuaire par Le Canard Enchaîné en juillet 2010, qui a déclenché toutes sortes de rumeurs : il évoquait l’installation d’«une salle de bains avec baignoire-sabot» et bains à remous, ainsi que l’aménagement d’un salon de grand luxe, d’une salle à manger avec cuisine, et d’une chambre avec un lit géant. Le quotidien Les Dernières Nouvelles d’Alsace parlait, quant à lui, d’un four à pizza. Des informations que l’Élysée a cru bon de démentir aussitôt tandis que Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l’UMP, ironisait sur Europe 1 : «Pourquoi pas un court de tennis, une piscine ou même un terrain de golf ?»

En fait, les aménagement de cet avion sont confortables et pratiques, mais a priori pas ostentatoires, comme on peut l'imaginer en étudiant les plans présentés dans le diaporama proposé par Le Figaro. Un petit salon télé avec kichenette, une chambre avec salle de douche, une grande salle de réunion, une infirmerie, une salle de télécommunications et 60 sièges type «business» composent l’essentiel de l’habitacle.

L’armée, banquier de l’Élysée ?

On doit croire sur parole les services de l’Élysée qui parlent d’un aménagement «normal, sans plus», car même Jean-Claude Viollet, le député PS de la Charente, rapporteur de la commission de la Défense nationale et des forces armées, n’a pu visiter «Air Sarko One», malgré ses demandes répétées. «On m'a expliqué qu'il y avait des problèmes de disponibilité et que ce n'était pas possible», dit Jean-Claude Viollet au quotidien La Charente Libre .

Dans son rapport, il a écrit: «Ce refus s'ajoute à une communication malheureuse laissant l'impression d'une opération que l'on voudrait confidentielle.» Sans contester l’achat, le député préfère attirer l’attention sur la facture de 176 millions d'euros et sur les comptes de l'armée: « Être banquier, ce n'est pas le cœur de métier de l'armée. Pour 2009, il y a 5 millions d'euros d'impayés de la part des ministères pour l'utilisation de ses avions, dont 3,5 millions pour le seul Élysée. Pour le premier semestre 2010, il y a aussi 5 millions non réglés…»

Sur le même sujet