Le manuel de campagne du candidat Sarkozy passé au crible

Cette fois, c'est presque sûr: il compte se représenter en 2012. Le président-candidat vient de livrer à ses fidèles son bilan. Analyse.

L’Élysée a dévoilé vendredi 23 avril un document de 73 pages qui vante, dossier par dossier et réforme par réforme, les quatre années de Nicolas Sarkozy à la tête de la France. La sécurité intérieure, l’économie, le social et même la diplomatie sont passés en revue à travers le prisme sarkozyste et ne laissent que peu de place à l’autocritique. En conclusion, ce qui n’a pas été fait le sera dans l’année qui vient ou ne le sera pas, à cause de la crise.

Une photographie ou de l’autocongratulation?

«Le but: «une photographie aussi exacte que possible de l’action du président de la République et du gouvernement, présenter des faits et uniquement des faits au jugement des Français», peut-on lire dans le texte introductif», rapporte Le Nouvel Observateur qui corrige aussitôt: «Il s'agit plutôt d'une grande démonstration d'autocongratulation sur les réformes engagées dans les domaines «de l’emploi, de la sécurité, de l’autorité et du pouvoir d'achat».

«Dès le 12 mai prochain, à la télévision, annonce La Tribune , le Premier ministre François Fillon devrait décliner les différents thèmes développés dans ce document. Si comme on l'a vu avec Lionel Jospin en 2002, un candidat ne peut se limiter à compter sur un bilan pour se faire élire, il est impératif de pouvoir s'appuyer sur un socle de réformes menées à bien afin de pouvoir convaincre les électeurs que le sortant est en mesure de terminer les chantiers à venir».

Insécurité et immigration: un président «protecteur» ?

«Dans ce bilan, Nicolas Sarkozy endosse l'habit d'un président protecteur, note Le Journal du Dimanche . Le verbe «protéger» semble apparaître à chaque page du document». Et Nicolas Sarkozy d’évoquer quatre thèmes.

  • La sécurité intérieure. «Au chapitre

    «Protéger les Français», écrit 20minutes.fr , le document évoque le développement de la vidéo surveillance «actuellement 35 000 caméras en France, 45 000 d'ici fin 2011 pour atteindre 60 000 fin 2012», tout comme l’adoption de la loi Loppsi 2 du 14 mars 2011, «qui introduit des peines plancher prononcées contre les auteurs de violences aggravées, dès le premier acte; des sanctions aggravées contre les auteurs de cambriolages et de vols au préjudice de personnes vulnérables, une aggravation des peines pour les meurtriers des policiers et gendarmes». Quant à «la réforme du droit des mineurs», la mesure sera examinée par le Parlement cet été». Mais 20minutes rappelle que «s’il y a eu une baisse globale de la délinquance de 2,1%, le nombre des violences faites aux personnes enregistré par la police et la gendarmerie a augmenté de 2,5 % en 2010 ».

  • L’immigration. «Sans évoquer les Roms et les gens du voyage , le document défend la politique d'immigration menée depuis 2007, écrit Le JDD . Plus de sécurité et moins d'immigration clandestine, ainsi pourrait-on résumer les chapitres concernés. L'Élysée justifie l'abandon de «l'immigration choisie» par la crise, qui reste, selon le livret, le fait majeur du quinquennat. Les difficultés économiques de la France expliqueraient la nécessité d'une «immigration légale» plus stricte. Dans cet objectif, l'Élysée soutient son ministère de l'Intérieur, Claude Guéant, dépeint comme l'homme de la situation». `
Chômage et pouvoir d’achat: un combattant?
  • Le chômage et la crise. «Le chef de l'État a tout fait pour limiter l'impact de la crise qui s'est abattue sur la France à l'automne 2008, s’enthousiasme de son côté Le Figaro . Il a augmenté provisoirement les effectifs de Pôle emploi, dont il a maintenu la fusion malgré tout, pour accueillir l'afflux de chômeurs supplémentaires (…) Il a augmenté la participation de l'État au financement du chômage partiel pour éviter que les salariés victimes de la crise ne soient licenciés… Grâce à ces mesures, et à d'autres, le nombre de chômeurs a moins augmenté pendant la crise que dans la plupart des pays occidentaux».
  • Le pouvoir d’achat. «Alors que son image de président du pouvoir d'achat est écornée, déplore Le Nouvel Observateur , et que la dernière mesure annoncée – la prime aux salariés - ne devrait finalement pas faire beaucoup d'heureux, le fascicule reprend le slogan de la campagne présidentielle de 2007: «permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus et de gagner plus».

Le président de «la justice sociale»?

«Au chapitre «Bâtir une France plus juste», relève Le JDD , est souligné que «le président de la République a décidé de faire de la réforme de la fiscalité du patrimoine l'un des chantiers majeurs de l'année 2011. D'ores et déjà, la suppression du bouclier fiscal a été décidée et les travaux se poursuivront jusqu'au vote de nouvelles règles fiscales à la fin du printemps». Le bouclier fiscal, «le» loupé du mandat de Nicolas Sarkozy, note l'hebdomadaire: «Instauré dans les premiers jours de la présidence, érigé en totem de la rupture par Nicolas Sarkozy, il a finalement été supprimé, sous la pression des députés. C’était le symbole d’une présidence «qui ne prête qu’aux riches»». Le Figaro quant à lui met au crédit du président la réforme contestée des retraites .

Réussit-il dans les crises internationales?

«Le 17 mars dernier, à l'ONU, écrit encore Le Figaro , la France faisait voter la résolution 1973 du Conseil de sécurité ouvrant la voie à l'intervention en Libye. Paris a alors pris la tête du front anti-kadhafi . La diplomatie française était de retour, renouant avec un activisme dont Nicolas Sarkozy a fait sa marque de fabrique. Dès son élection, le chef de l'État s'est déployé tous azimuts sur la scène internationale. La méthode fait ses preuves pour secouer le cocotier européen lors de la présidence française de l'UE en 2008 . Les Vingt-Sept se placent en pole position dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cette ardeur diplomatique lui permet de désamorcer la guerre en Géorgie. Et lorsqu'éclate la crise financière, Nicolas Sarkozy est aux avant-postes.» Le Figaro nuance cependant: «Faisant souvent cavalier seul, Nicolas Sarkozy prend le risque d'irriter ses partenaires. Avec Angela Merkel , les heurts sont surmontés mais la crise n'est jamais loin».

Un autoportrait pour un 2e mandat?

Cet autoportrait, disponible sur le site de la présidence de la République , est-il convaincant? «Comme en 2009 et 2010, les services du chef de l'Etat diffusent ce petit fascicule tiré à 5000 exemplaires pour un coût de 8500 euros, peut-on lire vendredi sur europe1.fr . Il est destiné aux membres de la majorité, ainsi qu’aux «leaders d’opinion» du pays, dixit le document. L’objectif est double: remobiliser une droite qui commence à douter , mais aussi lui fournir arguments et éléments de langage pour repartir à la conquête de l’opinion . Et la tâche s’annonce ardue, à en croire les derniers sondages . La cote du président se maintient sous le seuil de 30% d'avis positifs, selon les dernières enquêtes d'opinion publiées».

«Selon toute probabilité, conclut Le Nouvel Observateur , Nicolas Sarkozy devrait être candidat à sa propre succession. Les électeurs diront l'année prochaine s'ils croient en ce portrait d'un président «protecteur», rempart contre la crise, l'immigration et la délinquance».

Sur le même sujet