Le Téléthon aura lieu les 3 et 4 décembre malgré la polémique

L'émission fêtera bien sa 24e édition sur France Télévisions avec Sophie Davant et Nagui. Mais l'an prochain, la formule sera «rénovée».
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Le Téléthon a réussi, malgré lui, à faire beaucoup parler cette année encore. Jeudi 4 novembre, Le Figaro avait annoncé que France Télévisions songeait à «arrêter sa collaboration avec l’Association française contre les myopathies (AFM), qui gère le Téléthon». Mais Rémy Pflimlin a démenti cette information, reconnaissant cependant qu’il réfléchissait à «une nouvelle version» de cette émission marathon.

Cette année, rien ne change

Ouf. Les 3 et 4 décembre, les chaînes publiques déverseront dans les foyers, comme chaque année, des flots de bons sentiments. La marraine sera Anne Roumanoff et la «mascotte» la petite Juline, 6 ans et demi, atteinte d'une amyotrophie spinale. La fillette au joli minois s’adressera aux téléspectateurs attendris pour leur dire, de sa voix charmante: «Dépêchez-vous les donateurs et les chercheurs, car j'espère bien marcher sur mes deux pieds comme tout le monde, jouer au ballon et courir dans la cour de récréation!»

Dans la foulée, et pendant 30 heures, France Télévisions mobilisera 500 techniciens sur ses chaînes et dans ses pôles de Paris, Pau et Troyes. Sophie Davant et Nagui seront une fois de plus les maîtres de cérémonie. Au niveau national, quelque 200 000 bénévoles, 53 000 associations et 10 000 communes participeront à cette grand-messe avec un objectif : battre les 95 millions d’euros de l’an dernier et tenter de réveiller une audience qui a tendance à s’effriter.

Un succès qui fait de l’ombre aux autres

En 2009 et pour la première fois, la somme récoltée dans toute la France a connu une baisse de près de 10% par rapport à l'année précédente et les téléspectateurs ont plafonné à 3 millions aux heures de grande écoute pour stagner autour de 1 million le reste du temps. Un véritable effondrement lié sans doute à la formule, devenue usée et parfois lassante, mais aussi au terrible et inattendu «coup de gueule» de Pierre Bergé . Quelques jours avant l’émission, l’homme d’affaires, qui est aussi président du Sidaction , avait jeté un énorme pavé dans la mare. Il avait accusé le Téléthon de «parasiter la générosité des Français». Line Renaud l’avait soutenu en affirmant que l’AFM accaparait deux chaînes de télévision «pour sa seule cause», alors que d’autres associations rencontraient des difficultés pour avoir un minimum de visibilité médiatique.

«Pour apaiser la controverse, explique 20minutes.fr , le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel ( CSA ) Michel Boyon avait alors proposé au Premier ministre un rapport sur le thème «l'accès des associations aux médias». Ce rapport doit être rendu fin novembre.»

Les premières conclusions des auditions ont commencé à filtrer et elles inquiètent les promoteurs du Téléthon. «Il n'y a aucun soupçon qui porte sur le Téléthon», s’est empressé de déclarer le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, sur France Info jeudi matin, avant d’ajouter: «J'ai fait le Téléthon pendant des années (...), c'est une grande fête populaire, une oeuvre remarquable». En fait, le CSA évoque plusieurs pistes qui risquent de chambouler la formule actuelle : «une possible mutualisation des dons ou encore la fin de l'exclusivité d'une seule cause».

Le Sidaction n’est pas le seul à vouloir plus de visibilité. D'autres associations, comme le Secours populaire , regrettent un manque de pluralité dans la médiatisation. «Souvent, une seule association bénéficie de la générosité des Français après de grandes catastrophes», explique Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, dans les colonnes du Figaro . «Ce serait un grand progrès que toutes les associations qui se dévouent soient mises sur le même plan. Même si les Français doivent pouvoir continuer de choisir à qui ils donnent.»

Vers un Téléthon multi-associatif ?

Présent à la conférence de presse du patron de France-Télévisions, jeudi 4 novembre, Le Figaro rapporte les propos de ce dernier, qui laissent le jeu ouvert pour les années suivantes: «Il faut créer une nouvelle dynamique. 24 ans avec la même forme, cela semble un peu long pour une émission, a commenté Rémy Pflimlin. Nous travaillons avec l'Association française contre les myopathies (AFM) pour réfléchir à une évolution.»

«La présidente de l'AFM, Laurence Tiennot-Herment, a également convenu qu'il fallait faire évoluer le Téléthon», poursuit le journal qui rappelle que «80 % des revenus de l'association proviennent du Téléthon». De quoi faire de la recherche génétique française la première du monde. Si le Téléthon disparaissait, «il faudrait que l'État ou les industries pharmaceutiques prennent la relève», a déclaré Laurence Tiennot-Herment.

«Des aménagements, des évolutions de forme sont bel et bien envisagés, note La Croix vendredi 5, qui a interrogé la présidente: «Nous sommes bien conscients que la télévision n’a plus la même place qu’auparavant dans les foyers, admet Laurence Tiennot-Herment. Peut-être faut-il recourir davantage à des dispositifs trans-médias.»

«L’idéal serait de faire un programme avec plusieurs associations en même temps», écrit lespolemiques.fr. avant d’ajouter : «Mais il y aurait un risque : le téléspectateur donnerait-il spontanément plus d’argent à ce Téléthon multi-associatif qu’il ne le ferait habituellement au classique Téléthon ? Pas sûr…» Et d’évoquer une autre piste : l’étalement de la mobilisation sur toute une année pour plusieurs causes avec «une grande soirée par association pour qu’elle ait une meilleure visibilité et qu’elle récolte suffisamment de dons pour soutenir la cause qu’elle défend».

«Dans ce débat, chacun a son idée, note encore Le Figaro . Mi-octobre, France Générosités, le syndicat professionnel qui regroupe 70 associations faisant appel aux dons du public, a lancé un portail Internet intitulé infodon.fr , permettant de fédérer les appels aux dons. André Hochberg président de France Générosités, propose que la «grande cause nationale» choisie chaque année par le Premier ministre ait plus de visibilité audiovisuelle».

En attendant, pour le Téléthon, il va falloir trouver une solution rapidement car le contrat qui lie la télévision publique et l’AFM vient à son terme le 31 décembre. Et il ne faut pas compter sur Roselyne Bachelot pour influencer la décision : «Je n’ai pas à intervenir dans les choix de programmation d’une chaîne de télévision», a-t-elle déclaré jeudi 4. Il faut dire qu’en ce moment, avec le remaniement qui s’annonce , la ministre de la Santé a décidé de se faire très discrète.

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