Les jeunes boivent moins que les parents ... mais trop d'un coup!

Deux enquêtes mettent en évidence ce paradoxe. Les jeunes boivent en moyenne moins que leurs parents mais quand ils boivent, ils recherchent l'ivresse.

L'alcool et les jeunes est un sujet délicat. Il y a en effet, pour les parents, à boire et à manger, de quoi se réjouir et de quoi s'inquiéter si l'on en juge par deux enquêtes contradictoires. Du moins en apparence.

La première, réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) montre que le bilan de santé des Français, notamment des jeunes, s'est amélioré ces sept dernières années. Les ados, par exemple, boivent moins que leurs parents. La deuxième (1), menée pour l'Association des parents de l'enseignement libre (Apel), affirme que 83% des parents s'inquiètent de la consommation d'alcool chez les jeunes. Mais cette fois, il s'agit d'un phénomène spécifique: la recherche de l'ivresse rapide.

«Les fêtes dégénèrent en beuverie»

Commençons par analyser l'étude la plus angoissante, révélée par le quotidien 20 minutes . Sur 100 parents d'enfants scolarisés, ils ne sont pas moins de 83 à se faire du mauvais sang en constatant la consommation d'alcool de leur progéniture. 74% ont la conviction que les filles boivent de plus en plus et 59% constatent le même phénomène chez les garçons.

Pourtant, 85% des adultes interrogés se rassurent en pensant que ce phénomène touche d'abord les enfants des autres, en dehors de leur cellule familiale. Ce qui fait dire à Béatrice Barraud, la présidente de l'Apel, que les parents n'ont pas pris «pleinement conscience du phénomène». Un sentiment confirmé par Xavier Pommereau, professeur en pédopsychiatrie au CHU de Bordeaux : «Concernant son propre enfant, les parents ont rarement conscience des réalités. La plupart des parents n’ont pas idée de la manière dont leur fille ou leur fils de 15 ans se comporte en soirée, ils pensent qu’à cet âge-là, les fêtes d’anniversaire restent raisonnables. Pourtant ils doivent réaliser que s’ils laissent leur maison ou leur appartement, sans surveillance d’un adulte, à un ado de moins de 16 ans pour qu’il organise une fête, cela va dégénérer en beuverie».

La mode du «binge drinking»

Une autre étude, réalisée en 2005 pour l’Observatoire français des drogues et toxicomanies , montre que 92% des jeunes de 17 ans et moins ont «déjà expérimenté l’alcool», 12% en font «un usage régulier». 56% affirment «avoir été ivres au moins une fois dans leur vie», 46% d’entre eux l'avoir été «au cours de l’année», et 10% avouent avir connu l'ivresse «dix fois dans l’année».

Dans l'enquête de l'Apel, 40% des parents s'inquiètent que les jeunes boivent de plus en plus jeunes jusqu'à l'ivresse, le fameux «binge drinking» venu d'Angleterre, qui peut aller jusqu'au coma éthylique. Et 31% d'entre eux se disent démunis face au manque d'information et de soutien dont ils disposent.

Voilà pour les informations qui font peur. Heureusement, une autre enquête remet la précédente en perspective: celle réalisée par la Drees qui présente le bilan de santé des Français ces dernières années. Un bilan en nette amélioration.

11,5 litres par an contre 14,5 il y a dix ans

Comme le résume Le Figaro du 28 novembre, «ces dix dernières années, l'espérance de vie à la naissance n'a cessé de s'allonger en France. Elle est même la plus élevée d'Europe pour les femmes et les hommes âgés aujourd'hui de 65 ans. Les premières peuvent espérer vivre encore 22,8 ans, les seconds 18,6 ans. Calculée à la naissance, l'espérance de vie est certes un peu moins élevée, mais elle atteint tout de même 84,8 ans pour les femmes et 78,1 ans pour les hommes».

À l'origine de ce phénomène, une diminution du nombre des accidents, des suicides, des cancers et... des cirrhoses. Car les Français boivent moins qu'il y a dix ans. Désormais, les jeunes de 14 ans et plus consomment en moyenne 12,4 litres d'alcool chaque année alors que l'objectif fixé par le ministère de la Santé est de 11,5 litres, soit trois verres par jour en moyenne. En 1990, les Français buvaient 14,5 litre par an en moyenne.

Globalement, ajoute le quotidien, la consommation des jeunes de 17 ans a elle aussi diminué entre 2003 et 2008: «de moitié pour les filles et d'un tiers pour les garçons. Les ivresses répétées chez les jeunes se stabilisent (un jeune sur quatre dans l'année) après une hausse importante entre 2003 et 2005». Une information «rassurante» qui n'empêche pas, cependant, qu' un adolescent sur trois a déjà connu une ivresse alcoolique .

(1)Étude réalisée en octobre 2011, par internet, auprès de 557 enfants scolarisés, par Opinionway pour l'Apel.

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