Les pesticides: quels dangers pour les bébés à la naissance?

Une femme enceinte exposée aux pesticides ferait un bébé moins développé mais aussi moins intelligent, estiment des scientifiques dans quatre études.

Décidément, les fruits et légumes traités aux pesticides ne sont pas bons pour les femmes enceintes et le développement du fœtus qu’elles portent, tant sur le plan physique qu’intellectuel. Une première étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale ( Inserm ) a montré, le mois dernier, la corrélation entre une exposition aux pesticides pendant la grossesse et les conséquences néfastes sur la taille et le poids du futur bébé.

Et voilà que trois nouvelles enquêtes, américaines cette fois, concluent qu’une future mère, exposée aux pesticides, a plus de chances qu’une autre de faire un bébé moins intelligent. «Ces recherches, précise l’Agence France-Presse , deux conduites avec des habitants de New York et une sur des populations rurales en Californie, se sont étendues sur près d'une dizaine d'années et concernent en tout plus de mille enfants de moins de neuf ans. Publiées dans la revue Environmental Health Perspectives , elles étudient l'impact de pesticides aux phosphates (organophosphates), communément utilisés dans les cultures de fruits et légumes».

Une baisse de 7 points du QI

«Brenda Eskenazi de l'université de Californie à Berkeley et ses collègues ont analysé des données concernant 329 enfants, écrit Psychomedia.qc.ca . L'exposition prénatale était mesurée par les niveaux urinaires de métabolites (sous-produits) d'organophosphates. Les enfants ayant subi les plus hauts niveaux d'exposition obtenaient en moyenne 7 points de moins de quotient intellectuel (QI) mesuré par le Wechsler Intelligence Scale for Children que ceux ayant subi les plus faibles niveaux d'exposition. Ce qui est équivalent à un délai de développement de six mois, indiquent les chercheurs. Ces résultats se comparent, précisent-ils, à des niveaux élevés d'exposition au plomb».

Des difficultés à résoudre les problèmes

«Des chercheurs du centre hospitalier Mount Sinaï à New York, poursuit l’AFP , ont de leur côté mesuré l'impact des pesticides aux phosphates sur 400 femmes et leurs enfants depuis 1998. Ils assurent que «l'exposition aux organophosphates a des conséquences négatives» sur les capacités sensorielles (non verbales) à résoudre des problèmes chez les enfants entre six et neuf ans. Ils expliquent également qu'environ un tiers des mères objets de l'étude étaient porteuses d'un gène qui les rend moins aptes à métaboliser des pesticides. Le lien avec le quotient intellectuel n'a été observé que chez les enfants de ces dernières».

Des capacités réduites de 2,7 à 5,5 points

«Quant à la troisième et dernière étude, écrit Maxisciences.com , elle a été réalisée par des scientifiques de l'université de Columbia. Ils se sont intéressés à l'impact de l’organophosphate chlorpyrifos, un insecticide interdit depuis dix ans. Au total, 265 enfants issus des minorités et nés avant cette interdiction ont été suivis. Parmi eux, les 25% qui ont subi la plus grande exposition pré-natale à ce pesticide ont révélé lors des tests des capacités intellectuelles et mémorielles respectivement réduites de 2,7 et 5,5 points.

«Ces pertes du fonctionnement cognitif à sept ans peuvent très bien avoir des conséquences sur les résultats scolaires, estime Virginie Rauh, qui a mené l’étude de Columbia à New York. Les problèmes de mémoire pourraient gêner la compréhension d'un texte écrit et l'acquisition des leçons même si l'intelligence demeure dans la moyenne.»

Un fœtus moins lourd au crâne plus petit

Déjà, le 9 mars 2011, Famili.fr faisait état d’une étude menée par l’Inserm sur plus de 3400 femmes enceintes habitant dans une région agricole de Bretagne, entre 2002 et 2006. L’Institut concluait que leur exposition aux pesticides pendant leur grossesse pouvaient avoir des conséquence sur le développement physique du foetus: «579 d'entre elles présentaient des traces d'atrazine, un herbicide pourtant interdit en Europe depuis 2003, dans leurs urines. Selon l'association Génération Futures , «les femmes ayant des traces d'atrazine dans les urines auraient 50% de risques supplémentaires d'avoir un enfant ayant un faible poids à la naissance et 70% de risques supplémentaires d'avoir un bébé avec une faible circonférence crânienne». Suite à la publication de cette étude, l'association a demandé à ce que «tous les pesticides pour lesquels un effet perturbateur endocrinien aura été caractérisé soient retirés du marché, afin de protéger les générations futures».

Faut-il arrêter de manger des fruits et des légumes?

C’est la question que l’on se pose naturellement après avoir lu les comptes-rendus de ces études. Heureusement, les chercheurs se veulent rassurants pour les femmes enceintes: «elles ne doivent pas arrêter de manger des fruits et des légumes pour autant, mais s'assurer que ceux-ci ont été correctement lavés ou opter pour des aliments biologiques», écrit 7sur7.be . Ce que confirme Brenda Eskenazi de l'université de Californie: «Il est très important, rappelle Eskenazi, de très bien laver les fruits et légumes, même quand ils sont pelés, avant de les consommer», écrit Psychomedia.qc.ca .

Sur le même sujet