Libye : la victoire qui remet Nicolas Sarkozy en course pour 2012

Son obstination a payé. Ce que l'Europe lui a refusé, l'ONU le lui a accordé. En intervenant en Libye, il redresse son image de présidentiable.
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Nicolas Sarkozy vient soudain de changer d’image. Ce président «agité» qui donnait des coups de menton, sans effet devant ses collègues de l’Union européenne a remporté une importante victoire diplomatique en obtenant du Conseil de sécurité de l’ONU d’intervenir militairement en Libye.

Voilà donc Nicolas Sarkozy à la hauteur de cette «France des droits de l’Homme» qu’il était déjà parvenu à représenter une fois, en 2008, lorsqu’il s’était rendu, de son propre chef et sur une intuition fulgurante et un peu mégalomane selon certains, en Géorgie et en Russie pour «arrêter le choc de la guerre» .

Il est le seul à reconnaître le Conseil de transition libyen

Le jeudi 10 mars, il reçoit à l’Élysée Mahmoud Djibril , le porte-parole du Conseil national de transition libyen, et deux autres chefs des insurgés. Sur le perron, un peu plus tard, ces derniers annoncent, avec l’accord de Nicolas Sarkozy, que Paris a décidé de reconnaître leur représentation. Bernard-Henri Lévy, l’homme qui a organisé la rencontre, évoque le désir du président français «d’intervenir militairement par des frappes ciblées contre les bastions du colonel Khadafi».

L’effet de surprise est total. L’information selon laquelle la France, qui a trouvé un allié en la personne de David Cameron, le Premier ministre britannique, veut une intervention militaire prend de court l’Europe toute entière. Un instant, Alain Juppé , le chef du Quai d’Orsay, paraît dépassé mais il réagit en affirmant que «non seulement il est au courant» mais qu’il approuve la reconnaissance du Conseil national de transition libyen.

L’Europe exprime alors son agacement à l’égard du chef de l’État français. «Le Premier ministre néerlandais assure que son geste est «fou», note Le Nouvel Observateur . Angela Merkel se dit «très sceptique».

Il arrache la décision d’intervenir militairement au Conseil de l’ONU

Mais le rapport de forces a changé en Libye le 9 mars, et une fenêtre diplomatique inespérée s’est ouverte à la France. Peu à peu, en effet, le dictateur libyen, à force de massacres, s’est mis à reconquérir les territoires aux mains des insurgés.

Que peuvent faire les insurgés avec des fusils face aux tanks et aux Mirage F1 de Kadhafi ? C'est dans ce contexte qu'intervient, jeudi 17 mars, le vote du Conseil de sécurité. Dans son discours au Conseil , Alain Juppé trouve les mots: «C'est une question de jours, c'est peut-être une question d'heures. Chaque jour, chaque heure qui passe alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules. Prenons garde d'arriver trop tard».

Jeudi, vers 23h, la signature de la résolution 1973 de l’ONU est «adoptée par 10 voix pour, et cinq abstentions, note Rue89 . Aucune nation n'a pris le risque de s'y opposer ou de mettre son véto. La Chine et la Russie ont choisi de s'abstenir, ainsi que l'Allemagne, qui diverge ainsi radicalement de la position française». Au paragraphe 4 de cette résolution , le Conseil «autorise les États Membres (…) à prendre toutes mesures nécessaires (…) pour protéger les populations et les zones civiles menacées d'attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi».

Une victoire saluée par l’opposition et… par l’Europe

Peu après ce spectaculaire retournement, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France mettent au point une stratégie d’intervention en Libye. Pour la France, la victoire diplomatique est totale. Laurent Fabius reconnaît vendredi 18 mars sur Europe1 «une initiative positive» du gouvernement. Martine Aubry, qui avait exprimé «sa honte à l’égard de l’Europe» si frileuse envers la Libye, est satisfaite. François Bayrou salue «une victoire de la France». De son côté, Le Nouvel Observateur évoque «la victoire historique de Nicolas Sarkozy» en ces termes : «Cette nuit, la France a retrouvé sa grandeur et son prestige».

Enfin, l’Europe paraît voler au secours de la victoire en publiant jeudi 17 mars un communiqué repris notamment par Le Figaro: «Nous saluons la résolution 1973 approuvée ce soir par le conseil de sécurité des Nations unies», ont indiqué le président de l'UE Herman Van Rompuy et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton dans ce texte.

Il voulait redorer le blason terni de la diplomatie française

A Benghazi, l’annonce de la signature de la résolution onusienne est saluée par des cris de joie et des feux d’artifice. «Des hommes s'embrassent, écrit le correspondant de l’ Agence France-Presse. D'autres pleurent en brandissant un drapeau libyen au milieu des klaxons, des tirs de kalachnikovs et de canons antiaériens». Dans les heures qui suivent, vendredi 18 mars, l’intervention militaire contre le dictateur se met en place. Kadhafi, inquiet, annonce vendredi qu’il va mettre en place un cesse-le-feu . Sans doute trop tard. La stratégie occidentale devrait s'affiner lors du sommet extraordinaire consacré à la Libye réuni samedi 19 mars, à Paris.

Pour la France, il était temps de donner une autre image de sa diplomatie , comme le note Le Nouvel Observateur : «Depuis l'affaire Alliot-Marie , cela fait des semaines que la diplomatie française est la risée de l'Europe et du monde arabe. Les critiques viennent même de l'intérieur de l'État. Dans des tribunes de presse, des groupes de diplomates en activité ou non critiquent l'action internationale de la France. Du jamais vu». Nicolas Sarkozy choisit alors un nouveau ministre des Affaires étrangères respecté des Français et des diplomates: Alain Juppé . Les Français sont «très attachés au rayonnement de la France», note encore Le Nouvel Observateur : ils n'aiment pas qu'on se moque de leur diplomatie. D’où l’obsession du président Sarkozy de «réussir un gros coup».

Le président-candidat peut-il remonter dans les sondages ?

La Libye était peut-être l’une des dernières occasions pour Nicolas Sarkozy de redresser une image déplorable aux yeux des Français . Le chef de l’État l’a saisie. Sur le plan intérieur, en effet, le chef de l’État se trouve tellement bas dans les sondages qu’il serait non seulement battu par Dominique Strauss-Kahn , si la présidentielle se déroulait aujourd’hui, mais peut-être aussi par Marine Le Pen . Jamais, disent les commentateurs politiques, un président en exercice n’a été en si mauvaise posture à 14 mois de l’élection. La politique étrangère est l'ultime atout de Nicolas Sarkozy et son domaine réservé.

La résolution sur la Libye, soutirée à l’ONU malgré ses réticences, confirme les qualités de persuasion de celui qui, pour un an, préside aux destinées des pays les plus puissants du monde. Nicolas Sarkozy comptait sur sa présidence du G20 et du G8 pour se «représidentialiser» aux yeux des Français. Si cette intervention militaire ne débouche pas sur une guerre (comme le redoutent les Allemands), et un piège déstabilisateur pour cette région du monde, nul doute qu’elle peut le mettre en position de rebondir.

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