N. Sarkozy «insulté» : le mauvais procès fait à F. Hollande

Le champion du PS n'aurait pas insulté Nicolas Sarkozy, contrairement à ce que disent les ténors de l'UMP. Récit d'une polémique qui n'avait pas lieu d'être

Ils s'énervent, les partisans de Nicolas Sarkozy! Ils en ont marre, ils ne supportent plus de rater systématiquement leur cible, d'avoir en face d'eux un François Hollande roi de l'esquive, prince du flegme, capable d'attendre tranquillement , sans rien révéler de son programme, que son rival se lance dans la bataille de la présidentielle.

Les snipers de l'UMP se déchaînent

Alors, ils dégainent à la première occasion, et tant pis si celle-ci n'est pas à coup sûr la bonne, si cette «insulte» qu'aurait prononcée François Hollande, lors d'un déjeuner «off», mardi avec quelques journalistes politiques, aurait été tronquée par des journalistes soucieux de faire le buzz, quitte à transformer à la fois les mots et le contexte. Les snipers du parti présidentiel se déchaînent: «propos intolérables, scandaleux (Claude Guéant), demande «d'excuses publiques» (Nadine Morano), «consternant» (Laurent Wauquier), «mauvais candidat» (Gérard Longuet), «attaques personnelles» (Pierre Lellouche).

Mais de quoi, au juste, se serait rendu coupable François Hollande? Pour le savoir, voici l'extrait qui a mis le feu aux poudres à l'UMP. Le Parisien écrit dans un premier article, ce mercredi 4 janvier à 7h15: «Pour Hollande, il n’y a pas de mystère : c’est bien le chef de l’Etat, «un président en échec», «un sale mec», qui se cache derrière les formules de l’UMP. «Sarkozy va être dans l’évitement jusqu’au premier tour, pronostique-t-il. Mais il envoie ses sbires pour délégitimer ma candidature.» Un procès vieux comme la Ve République selon lui. « Pour la droite, la gauche sera toujours illégitime », relativise-t-il».

Le candidat normal a-t-il commis une erreur?

Évidemment, vu comme ça, on se pose des questions. François Hollande, l'homme pondéré, celui qui se présente comme «un candidat normal», qui refuse l'insulte et la brutalité, par opposition au président-candidat capable de lancer «casse-toi, pôv con!» à un inconnu lors d'une visite officielle, s'est pris les pieds dans le tapis. On se dit qu'il a fait une «grosse erreur» selon l'expression d'un ténor de la droite.

Sauf que tout cela relèverait d'une traduction caricaturale des propos du candidat socialiste. Plusieurs sources le démontrent. A 12h38, Le Monde tient à apporter ces précisions essentielles, qui lavent François Hollande de tout soupçon d'insulte:«D'autres journalistes participant à ce déjeuner "off" (...) parmi lesquels Patrick Jarreau du Monde, ont compris autrement les propos de M. Hollande. Le candidat socialiste, décrivant la démarche de Nicolas Sarkozy en se mettant à sa place, lui a prêté le discours suivant : "Je suis le président de l'échec, je suis un sale mec, mais, dans cette période difficile, je suis le seul capable, j'ai le courage..." "Il va se présenter comme le capitaine courage recherchant l'impopularité", a ajouté M. Hollande, se référant notamment au projet de TVA sociale».

Des témoignages de journalistes...

Seize minutes plus tard, c'est au tour du site d'Europe 1 , de fournir une version identique, qui innocente elle aussi le candidat socialiste: «Selon un journaliste d’Europe 1 présent à ce déjeuner, le candidat socialiste imaginait Nicolas Sarkozy s’adressant aux Français : "Il va aller devant les Français et qu’est-ce qu’il va leur dire : je suis un président de l’échec depuis 5 ans, je suis un sale mec…mais réélisez-moi…parce que moi je suis le seul capable de gouverner… et j’ai le courage d’affronter l’impopularité", selon les propos du socialiste. François Hollande se mettait donc à la place du chef de l'Etat. Trop tard cependant. La polémique est lancée et la hache de guerre déterrée».

Évidemment, cela change tout. François Hollande imagine que Nicolas Sarkozy ne s'aime pas et qu'il se décrit comme «un sale mec», c'est-à-dire, par exemple, quelqu'un que les Français se seraient mis à détester, c'est de notoriété publique. Retors, direz-vous? Peut-être, en tout cas sans doute pas insultant, ironique tout au plus, et bien dans la veine d'un François Hollande toujours prêt à faire usage de distance et d'humour.

... et un rectificatif

Alors, pas de quoi fouetter un chat surtout qu'il s'agissait, rappelons-le, d'une discussion à bâtons rompus, au cours d'un déjeuner «off», qui reposait sur la confiance, et dont les propos tenus n'auraient jamais dû être publiés.

Le Parisien a donc commis deux entorses à la bonne règle du journalisme: 1) publier des propos qui auraient dû rester confidentiels, même si cela semble devenu une tradition dans les médias ces derniers temps; 2) déformer les propos du candidat Hollande.

D'ailleurs, à 13h10, le quotidien, soucieux de rétablir les faits (c'est tout à son honneur), publie un petit rectificatif sous forme d'article : «Dans la discussion, le candidat socialiste développe longuement ses propositions, détaille sa campagne et imagine la future tactique de Nicolas Sarkozy. Pour appuyer sa démonstration, il n’hésite pas à se glisser dans la peau de son rival : «Il va se présenter devant les Français et leur dire : Je suis un président en échec depuis cinq ans, je suis un sale mec, mais réélisez-moi parce que, dans cette période difficile, je suis le seul capable.» Le candidat socialiste n’a donc pas officiellement traité le chef de l’Etat de «sale mec»».

Voilà, l'incident est clos. François Hollande, lui, n'a pas bougé une oreille!

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