Nicolas Sarkozy et le FN : sa stratégie du «ni-ni» vise 2012

Et si les cantonales -sans doute perdues par la droite- servaient à mettre en place une stratégie pour éliminer le PS en 2012?
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Les cantonales sont annoncées perdues pour l’UMP le 27 mars prochain? Une partie de l’électorat de Nicolas Sarkozy, déçu par sa politique, entend se reporter sur les candidats du Front national ? Tandis que le parti majoritaire minimise la portée de cette élection «locale» , le chef de l’État profite de ce scrutin pour lancer sa stratégie du «ni-ni» , et faire passer un message aux électeurs de la droite et de l’extrême-droite pour... 2012 .

L’électorat du Front national ne doit pas être diabolisé

Il ne faut pas diaboliser le FN. C’est ce que dit en substance Nicolas Sarkozy quand il recommande aux électeurs le «ni-ni»: «ni le vote Front national, ni le vote socialiste». En refusant le Front républicain , il ménage ses électeurs tentés par le vote protestataire et il leur montre qu’il peut les comprendre (la crise est là, et les plus modestes trinquent davantage). Il renvoie ainsi dos à dos le FN et le PS , offrant au Front national une respectabilité de parti républicain.

Si le FN gagne quelques cantons, le PS sera affaibli

Cette stratégie autorise les électeurs de la droite traditionnelle à voter, le cas échéant, pour les candidats FN aux cantonales. Or, si le FN gagne quelques cantons, cela poussera le PS à «dénoncer» avec force l’attitude de la droite qui a refusé le front républicain. Une réaction qui peut détacher de lui une partie de son électorat le plus protestataire.

Les vrais vainqueurs seront bien sûr le FN et les abstentionnistes . Le PS ne devrait pas convaincre totalement les électeurs dimanche 27 mars car, à 13 mois de la présidentielle, il n’a ni programme ni candidat . Pour faire aussi bien qu'aux régionales , il a besoin d'une alliance sans faille avec le reste de la gauche.

Le président veut recréer le clivage «gauche-droite»

Le président Sarkozy entend aussi rappeler quel est le véritable adversaire. Alors que Marine Le Pen évoque sans arrêt «l’UMPS» , une sorte de jeu de mots destiné à laisser entendre que l’UMP et le PS, c’est «bonnet blanc et blanc bonnet», selon l’expression de Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy veut démontrer qu’il y a des différences entre les deux partis. D’où son encouragement à développer, chez les député UMP, une droite décomplexée, avec l'appui de Jean-François Copé, «la Droite populaire» .

Les terres du Front national appartiennent à tout le monde

Il réaffirme aussi que le Front national n’a pas le monopole des thèmes sécuritaire ou patriotique. Il ne chasse pas sur les terres du Front national, qui appartiennent à ceux qui ont le courage de les cultiver. Et de montrer du doigt, a contrario , la gauche, qui aborde avec des pincettes l’immigration, l’identité nationale ou la sécurité. En 2007, on s’en souvient, le candidat «de rupture» a été élu en siphonnant les voix du Front national après lui avoir emprunté ses thèmes de campagne.

Il espère que va se reproduire un 21 avril comme en 2002

Lionel Jospin a perdu les couches populaires de son électorat au premier tour de 2002. Au premier tour des cantonales, le PS n'a pas réussi sa poussée dans les cantons populaires (Nord, Pas-de-Calais) et dans les banlieues les plus déshéritées. Dans les sondages pour 2012, seul Dominique Strauss-Kahn apparaît en mesure d’atteindre le second tour de la présidentielle. Tous les autres candidats socialistes aux primaires sont en danger , comme Nicolas Sarkozy d’ailleurs, d’être éliminés dès le premier tour.

Le Président espère un nouveau 21 avril 2002: en cas d’élimination du candidat socialiste en 2012, les électeurs de gauche, sans aller jusqu’à le plébisciter comme Jacques Chirac avec un score de plus de 80% , finiront pas voter pour lui, pour empêcher Marine Le Pen d'arriver au pouvoir .

L’électorat de droite approuve mais l'UMP doute

Selon le sondage Ifop réalisé pour France-Soir (1), 77 % des sympathisants UMP approuvent ou comprennent la stratégie du ni-ni. «C’est aussi le cas de 61 % des sympathisants de Marine Le Pen (contre 39 % d’un avis contraire), écrit le quotidien. C’est l’électorat populaire, que Sarkozy ne désespère pas de reconquérir, qui donne le plus raison au chef de l’Etat lorsqu’il refuse l’idée d’un «front républicain».

Le président est moins bien compris par les représentants de sa majorité qui adoptent parfois, de manière un peu cacophonique, des prises de position «républicaines» (François Fillon, Gérard Larcher, Jean-Louis Borloo, Valérie Pécresse ou encore Nathalie Kosciusco-Morizet). Ces courants ne font que révéler un clivage traditionnel. L’UMP, créée en 2002 , est une coalition entre une droite plus affirmée et une autre, plus centriste, même si l’UDF a été «avalée» par le parti gaulliste.

Un tropisme de la droite vers l’extrême-droite

Désistements réciproques entre la droite et le FN, soutien du FN à des candidats de droite, les alliances entre la droite et le parti frontiste se sont multipliées entre 1983 et 1992. Lors de l'élection partielle de Dreux en 1983, la liste du FN de Jean-Pierre Stirbois (17 %) s'est désistée en faveur de la liste RPR/UDF, en échange de 4 places éligibles. Lors des régionales de 1986, la majorité RPR-UDF a remporté 10 régions. Pour gagner les présidences, elle s'est alliée au Front national dans 5 régions , en échange d’une promesse de cogestion.

Nicolas Sarkozy referme la parenthèse Jacques Chirac

Mais en 1988, Jacques Chirac a perdu la présidentielle car il aurait interdit à Jean-Marie Le Pen de lancer un appel à voter pour lui. Après son arrivée au pouvoir, en 1995, il a toujours refusé de pactiser avec Jean-Marie Le Pen. Une véritable haine opposait les deux hommes au point que pour le Président, c’était déjà «se salir que de serrer la main du leader frontiste».

En vue de la présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy referme la parenthèse Chirac qui voulait qu’il n’y ait aucune alliance possible, même dans les élections les plus locales, entre la droite républicaine et le FN.

(1) Sondage Ifop réalisé pour France-Soir et par téléphone du 21 au 22 mars auprès d'un échantillon représentatif de 1000 personnes de 18 ans et plus (méthode des quotas).

Sources: Libération, Le Monde, Le Figaro, France-Soir, l'Agence France-Presse, Le Télégramme de Brest.

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