Pâque juive 2012 et concours: pourquoi il n'y a pas de problème

Claude Guéant l'a annoncé au Crif de Marseille: en 2012, aucun concours ne se déroulera pendant les fêtes juives de Pessah. Voici pourquoi.
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La polémique qui a suivi les dérogations durant les fêtes de Pessah 2011 , accordées (puis refusées) aux étudiants juifs désireux de passer les concours des grandes écoles, ne devrait pas se reproduire en 2012. Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, le responsable des cultes en France, l’a promis jeudi 30 juin aux représentants de Marseille du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif): aucun examen ni concours ne se déroulera durant cette période . Reste à savoir si cette prise en compte d’une fête non inscrite jusqu’à présent dans le calendrier des dérogations de la communauté juive ne met pas en danger le principe de laïcité de notre République.

Un calendrier des fêtes religieuses

Selon le Nouvel Observateur , Claude Guéant a considéré «opportun que les fêtes juives de Pessah puissent être prises en compte dans le fonctionnement des administrations et des services publics» dès l’année prochaine. Il a expliqué à Marseille qu’il avait demandé à son collègue, le ministre de la Fonction publique Georges Tron (remplacé depuis par François Sauvadet), dans un courrier envoyé dès le 2 mai dernier, de «veiller à ce que les fêtes de la Pâque juive figurent, l'an prochain, dans le calendrier des principales fêtes religieuses», ceci afin «que les examens et concours de la République ne se déroulent pas» pendant ces périodes.

Chaque communauté religieuse, orthodoxes, arménienne, musulmane, juive, bouddhiste, est invitée à remettre tous les ans aux autorités de l’ État une liste des principales fêtes non officielles (celles qui ne «collent pas» avec les jours fériés basés sur les fêtes catholiques). Une circulaire prend alors en compte ces demandes afin que les administrations acceptent les autorisations d'absence des fonctionnaires et fixent les date des examens et des concours sans porter préjudice aux croyants de ces religions.

La polémique de Pessah en 2011

Il se trouve que jusqu’à cette année, la fête de Pessah n’était pas inscrite dans la liste des fêtes importantes de la communauté juive, ce qui a provoqué au printemps des incidents que le ministre ne veut pas voir se reproduire en 2012. En avril dernier, quelques juifs orthodoxes auraient dû passer les concours des grandes écoles (les Ponts, Mines, Supélec et Centrale) dans des conditions à la fois secrètes et particulières. Ils avaient fait valoir, en effet, auprès des autorités, écrit rue89 , que «pour les croyants très pratiquants (assez minoritaires en France), un certain nombre d'interdits doivent être respectés lors des fêtes religieuses: on ne se déplace pas autrement qu'à pied, on n'écrit pas, on ne signe pas, on n'allume pas la lumière et, a fortiori … on ne passe pas d'examen».

Or, «la Pâque juive devait se dérouler du 18 au 26 avril, c’est-à-dire pendant la session des concours. Cette période ne faisait pas partie des «dates protégées» retenues par le ministère de l'Enseignement supérieur en accord avec la communauté israélite. Dès lors, les étudiants avaient souhaité une dérogation, afin que les épreuves des concours se déroulent dans des conditions compatibles avec leur foi. Acceptée dans un premier temps par l’Élysée, cette dérogation n’a finalement pas été accordée par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Différentes solutions avaient bien été étudiées, comme la tenue des épreuves pendant la nuit pour la dizaine d’étudiants concernés. Mais cela nécessitait de grandes contraintes. Finalement, vendredi 15 avril, «le ministère a affirmé qu'il n'y aurait pas de session supplémentaire, non pas au nom de la laïcité, mais pour des raisons techniques», pouvait-on lire sur le site educpros.fr .

Le principe de laïcité est-il le même pour tous?

Sauf qu’au printemps dernier, c’est bien le principe de la laïcité de la République qui, semble-t-il, a fait pencher la balance. Bien qu'il s'en défende, le gouvernement ne pouvait pas accepter une dérogation pour quelques étudiants juifs au moment même où le débat sur la laïcité paraissait stigmatiser les musulmans.

En 2012, la Pâque juive se déroulera du vendredi 6 avril au samedi 14 avril (elle aura lieu dans le calendrier chrétien, le dimanche 8 avril, et le dimanche 15 avril chez les orthodoxes). Claude Guéant a expliqué jeudi 30 juin que, dès lors que ces dates se trouvaient inscrites sur le calendrier officiel destiné à l’administration, il n’y aurait pas de problème. Et il s’est même réjoui d’aller ainsi au devant des demandes de la communauté juive: «C'est par de telles inflexions que la laïcité témoigne de sa vitalité et assure sa pérennité». Autrement dit, c’est parce que la République sait être souple qu’elle parvient à maintenir à travers l’histoire ce principe de laïcité qui date de 1905.

La question est cependant de savoir s’il peut y avoir «deux poids et deux mesures» dans le domaine de la laïcité, pour les musulmans d’un côté (la loi sur le voile, le débat sur l’islam), et pour les juifs de l’autre. « Officiellement, la laïcité, pour le président de la République, son gouvernement et le parti majoritaire, constitue une exigence non négociable qui évidemment ne doit souffrir aucune exception, écrit Philippe Biger . Qu'elle soit battue en brèche au bénéfice d'une religion et tout le dispositif s'écroulerait». Et le magistrat d’ajouter sur son blog: «Une laïcité à la carte n'en est plus une».

C’est justement ce que Mariane2 stigmatise sur son site le 2 juillet : «Après ce scandale (d’avril dernier), Claude Guéant a donc réparé cette « erreur ». Désormais, les règles de la République devront se plier aux coutumes religieuses. On dira qu’il s’agit de faciliter la vie d’étudiants libres de pratiquer leur culte. Mais lorsque l'affaire a éclaté, Arielle Schwab, présidente de l’UEJF, avait écarté une telle revendication. «Nous ne demandons pas que la Pâques juive soit incluse dans cette liste de fêtes, car la République ne doit rien aux communautés religieuses. Il ne faut pas rendre majoritaires les minorités», avait-elle déclaré à Libération.fr ».

Mariane 2 estime que Nicolas Sarkozy, qui est à l’origine de la fondation du CFCM , l’organe représentatif de la communauté musulmane, ne peut pas être accusé de favoriser une religion plutôt qu’une autre. «L’annonce de Guéant ne procède pas de la préférence d’une communauté contre une autre, mais du choix des communautés contre la République. Elle découle d’une vision communautariste de la société où les traditions de quelques uns peuvent faire plier les règles qui s’imposent à tous». À chacun de se faire son opinion.

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