Pollution : les habitants des villes vivent moins longtemps !

Une étude montre qu'on perd de 8 à 4 mois d'espérance de vie quand on vit à Marseille, Lille, Paris, Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Rouen ou Toulouse.
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L’atmosphère des grandes villes est tellement saturée par la pollution qu’on y vit beaucoup moins longtemps qu’ailleurs. C’est ce qui ressort de la grande étude européenne, baptisée Aphekom et coordonnée par l’Institut de Veille Sanitaire, qui a été menée de 2008 à 2011 par 60 scientifiques de 12 pays d’Europe.

De fines particules liées au trafic routier

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fixe le seuil de fines particules acceptable pour l’organisme à 10 µg (microgrammes) par mètre cube d’air, les 39 millions de citadins qui habitent les 25 grandes villes européennes choisies par l’étude vivent dans une atmosphère tellement empoisonnée qu’elle entraîne chaque année 19 000 décès par an.

Interrogé par Le Figaro , Christophe Declercq, épidémiologiste à l'Institut de Veille Sanitaire explique : « L'évaluation de l'impact sanitaire (…) montre que l'espérance de vie pourrait augmenter jusqu'à 22 mois pour les personnes âgées de trente ans et plus si les normes OMS en matière de particules fines étaient respectées. » Ces particules, appelées PM2,5, sont d’une taille inférieure à celle d’une bactérie (2,5 micromètres) et elles proviennent pour l’essentiel du trafic routier.

Au hit-parade des villes les plus polluées, on trouve en tête Bucarest (en Roumanie) et Budapest (en Hongrie) dont les habitants perdent respectivement près de 2 ans (22 mois) et plus d’un an et demi (19 mois) d’espérance de vie à cause de ces fameuses particules fines. «Sur les 25 villes, relève l’ Agence France-Presse , Stockholm (en Suède) est la seule sous le seuil OMS (9,4 µg /m3)».

En France, on gagnerait 4 à 8 mois de vie

Et les villes françaises? Elles se situent très exactement dans la moyenne, un peu mieux que leurs homologues espagnoles, note encore l’ AFP : « Les 9 villes françaises analysées pourraient gagner "4 à 8 mois" d'espérance de vie, soit "environ 3.000 décès annuels". Marseille aurait le plus à gagner, devant Lille, Paris, Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Rouen, puis Le Havre et Toulouse ».

Dans le détail, écrit 20minutes.fr , «avec une moyenne annuelle de 18,5 µg de particules fines par m³ d'air, Marseille devance très largement Lille et Strasbourg (16,6 µg/m³), Lyon (16,5), Paris (16,4), Bordeaux (15,7) et Toulouse (14,2). Les scientifiques ont même calculé l’espérance de vie perdue à cause de cette pollution pour chacune des villes : de 4 à 8 mois et 3000 vies fauchées chaque année en France.

« Ainsi , écrit Le Point , ramener le taux moyen annuel de particules fines aux 10 microgrammes par mètre cube recommandés par l'OMS pourrait faire gagner (…) 7 mois et demi d’espérance de vie aux Marseillais (de plus de 30 ans), 5,8 mois aux Lillois et aux Parisiens, 5,7 mois aux Lyonnais et aux Strasbourgeois, 5 mois aux Bordelais et entre 4,6 et 3,6 mois aux habitants de Rouen, du Havre et de Toulouse.»

Des péages urbains et des parkings relais comme à Stockholm

Les populations les plus fragilisées par la pollution sont celles qui vivent près d’un axe routier important, précise Nino Künzli, du Centre de recherche en épidémiologie environnementale, de Barcelone: « En moyenne 30% de la population des villes prises en compte par Aphekom habite à moins de 75 mètres d'une route sur laquelle circulent plus de 10 000 véhicules par jour ».

Les particules fines, émises par la combustion des gaz d’échappement, notamment des moteurs diesel, s’introduisent dans les bronches et provoquent des maladies chroniques chez les enfants et les personnes les plus âgées, comme le précise encore Le Point : « Ainsi, la proximité du trafic routier pourrait être responsable de 15 à 30% des asthmes de l'enfant et de la même proportion de pathologies chroniques respiratoires et cardiovasculaires fréquentes chez les plus de 65 ans. Des maladies dont la prise en charge représenterait en moyenne sur un an et pour chaque ville près de 30 millions d'euros ».

Il s’agit là d’un tableau très sombre qui pourrait donner envie aux citadins d’aller, dès que possible, s’installer à la campagne. Heureusement, les 60 scientifiques de l’étude restent optimistes. Les choses peuvent s’arranger à condition qu’une réglementation européenne vienne limiter les émissions de particules à 10 µg par m3 d’air.

« A contrario , écrit l’ AFP , le projet Aphekom a mis en évidence une diminution "considérable", de l'ordre de 66%, des niveaux de dioxyde de soufre (SO2) dans l'air ambiant depuis les années 90 et la mise en place d'une législation européenne visant à réduire les niveaux de soufre dans les carburants». Cette importante baisse a permis de prévenir quelque 2 200 décès prématurés dans 20 des villes européennes qui ont été ainsi passées au crible, ce qui représente une économie (frais de santé, journées non travaillées) de l’ordre de 192 millions d’euros.

Un encouragement pour mettre en place certaines mesures destinées à limiter la pollution des villes, comme par exemple, les péages urbains et les parkings relais , comme à Londres ou à Stockholm. Des investissements sans doute très importants dans un contexte de crise et de réduction des dépenses publiques, mais qui pourraient être vite rentabilisées.

Lire par ailleurs le classement des 25 villes les plus polluées de France , selon l'indice ATMO. Cet indice est un indicateur de qualité de l'air calculé à partir de quatre polluants : le dioxyde d'azote, les poussières, l'ozone et le dioxyde de soufre. Il est calculé quotidiennement par des associations agréées par l'Ademe.Il s'étend de 1 (très bonne qualité de l'air) à 10 (très mauvaise qualité de l'air).

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