Pour ou contre la bénédiction des animaux à l'église?

Le curé de Champagne-au-Mont-d'Or, près de Lyon, va bénir les animaux dans son église samedi 14 mai. Que faut-il en penser?
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Le père Frédéric Lequin, responsable de la paroisse de Saint-Louis Roi, à Champagne-au-Mont-d’Or, près de Lyon, vient d’inviter ses fidèles à venir, samedi 14 mai, dans son église pour y faire bénir leurs animaux favoris sans exception. Il y aura des chiens et des chats bien sûr, mais aussi des chevaux et des vaches, des moutons, des poules et des canards, sans oublier des poissons rouges. «Bénir, c'est vouloir le bien», dit-il dans L’Express pour expliquer son initiative. Mais est-ce en contradiction avec les règles de l’Église? Qu’en disent la Bible et les grands personnages de la religion catholique? S’agit-il d’un sacrilège?

La dignité unique de l’être humain

«La Bible reconnaît la dignité unique de l'être humain, créé à l'image de Dieu», explique l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l'Université de Fribourg dans le journal suisse Le Matin en octobre 2010, quelques jours après qu’un prêtre a béni des chiens dans une église de Lausanne. «En même temps, elle rappelle à l'homme qu'il n'est que le bénéficiaire de la création qui lui a été confiée, et qu'il doit tout faire pour la respecter et la cultiver». L’homme doit respecter la nature et donc les animaux: «Depuis des siècles en effet, l'Église demande au Seigneur de protéger (bénir signifie «dire du bien») les troupeaux et de les rendre féconds. Et bénir un chien, c'est demander à Dieu d'aider l'animal à bien exercer sa fonction de surveillance ou de compagnie auprès des hommes».

Les hommes ont une âme, mais les animaux?

Pour l’Église, les hommes ont une âme, et pour certains prêtres, comme Mgr Philippe qui, chaque année en novembre, célèbre la messe des animaux dans l’église Sainte-Rita à Paris (15e), «les bêtes ont une petite âme», note Anne-Marie Brisebarre dans la revue scientifique Persée . Dans la société, ils n’ont pas le même statut en ville et à la campagne. Dans les cultes ruraux, on bénit les animaux à l’extérieur, en leur niant le statut de créature de Dieu. À Sainte Rita, en revanche, on leur donne un autre statut: «L’animal humanise les villes», dit Mgr Philippe. Qui entend «toucher le cœur des hommes en bénissant leurs animaux», qu’ils soient vivants ou décédés (en cendres dans des urnes).

Une tradition chrétienne très ancienne

Le diocèse de Lyon accepte la bénédiction du père Lequin dans son église le 14 mai prochain, au nom d’une tradition très ancienne. «Dans l'évangile, Jésus bénit les personnes, c'est-à-dire qu'il appelle la bienveillance de Dieu sur une personne, mais par extension, il bénit aussi tout ce qui a trait à l'activité humaine», rappelle Mgr Jean-Pierre Batut, évêque auxiliaire de Lyon dans L’Express . Ce que le curé de Champagne explique à sa manière dans Le Progrès : «Nous bénissons les hommes pour leur apporter un soutien, mais aussi les maisons, les automobiles, les motos, les bateaux avant qu’ils ne prennent la mer, dans une démarche de protection contre le malheur, les malédictions. Jadis, et aujourd’hui encore, les troupeaux de bovins et d’ovins reçoivent une bénédiction pour qu’ils procurent la nourriture aux humains».

Saint François, saint Roch et Noé

  • Dans le livre de la Genèse, Dieu ordonne à Noé de sauver sa famille du déluge ainsi que tous les animaux de la terre. Noé construit donc une arche et fait embarquer un couple de chaque espèce.
  • Au XIIIe siècle, François d’Assises aimait les animaux comme créatures de Dieu, et particulièrement les oiseaux, les poissons, les fourmis, les abeilles, les loups et les agneaux. Son poème «le Cantique des Créatures» en a fait le protecteur des bêtes et le saint patron des écologistes. C’est lui qui a introduit le bœuf et l’âne dans la crèche de Noël.
  • Un siècle plus tard, saint Roch , qui soignait les malades de la peste, attrapa la maladie et s’éloigna dans une forêt pour ne pas infecter les autres. Il fut guéri par un chien qui, chaque jour, lui apporta du pain pour subsister et lui lécha les plaies. Roch est reconnu depuis comme protecteur des animaux. «Toutes les églises portant le nom de saint Roch sont ouvertes aux animaux, quelle que soit la consécration qui s’y déroule, messe, mariage, obsèques. C’est une tradition», explique le curé de Champagne-au-Mont-d’Or dans Le Progrès .

Une pratique en France et à l’étranger

  • À Paris, depuis 1993, chaque premier dimanche de novembre, Mgr Philippe organise la messe des animaux dans l’église Sainte-Rita de Paris (15e). Dans le Nord-Pas-de-Calais, le même dimanche, le Père Sébastien Fabre bénit lui aussi les animaux dans l'église Jean-XXIII de Flers-en-Escrebieux . Une tradition qui se pratique aussi à Nice, ou encore à Prades, capitale du Conflent au cœur des Pyrénées Orientales, le dimanche 1er mai. «Pour la deuxième année consécutive, écrit le 3 mai dernier L’Indépendant , le dévoué Émile Claverie a organisé une matinée pour les ânes du pays, une animation festive où parents et enfants ont pu voir et discuter avec les propriétaires de ces animaux (…) Le moment fort attendu par la nombreuse assistance a eu lieu à la sortie de la messe lorsque le père Malirach curé de la ville, les a bénis aux sons des cloches dominicales».
  • En Espagne, selon une tradition du XIXe siècle, chaque 17 janvier, les prêtres bénissent les animaux au nom de saint Antoine. Peu à peu, les animaux de labeur ont été remplacés par les animaux de compagnie.

Un moyen d’attirer du monde à l’église?

Lu sur le forum de dalmatiensansfamille.com , ce texte d’une internaute émue: «Aujourd'hui Nicky et moi sommes allés à une messe-bénédiction des animaux qui a lieu une fois par an à l'église Sainte-Rita (…) Je précise que je ne suis ni pratiquante ni croyante, que je n'étais pas allée à une messe depuis des années mais que ça m'a intriguée. J'avoue que cela a été un des moments les plus émouvants que j'ai vécus. Toutes sortes d'animaux étaient là, chiens, chats, perroquets, furets, lapins, et même un âne, un lama, et un dromadaire! Nous sommes tous entrés dans l'église avec nos animaux…»

L’amour de Dieu passerait-il par celui des animaux? Le père Lequin de Champagne, l’évêque Philippe de Paris ou le père Malirach de Prades le pensent et font ce qu’il faut pour remplir leur église. Mgr Philippe est passé à la télévision dans 30 millions d’amis, Ça se discute, Ciel mon mardi ou Le jour du Seigneur; quant aux autres, ils contactent la presse locale. Désormais, l'évêque ponctue même ses sermons de harangues contre la corrida, la chasse ou l’expérimentation animale en laboratoire , récoltant des ovations de la part d’un public conquis d’avance. Ne dit-on pas que les voies du Seigneur sont impénétrables?

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