Présidentielle 2012 : le lièvre DSK face à la tortue Hollande

En maintenant le suspense sur sa candidature, DSK met le PS en difficulté. A moins qu'il ne permette à François Hollande de gagner.
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Le comportement ambigu de DSK agit comme un piège pour le Parti Socialiste. A force de répondre par des silences aux interrogations sur sa candidature à la présidentielle, Dominique Strauss-Kahn a peut-être enclenché la «machine à perdre» de la gauche. C’est la thèse que développe Laurent Joffrin, le patron du Nouvel Observateur, dans un éditorial au titre volontairement provocateur: « Strauss-Kahn, démission! » A moins que François Hollande ne profite de cette aubaine pour gagner en 2012.

L’argumentation du journaliste porte sur trois points

  1. Jamais la droite n’a été aussi mal partie. Il suffit de voir les sondages qui, presque tous, donnent Nicolas Sarkozy éjecté dès le premier tour de la présidentielle en raison de la crise et de ses mauvais choix stratégiques (dérive nationaliste, injustice du libéralisme). Au point que certains, à droite, souhaitent une candidature de rechange, pourquoi pas celle de François Fillon ?
  2. Face à ce «boulevard», le PS n’a pas de candidat (ou trop de candidats aux primaires) puisque les tergiversations de DSK empêchent Martine Aubry de se déclarer et font «une ombre portée» sur François Hollande.
  3. Les sondages donnent DSK vainqueur mais en demeurant au FMI, il reste éloigné des couches populaires tentées par le Front national . «Accaparé par de brillantes responsabilités qui lui ont donné sa crédibilité, écrit Laurent Joffrin, Dominique Strauss-Kahn vit au FMI au milieu du monde de la finance où il fait autorité (tant mieux) mais qui le tient loin du peuple».

Il doit se méfier de François Hollande «la tortue» de la fable

A force de rester dans cette situation confortable (garder son poste prestigieux tout en observant les bons sondages), le patron du FMI risque de nous rejouer la fable de La Fontaine, Le Lièvre et la tortue . La tortue, en la circonstance, est bien François Hollande qui, très intelligemment, a décidé de jouer sa course personnelle au lieu de calquer sa conduite sur celle de ses adversaires. Cela lui réussit puisque ce ne sont ni Ségolène Royal , ni Arnaud Montebourg , candidats déclarés à la primaire socialiste depuis de nombreuses semaines, qui ont marqué le début de la campagne présidentielle à gauche mais bien l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste, en démarrant la sienne.

Comme il l’avait annoncé, il a conditionné son entrée en lice dans la campagne à sa victoire aux élections cantonales de Corrèze . C’est donc logiquement, et en spécialiste du marketing politique, qu’il a attiré les foules médiatiques, jeudi 31 mars, dans la petite salle du conseil général de son département. «Ici, à Tulle, devant vous mes amis, a-t-il lancé, raconte L’Express , j'ai décidé de présenter ma candidature à la présidentielle. Car, poursuit-il, le moment est venu de mettre la France en avant .» Et d'égrener ensuite ses axes prioritaires de campagne: redonner de l'espoir à la jeunesse, redonner de la fierté à la France, réconcilier un pays traversé de tensions».

François Hollande a changé. Affuté comme un athlète, il a perdu 20 kilos ainsi que cet œil malicieux qui ne le faisait pas prendre au sérieux par les Français. «Hollande ne veut plus faire rire, écrit Le Télégramme . L'ancien Premier secrétaire du PS sait combien il lui a politiquement coûté, naguère, de passer pour un joyeux drille (...) Le Hollande nouveau entend bien être pris au sérieux. C'est même son obsession». Et cette soudaine sécheresse du physique (et de l'expression) est un avantage au regard de l’imposant embonpoint du patron du FMI, alourdi par les banquets supposés des habitués de la finance internationale.

Martine Aubry empêtrée dans son accord avec DSK

Cette stratégie d’un François Hollande transformé et combattif commence à payer. Dans les sondages, il apparaît aux yeux des Français de plus en plus crédible . Il leur répète qu’ils peuvent compter sur lui. Et il rappelle qu’il a tenu parole en révélant sa candidature aux primaires à la date annoncée, au lendemain des cantonales. «Une façon d'envoyer une pique au directeur général du FMI , dont la communication est rendue compliquée par sa responsabilité à Washington», note L’Express .

De son côté, Martine Aubry commence à s’inquiéter de cette progression inattendue. Au point d’aller, à son tour, samedi 2 avril, chasser sur les terres de François Hollande en s’adressant aux jeunes: «Avant la réunion de quelque 800 jeunes socialistes à l'Aquaboulevard de Paris, Mme Aubry avait jugé «important de dédier ce projet aux jeunes», un public auquel pense en priorité François Hollande», écrit l ’Agence France-Presse . «Match sur cette thématique entre l'ex-patron du parti candidat à la primaire socialiste déclaré jeudi et la chef du parti, candidate putative et légitime, s'interroge l'AFP. «Je ne sais pas s'il peut y avoir un seul politique à gauche qui prépare un projet politique sans penser aux jeunes. Je pense que ce n'est pas un scoop du Parti socialiste ni aucun de ses membres», a minimisé la première secrétaire».

En attendant, Martine Aubry, piégée par son pacte de non agression avec Dominique Strauss-Kahn , s’efforce de ne pas prendre trop de retard pour le cas où le patron du FMI ne s’engagerait pas dans la bataille. Elle entend reprendre la main en présentant lundi 4 avril le programme de son parti . Ce qui lui vaut le soutien appuyé du porte parole du PS, le 1er avril, comme le note Le Figaro : «Invité de RTL, (...) Benoît Hamon, proche de la première secrétaire, a rappelé que «Martine Aubry a toutes les qualités pour rassembler les socialistes», au lendemain de la déclaration de candidature de François Hollande ».

Quant à Manuel Valls , qui soutient DSK après avoir été brièvement candidat aux primaires, il a utilisé la méthode Coué lundi 28 mars, sur RTL, au lendemain de la victoire du PS aux élections cantonales: «Plus que jamais, la candidature de DSK est en train de s'imposer (…) Pas seulement parce qu'il est le patron du FMI et qu'il a de l'expérience mais parce que les Français attendent un chef d'État, quelqu'un qui trace un cap». Et de lancer cet appel cité par l’AFP : «Le temps doit venir du rassemblement, pas pour gommer nos débats internes mais parce qu'on a besoin de sérénité. Les Français ont besoin de savoir où on va». Un message qui, pour l’instant, ne semble pas avoir été entendu par Dominique Strauss-Kahn.

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