Présidentielle 2012 : les deux nouvelles armes de N. Sarkozy

Il compte sur son leadership pour «sauver l'euro». Et aussi, c'est la leçon de la primaire PS, sur une ouverture «démocratique» de l'UMP à ses courants.

À six mois de la présidentielle, il faut tout reprendre à zéro. Nicolas Sarkozy, s’il veut espérer remporter une victoire aujourd’hui très compromise en mai 2012 (il suffit de regarder les derniers sondages ) a désormais deux obligations. La première, la plus évidente, rassurer les Français à la faveur de la crise, et démontrer qu’il ne faut pas changer de capitaine en pleine tempête. La seconde, qui apparaît désormais indispensable à l’éclairage de la réussite de la primaire socialiste : se montrer comme le «rassembleur» de toute la droite. Encore faut-il que celle-ci puisse exprimer tous ses courants , toutes ses tendances, toutes ses différences.

Nicolas Sarkozy toujours le «patron» de l'Europe?

Pour la première des deux conditions, inutile de s’étendre. L’enjeu pour Nicolas Sarkozy consiste à démontrer qu’il reste le «patron» en Europe, malgré les résultats relativement médiocres de sa politique économique et financière ces dernières années ( endettement massif de la France , prévisions de croissance irréalistes, nécessité de trouver quelques milliards supplémentaires pour le budget 2012 , sentiment de révolte chez les Français face à la crise ).

Pour ce faire, il lui faut obtenir, dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 octobre , le maximum de ses partenaires, notamment d’ Angela Merkel , pour «défendre la zone euro», sauver la Grèce de la faillite, aider l’Italie et élever une sorte de «mur de protection» destiné à protéger les pays les plus fragiles et les plus endettés (dont désormais la France) de la spéculation.

Si le résultat s'annonce mitigé, les leaders de son camp répètent à l’envi que c’est lui, Nicolas Sarkozy, qui est parvenu à maîtriser la crise des «subprimes» en Europe et qui a poussé la chancelière allemande à soutenir la Grèce contre la propre opinion publique de cette dernière. Le président compte d'ailleurs sur un accord européen pour se présenter jeudi, aux journaux de 20h , comme le champion de la lutte contre les spéculateurs.

Les courants et la leçon de la primaire

La deuxième condition qui permettrait au président-candidat de se présenter avec quelque chance en 2012 est davantage politique. Une grande partie de son propre camp, y compris son propre Premier ministre François Fillon , a exprimé son intérêt pour les primaires après l’incontestable réussite de la désignation de François Hollande par les sympathisants socialistes. Or, si Nicolas Sarkozy a pris ses amis à contre-pied en dénonçant un vote contraire à l’esprit des institutions de la Ve République mises en place par le général de Gaulle, il en a retenu une leçon.

Si trois millions de Français de gauche se sont rendus aux urnes par deux fois et à une semaine d’intervalle, c’est parce qu’ils ont eu le sentiment d’avoir le choix entre différents courants au sein d’une même famille: entre Manuel Valls, le tenant d’une TVA sociale, considéré comme un «libéral de gauche» et Arnaud Montebourg, le représentant du «non» au référendum sur Maastricht et le partisan de la mondialisation et du protectionnisme en Europe, en passant par François Hollande, le plus centriste, mais aussi Ségolène Royal, qui militait contre les licenciements boursiers, et Martine Aubry, socialiste plus orthodoxe qui avait placé sa campagne sous le double signe de l’égalité homme-femme et du non cumul des mandats.

Des centristes dans la majorité

Face à cette diversité des offres, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé semblent avoir compris qu’ils devaient, eux aussi, autoriser, au sein de l’UMP et même au-delà, une expression plus libre des courants , ceci, afin de ratisser plus large, le moment venu.

C’est désormais chose faite. À la gauche de l’UMP, le Nouveau centre incarné par Hervé Morin et le Parti radical de Jean-Louis Borloo, finalement rentré dans le rang après un vrai-faux suspense de quelques mois, apparaissent désormais aux électeurs comme deux options «différentes» mais pourtant clairement identifiées (pour l’instant en tous cas) comme «le deuxième pilier» sur lequel repose la majorité présidentielle.

Droite populaire, droite sociale, Humanistes

À l’intérieur de l’UMP, la Droite populaire, le courant de Lionnel Luca, Eric Ciotti et Thierry Mariani (35 députés) était le mieux identifié jusqu’à présent: celui que les opposants de gauche appellent «la droite extrême» continue de jouer les aiguillons avec pour mission de chasser sur les terres du Front national en développant des thèmes comme l’insécurité ou l’immigration.

Mais voilà qu’une autre sensibilité se fait jour, celle dite des «Humanistes» de Jean Léonetti et Marc Laffineur (une centaine de députés). Si elle entend défendre des valeurs de droite assumées (elle veut une journée du drapeau ), elle entend aussi montrer qu’on peut être «de son camp» et défendre le social, le bénévolat et, pourquoi pas l’idée d’un service civil pour les garçons et les filles désireux d’être utiles dans une société fragile, sur la base du volontariat.

De son côté, Laurent Wauquier, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, n’hésite pas à relancer son mouvement dit de «la Droite sociale» (50 parlementaires) en proposant, ces jours-ci, de réserver une part des logements sociaux non plus seulement aux chômeurs mais également aux «travailleurs pauvres».

Une idée controversée, critiquée notamment par Christine Boutin mais qui, aux yeux des stratèges de l’Élysée, a le mérite d’ouvrir un peu plus l’éventail des sensibilités au sein de l’UMP à des électeurs jusqu’à présent un peu oubliés : ceux qui ont un emploi, ceux qui «travaillent plus» sans pour autant «gagner plus» qu’une personne sans travail qui, elle, bénéficie des allocations de chômage.

L'objectif est d'attirer cette catégorie de Français modestes, les fameuses couches populaires qui sont aujourd’hui délaissées par le Parti socialiste , qui ne se reconnaissent pas non plus dans la politique mise en place par Nicolas Sarkozy et qui pourraient être tentés, eux aussi, par un vote d’extrême droite.

On le voit, Nicolas Sarkozy «lâche la bride» à l'UMP, occupé qu'il est par les sommets européens et la préparation du G20 les 3 et 4 novembre prochain. Ce qui ne l'empêche pas de garder le cap sur 2012. Sa prochaine intervention, jeudi, à la télévision, devrait montrer, en effet, qu'il n'entend rien céder à l'opposition et qu'il «y croit toujours».

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