Présidentielle 2012: Nicolas Sarkozy peut-il encore gagner ?

Deux enquêtes réalisées par Ipsos et par l'Ifop montrent que la cote du chef de l'État a encore dégringolé chez les Français. Peut-il rebondir?
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Cette fois, c’est du sérieux. Le président Sarkozy a beau rassurer ses troupes en affirmant que «la présidentielle, il la sent bien» , les sondages sont là, plus mauvais les uns que les autres, pour le contredire. Mais peut-il encore rebondir ? Garde-t-il une marge de manœuvre, notamment dans les domaines de la politique étrangère et des réformes?

Selon Ipsos-Le Point, son pire score depuis 2007

«Les résultats des cantonales avaient donné l'alerte, notre baromètre Ipsos pour Le Point du mois d'avril (1) le confirme : la majorité est confrontée à une grave crise politique. Jamais la cote de Nicolas Sarkozy n'a été aussi basse depuis son élection en 2007». Ainsi commence le commentaire du Point qui détaille les résultats calamiteux recueillis par le président: 29 % des Français (- 2 par rapport au mois de février) ont un avis favorable sur son action et 68 % un avis défavorable.

Pour l’institut Ipsos, «il s'agit là du deuxième plus mauvais score mesuré pour un président de la République depuis la mise en place du baromètre, seul Jacques Chirac ayant fait moins bien (27%) en juin 2005, au lendemain du référendum sur la Constitution européenne». Pire pour le président, désormais, 33% des sympathisants UMP remettent en cause sa popularité.

«François Fillon, commente Le Parisien , qui passe de 48 à 46% d'avis favorables (46% de défavorables, 8% de sans opinion), reste surtout très populaire dans son camp (84% d'avis favorables, -1 point), où il devance de plus en plus largement Nicolas Sarkozy (17 points d'écart aujourd'hui)».

De son côté, Jean-Louis Borloo , qui vient de quitter l’UMP et se verrait candidat en 2012, ne recueille pas le succès escompté: «Il chute de deux points par rapport au mois de mars, sixième au palmarès avec 48 % d'opinion favorable», note Le Point qui explique que les sympathisants UMP sanctionnent ceux qui, «selon l'expression de François Fillon, "découpent la majorité en tranches". À ce titre, Jean-Louis Borloo perd neuf points, relégué de la 3e à la 7e place du palmarès avec 57 % d'opinion favorable».

Selon l’Ifop-Paris-Match, il stagne à 33%

« Quoi qu’il fasse, le chef de l’État ne réussit pas à mobiliser l’opinion», explique Paris-Match en commentant son propre baromètre réalisé par l’Ifop (2). Il obtient «une cote d'opinion stable à 33% (+1), tandis que celle de François Fillon progresse de quatre points, à 59%». En réalité, le vrai vainqueur de cette enquête est Alain Juppé: «Le ministre des Affaires étrangères poursuit sa «spectaculaire» progression (+ 7 points, à 66% de bonnes opinions), notamment auprès des soutiens de l'UMP (90%, +5). Il semble bénéficier de l'actualité diplomatique et militaire, comme le ministre de la Défense Gérard Longuet (+ 6, à 30%)».

A gauche, François Hollande effectue une percée par rapport à Dominique Strauss-Kahn: «Le voilà désormais installé en numéro 2 du trio socialiste de tête, commente Paris-Match . En trois mois, il a réduit à six l’écart de vingt-cinq points qui le séparait de DSK. Surtout, il prend l’avantage sur Martine Aubry , reléguée en troisième position, où elle retrouve, après l’embellie de mars, le même pourcentage de bonnes opinions qu’en janvier (56 %).

Finir la guerre pour rebondir ?

Le chef de l’État a réagi à la fois sur le plan intérieur et extérieur pour tenter de redresser sa popularité. Sur le plan diplomatique, il s’est trouvé en pointe, tant dans la guerre en Libye que dans le conflit de la Côte d’Ivoire. Pourtant, cette «représidentialisation» ne lui a guère rapporté dans le baromètre de l’Ifop: «Il a mis le turbo sur l’international. Bien joué, théoriquement, estime l'institut: à 58 %, les Français applaudissent l’intervention en Libye. Traditionnellement, les guerres de la France à l’étranger entraînent l’union sacrée autour du chef de l’État».

Mais alors que la cote de François Mitterrand avait explosé avec la Guerre du Golfe (+20 points), «Nicolas Sarkozy ne gagne qu’un maigre point». Il est vrai que la coalition (et donc la France), sous l’égide de l’Otan s’enlise et que le colonel Kadhafi s’accroche à son pouvoir en poursuivant les massacres. Il est vrai aussi que l’opposition évoque l’ombre de la «Françafrique» dans les conditions qui ont conduit à l’arrestation de Laurent Gbagbo.

Une victoire très nette en Libye, sanctionnée par un départ ou une disparition de Kadhafi pourrait peut-être marquer un revirement positif de l’opinion.

Aborder les réformes sociales?

Sur le plan intérieur, la chasse aux voix sur les terres du Front national n’a pas été davantage payante. Les hésitations de Nicolas Sarkozy à appeler au Front républicain lors des cantonales, les petites phrases de Claude Guéant sur l’immigration, le débat sur l’islam , bref la «droitisation» de l'UMP n’ont servi qu’à légitimiser le FN et à diviser la majorité présidentielle. Au point que Jean-Louis Borloo et le Parti radical ont quitté l’UMP et que François Fillon a évoqué sa proximité avec les idées du Cente .

Nicolas Sarkozy acceptera-t-il de «recentrer» sa politique sur le social, comme le lui conseillent de nombreux députés de son camp ? Sa réforme fiscale, qui supprime le bouclier et maintient l’Impôt sur la fortune est un premier pas dans ce sens. Il lui reste à proposer des solutions dans les domaines du pouvoir d’achat et du chômage.

Le chef de l'État le sait et il veut demeurer «serein», voire donner du temps au temps car «il reste 13 mois» avant l'échéance, et il sera jugé par les Français sur son action. «Pas de panique», a donc dit en substance le président-candidat, mercredi 13 avril, à ses partisans qu'il avait réunis à déjeuner à l'Élysée. Et d'affirmer que depuis quatre ans, il «résiste bien à la machine à laver médiatique» .

(1) Sondage réalisé par téléphone les 8 et 9 avril 2011 sur un échantillon de 950 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

(2) Enquête réalisée par téléphone du 7 au 8 avril auprès d'un échantillon de 957 personnes de 18 ans et plus (méthode des quotas).

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