Présidentielle : « DSK sera candidat en 2012 ! »

Les Français en sont persuadés : Dominique Strauss-Kahn s'opposera à Nicolas Sarkozy pour la conquête de l'Élysée. Et si c'était vrai ?

Alors que l’intéressé entoure sa décision de mystère et n’entend pas se déclarer avant juin 2011, en vertu d’un accord passé avec Martine Aubry , la première secrétaire du Parti socialiste, les Français décident pour lui: selon le sondage réalisé par LH2 pour Le Nouvel Observateur (1), 58% des personnes interrogées sont convaincues que DSK va se présenter à la primaire socialiste en vue de la Présidentielle de 2012 contre le sortant Nicolas Sarkozy . Les sympathisants de gauche sont même 62% à être persuadés qu’il va se lancer dans la bataille et les socialistes 67%.

62% veulent avancer la primaire socialiste

Pour autant, les Français ne se préoccupent pas des contraintes de DSK . Si ce dernier entend gagner du temps afin de rester le plus longtemps possible à son poste de directeur général du Fonds Monétaire International , ils souhaitent que la désignation du candidat socialiste se fasse avant la date prévue de l’automne 2011 : 62% veulent une accélération du calendrier de la primaire «avant l’été 2011» et 29% se prononcent pour une désignation immédiate. Il est vrai que cinq candidats PS sont déjà déclarés dont Ségolène Royal et que quatre ou cinq autres piaffent d’impatience. Une situation d’autant plus difficile à tenir sur la durée pour Martine Aubry que la patronne du PS laisse, elle aussi, planer le doute sur sa propre intention, au risque d’apparaître le jour venu comme un «deuxième choix» si d’aventure DSK se retirait de la course.

Ségolène Royal en est persuadée, à moins que ce ne soit la méthode Coué, «Dominique Strauss-Kahn ne se présentera pas», a-t-elle déclaré, péremptoire, en justifiant ainsi l'annonce intempestive de sa propre candidature à la primaire socialiste le 20 novembre 2010, et en proposant à «Dominique» le poste de Premier ministre pour le cas où elle emporterait la victoire. Pressée sur l’éventualité de son désistement au profit de DSK si ce dernier partait au combat, elle a suggéré qu’elle pourrait lui laisser la place, au nom de ce qu’elle appelle son «dispositif gagnant».

La réunion du G20 à Cannes repoussée en novembre

Des avalanches de sondages qui en font le seul présidentiable capable de s’opposer à Nicolas Sarkozy, des Français qui décident à sa place, des candidatures qui se multiplient dans son propre camp, des candidats potentiels qui s’énervent à force de l’attendre… devant tant d’agitation autour de sa personne, Dominique Strauss-Kahn ne change pas pour autant de stratégie, quitte à lasser tout le monde, y compris ses propres amis.

Sa méthode ? Surtout ne rien dire qui pourrait donner une quelconque indication sur ses intentions, se retrancher devant l’énormité de la tâche à accomplir, défendre la zone euro et ses économies nationales les plus fragiles contre les attaques des marchés financiers, préparer également les réunions du G8 et celles du G20 pendant la présidence française .

C’est justement à cause de l’organisation du G20 prévue en France à la fin du printemps que les partisans de DSK ont souhaité voir repousser les dépôts de candidatures à la primaire au moins de juin, et la désignation du candidat à novembre. Mais, explique France-Soir , le calendrier du G20 vient d’être chamboulé: « Aujourd’hui l’argument ne tient plus. Pour un motif très simple : finalement, le sommet du Groupe des 20, qui réunit les grands de ce monde, n’aura pas lieu en juin – comme initialement envisagé – mais les 3 et 4 novembre 2011, à Cannes. DSK sera-t-il à Cannes ? Oui, s’il a entre-temps fait une croix sur la présidentielle de 2012. Non, si au mois de juin il s’est déclaré candidat aux primaires, abandonnant du même coup ses responsabilités à la tête du FMI».

Pas de «non» mais des silences énigmatiques

Voilà qui pourrait permettre à Dominique Strauss-Kahn de se décider avant. Mais qu’en est-il de ses intentions secrètes? Le magazine Newsweek parle d’un «dilemme grandiose» en évoquant début novembre 2010 le choix devant lequel se trouve le directeur du FMI: «Dominique Strauss-Kahn, prêt à diriger la France... ou le monde», se demande en une l’hebdomadaire, qui dresse un portrait plutôt flatteur du directeur du Fonds monétaire international, sous le titre « The top guy ». 20minutes.fr traduit ainsi les propos laudateurs de l’hebdomadaire américain. (Son succès à la direction du Fonds monétaire international) «lui pose un problème: est-ce qu'il devrait rester au FMI, dans ce rôle clé sur la scène mondiale, dont le mandat expire fin 2012? Ou est-ce qu'il devrait démissionner et revenir en France l'année prochaine pour faire campagne pour la présidentielle de 2012?», parlant de «glorieux dilemme dont tout politicien pourrait rêver». L’hebdomadaire se demande même si «la France est assez grande» pour un DSK d’une telle envergure.

Il semble que Dominique Strauss-Kahn ait déjà répondu «oui» à cette question. Sinon, pourquoi faire ainsi «lanterner» ses amis socialistes ? Il lui était facile de dire tout de suite qu’il n’était pas intéressé par l’Élysée, lui qui, depuis sa nomination à la tête du FMI appuyée par le président de la République , n’a cessé d’être questionné sur ce sujet. Deux exemples, sans parler de ses dernières visites à Paris: le 26 novembre 2009 , il affirme au Grand Journal de Canal + qu’il «suit de près ce qui se passe en France». Il ajoute que «ça fait plaisir de voir que les Français vous aiment bien» en commentant, laconique, les sondages qui le donnent déjà vainqueur face à Nicolas Sarkozy.

Daniel Cohn-Bendit déclare qu'il votera pour lui

Le 4 février 2010 , sur RTL, il déclare, un brin énigmatique: «J'entends aller au bout de mon mandat au FMI qui se termine en octobre 2012, mais si vous me demandez si dans certaines circonstances, je me reposerais la question, la réponse est oui.» Reste à savoir de quelles circonstances il parle : l’absence de leadership à gauche? L’effondrement économique de la France ? Des raisons plus subjectives?

A de nombreuses reprises, alors qu’il lui serait simple de dire «non, je n’irai pas en 2012», il maintient la porte entrouverte tout en privilégiant les silences. Est-ce déjà un demi-aveu?

«Qui ne dit mot consent», pourrait-on lui rappeler. D’autant que pendant ce temps-là, la gauche, dans cette attente interminable, se désorganise et se déchire. Après le Parti socialiste qui peine à contenir les ego, c’est au tour des écologistes de perdre leur sang-froid. Daniel Cohn-Bendit vient d’annoncer qu’il voterait DSK … si bien sûr ce dernier se présentait. Une révélation qui tombe mal alors qu’Eva Joly s’apprête à se lancer dans la bataille.

On le voit, à ce jeu du «ni oui ni non», Dominique Strauss-Kahn «le gagneur» pourrait finir par faire perdre son camp.

(1) Sondage LH2-Le Nouvel Observateur, réalisé par téléphone les 3 et 4 décembre sur un échantillon représentatif de la population française de 957 personnes.

Sur le même sujet