Présidentielle: et si le retrait de Borloo favorisait la gauche?

Nicolas Sarkozy devrait être le candidat unique de la droite. Pourtant, l'abandon de Jean-Louis Borloo ne devrait pas le servir. Au contraire.

À droite, l'UMP et Jean-François Copé se réjouissent que Jean-Louis Borloo ait jeté l'éponge, à sept mois de l'élection présidentielle. À gauche, François Hollande estime que le président du Parti radical a cédé aux pressions de la droite et fait «un cadeau» à Nicolas Sarkozy . Et si l'analyse s'avérait mauvaise? Et si en réalité, Jean-Louis Borloo offrait plutôt une sorte de boulevard à l'opposition?

La menace d'un 21 avril à l'envers

Depuis le mois de mars, époque à laquelle Jean-Louis Borloo a semblé confirmer son intention «d'y aller», depuis qu'il a quitté l'UMP en emmenant avec lui le Parti radical et ses plus proches partisans, le mouvement présidentiel, choqué, a tout tenté pour ramener l'ancien ministre de l'Écologie à la raison . Mais au fil des mois, JLB a paru y croire lui-même, n'hésitant pas à débaucher des personnalités politiques comme Rama Yade ou encore Dominique Paillé , s'efforçant de rassembler les centristes (hors François Bayrou) dans une grande alliance, et finalement affirmant à la télévision, voici quelques semaines, qu'il se sentait «pratiquement prêt» .

Dès lors, la pression s'est faite de plus en plus vive autour de lui pour qu'il se retire et, plutôt que de passer pour le traître tel que le décrivait les leaders de l'UMP, et de faire risquer à Nicolas Sarkozy la mésaventure de Lionel Jospin en 2002, un 21 avril à l'envers , Jean-Louis Borloo vient de changer de cap.

Un seul «candidat naturel» de la droite

Il ne veut pas «ajouter de la confusion à la confusion», a-t-il expliqué à Claire Chazal au JT de TF1 dimanche soir. Il ne veut pas non plus apparaître comme un «diviseur de la droite» motivé par son seul esprit de revanche ( il n'a pas eu Matignon pour la dernière partie du quinquennat de Nicolas Sarkozy).

Peu importe qu'il y ait eu des tractations en coulisses entre l'entourage du président-candidat et le patron du Parti radical (un poste de Premier ministre cette fois?). Après tout, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent et Jean-Louis Borloo est bien placé, depuis le 13 novembre 2010, pour ne pas trop y croire. En revanche, ce qui compte, ce sont les conséquences d'une telle décision personnelle.

Obsédé par ses mauvais sondages , Nicolas Sarkozy a fini par semer le doute autour de lui au point que parmi ses amis, Jean-Pierre Raffarin lui a demandé d'avancer l'annonce de sa candidature et de se lancer tout de suite dans la campagne; au point aussi que pour certains de ses partisans, il n'apparaissait plus comme «le candidat naturel» de la droite républicaine et que d'autres noms étaient désormais mis en avant: son Premier ministre François Fillon d'abord, puis Alain Juppé, son ministre des Affaires étrangères. Tous deux ont bien sûr démenti cette ambition et préféré réaffirmer leur confiance en Nicolas Sarkozy.

N'empêche, l'inquiétude était telle que le renoncement, dimanche soir, de Jean-Louis Borloo est apparu comme un peu d'oxygène pour les membres de l'UMP.

Obsédé par le premier tour, l'UMP a oublié le deuxième

Sauf qu'il convient de bien regarder la situation. JLB a toujours affirmé qu'il ne se positionnait pas comme «un rival» du président-candidat mais comme «le second pilier de la majorité présidentielle» . Personne ne l'a cru et chacun, notamment Jean-François Copé, a conclu qu'il s'agissait là d'une ambition personnelle, voire d'une volonté de vengeance de l'ancien ministre recalé au poste de Premier ministre.

La question est de savoir si le président du Parti radical n'avait pas raison. Obnubilé par l'idée de rassembler autour de Nicolas Sarkozy dès le premier tour, l'entourage de ce dernier a sans doute commis une erreur: celle qui consiste à ne pas préparer dès aujourd'hui le second tour.

Quand, au printemps dernier, Jean-Louis Borloo a évoqué sa candidature et son statut de «second pilier majoritaire», il a laissé entendre que, bien entendu, sa candidature n'était que «de témoignage» et qu'il se désisterait en faveur du «candidat naturel». À cette époque, les sondages montraient déjà que les centristes de droite ne voteraient pas de gaieté de cœur pour Nicolas Sarkozy. Dans les projections, les 12 à 14% des voix que représentent l'addition des voix des candidats centristes (hors Bayrou) tels que Borloo, Villepin, Morin ou même Dupont-Aignan ne bénéficiaient pas au président-candidat, et ce, s'il était le seul représentant de la droite. On évoquait alors l'abstention ou le report vers la gauche.

L'avertissement des sénatoriales

Les proches de Nicolas Sarkozy auraient dû percevoir le risque à l'époque, d'autant que celui-ci est devenu une réalité aux récentes élections sénatoriales . Imperdables par la droite depuis 50 ans, elles sont finalement tombées dans l'escarcelle de la gauche contre toute attente, et ce, grâce aux voix des grands électeurs ruraux, des centristes de droite ou des sans étiquette qui ont préféré changer de camp plutôt que donner leur voix au président-candidat.

On comprend dès lors le danger qui guette Nicolas Sarkozy avec la décision de JLB: ne plus disposer de cette «voiture-balai» que représentait Jean-Louis Borloo, nécessaire pour engranger les voix du centre au deuxième tour de la présidentielle.

Or, déjà, les plus récents sondages le montrent. Alors que Marine Le Pen ne présente plus de danger pour éliminer au premier tour le candidat de la droite, l'écart se creuse terriblement au second . François Hollande et Martine Aubry flirtent avec les 60% tandis que Nicolas Sarkozy plafonne à 40%. D'où cette question: et si la défection de Jean-Louis Borloo était un cadeau pour la gauche, et finalement, une bien mauvaise nouvelle pour le président-candidat?

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